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Ys Vanished Omens : une île, une tempête, un huit clos, une légende.

HR

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5339 mots - 27 minutes

Attention, billet à rallonge en perspective, choisissez un creux dans votre emploi du temps, préparez un bon casse-croûte, et laissez vous guider au fil des lignes…

Le monde du jeu vidéo est aujourd’hui formaté au bon gré des licences les plus connues, et fructueuses. Pendant que la qualité se cache dans les jeux les moins plébiscités, ou les plus controversés, les hits se vendent comme des petits pains et on entend encore et toujours parler des mêmes licences. Pour toujours ? Peut-être pas, vu les moyens que les développeurs et éditeurs majeurs mettent en oeuvre pour développer de nouvelles licences. Objectif : se tirer de l’engrenage sans fin des séries à suite pour imposer de nouveaux jeux, et renouveler les acheteurs potentiels. Tenter de faire des productions originales autre chose que des suites ou héritiers des jeux d’autrefois, toucher à cette originalité crétive première du jeu vidéo. L’univers du RPG ne déroge pas à la règle, et alors que Final Fantasy arbore un succès commercial triomphant avec son treizième épisode, de nombreux titres fleurissent plus ou moins indépendamment, notamment via des sites teaser simplistes et étonnamment charmeurs ponctués d’une musique de fond enchanteresse. La marque d’une volonté de retour aux sources, au temps où les créations originales se multipliaient à foison ? On attend toujours de voir le résultat de cette tendance sur le long terme, de voir si les multiples compagnies sauront ne plus toucher à cet essoufflement dont elles ont momentanément souffert (et dont certaines souffrent encore).

Prenez le genre action-RPG. Formellement structuré dès ses origines, il a longtemps tourné autour du succès populaire d’une seule licence : The Legend of Zelda. Seiken Densetsu, Soleil, Alundra, on ne compte plus les héritier de la licence, qui a elle-même continué à recueillir les opinions de davantage de joueurs au fil du temps (A Link to the Past, Ocarina of Time, etc). Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’à l’époque de la sortie des mythiques Legend of Zelda et Super Mario Bros., l’industrie du jeu vidéo connaissait un déclin familier avec celui que nous traversons aujourd’hui, peut-être sommes-nous donc à l’aube de la naissance de nouvelles icônes fortes du milieu, les années à venir nous le diront. Comme toute création, le premier Zelda n’est pourtant pas sorti du néant, et est l’agglomération d’inspirations diverses (à commencer par le film Legend de Ridley Scott, sorti en 1985). Dans cette optique, peut-on réellement trouver des jeux qui se détachent des grands noms qui dominaient le marché à cette époque, qui se détachaient des canons du moment pour explorer le genre avec tout autant de maîtrise ? Le premier épisode de la série Ys, sorti pour la première fois sur micro-ordinateur nippon, bien loin des guerres de monopole sur consoles, nous permet de nous intéresser à ce qui pouvait être fait en dehors de ces grands courants vidéoludiques, et qui prétendait à tout autant d’excellence et de maîtrise. J’ai récemment sillonné les racines de la série puis le remake Ys I&II Eternal, avec l’impression d’avoir parcouru un jeu mythique.

Ys Vanished Omens

Holders of Power by たかみね via Pixiv

Il était une fois, un vaillant chevalier tout de rouge vêtu, et une malédiction millénaire…

J’ai réellement découvert la série Ys grâce à son sixième volet Ark of Napishtim, paru sur PC/PS2, qui m’avait plongé dans un action-rpg loin d’être irréprochable, mais à la prise en main nerveuse et paré d’une ambiance soigneusement orchestrée. J’avais déjà vaguement entendu parler de la série, et pensait ne jamais vraiment pouvoir toucher à ses premiers volets (comme je ne peux actuellement pas toucher à ses épisodes récents uniquement parus sur PSP…), j’avais donc sauté sur l’occasion pour découvrir ce qu’elle valait. D’emblée, le jeu m’avait offert de multiples raisons d’être satisfait. Tout d’abord, le lieu où prend place l’aventure, toujours soigneusement retranscrit et bien loin des simples décors théâtraux qu’on trouve dans d’autres jeux du genre. Le premier épisode, comme le sixième, se déroule sur une petite île. Les activités y étaient denses, et le commerce légion, jusqu’au jour où une mystérieuse tempête se mit à sévir dans les eaux l’entourant, rendant impossible tout accès par la mer et isolant l’île du reste du monde, désormais comme enfermée dans l’oeil d’un typhon.

Ys Vanished Omens

Ys, c’est avant tout un huit clos soigneusement orchestré qui devient vite familier, que ce soit au milieu de la mer ou dans un océan de nuages. Au travers de jeux relativement courts qui nous plongent dans des décors restreints, l’aventure redouble d’intensité pour nous embarquer dans un petit univers intimiste qui nous invite rapidement à l’explorer, à le connaître de fond en comble, et à en découvrir les multiples facettes. Un background soigné qui a sans aucun doute pleinement participé au succès de la série. Ys, c’est aussi un personnage emblématique, un héros unique et facilement reconnaissable qui suivra les épisodes de la série tout du long, entassant les quêtes et les rencontres, un jeune homme aux cheveux rougeoyants du nom d’Adol Christin. Difficile de penser à Ys sans avoir en tête l’image de ce personnage un peu stéréotypé et peu bavard, image idéalisée du joueur plongeant dans cet autre univers qui l’invite, comme un Zelda se traîne son Link blondinet à chaque épisode.

Graph

Un exemple des changements graphiques opérés dans les différents remakes des deux premiers volets de la série. En haut à gauche, Ys Eternal Story sur PS2, à droite Vanished Omens sur Master System, en bas à gauche Vanished Omens sur Sega Saturn, à droite Ys I&II Chronicles sur PSP/PC.

Adol

Quelques-unes des différentes incarnations d’Adol Christin en fonction des différents épisodes et ports du jeu. Tantôt réaliste, tantôt typé manga (mais plutôt typé manga à l’usage), le héros s’adapte au style graphique de son support.

C’est donc dans la peau d’Adol, dans cet isolement calculé qui se permet d’impliciter davantage que ce que le jeu peut montrer, que le joueur vivra sa première aventure, le jeune homme téméraire répondant à une sorte d’appel lointain qu’il aurait mieux fait d’ignorer depuis son petit village des côtes mystifiées de l’ancienne France (avec un héros français, le jeu ne pouvait que nous encourager à l’approcher). Parce que le seul qui ait réussi à traverser ce tourbillon maléfique englobant l’île, c’est ce vaillant héros rubicond. Pris dans la tempête cerclant le bout de terre, l’élu finit échoué en bord de mer, recueilli par les habitants d’un ancien village de commerce aujourd’hui livré à lui-même et tentant de tenir face aux attaques de plus en plus nombreuses de créatures qui ont petit à petit envahi l’île. Que se trame-t-il donc ? A quelle glorieuse destinée est voué le bon Adol ? Il ne tient qu’au joueur de le découvrir. Ce qui est certain, c’est que le nom de l’ancienne cité d’Ys résonnera plus d’une fois dans cette histoire.

L’Histoire, avec un grand H, c’est le pilier central de l’univers d’Ys. Puisant son inspiration dans l’Antiquité, il nous dépeint une fresque liant passé et présent comme une épopée mythologique, impersonnelle et brute mais animée par une culture du symbole omniprésente. Le nom même de la série et de l’ancienne civilisation fictive qu’elle met en scène, Ys (prononcez littéralement “Ize”), est librement inspiré de légendes bretones mentionnant une ville mythique portant le nom de Ker Ys (de “Kêr Izel”, ville basse). Érigée à l’abri des courants au fond de la baie de Douarnenez en Bretagne, la ville disparut d’après le mythe sous les océans en ne laissant derrière elle que les bribes de contes d’un autre temps qu’on lui connaît aujourd’hui. Protégée par une imposante digue qui contrait les assauts répétés de la mer, il est dit qu’il n’était possible d’entrer et sortir de la cité que par une imposante porte de bronze qui la protégeait des envahisseurs extérieurs. Le mythe nous conte l’histoire d’un roi de Cornouaille, sir Gradlon. Belliqueux et avare de richesse, il n’avait de cesse de lancer des attaques sur les terres du Nord pour y piller toujours davantage de richesses, aidé par un don inné pour la guerre et la stratégie. Au cours d’une campagne qui les mena aux contreforts du château du roi et de la reine d’un royaume du Nord, les hommes de Gradlon se séparèrent de leur souverain pour regagner leur terre natale, essoufflés par les batailles intestines et nostalgiques des côtes de leur vieille Cornouaille.

Hist

“La fille du roi Gradlon”, peinture d’Évariste-Vital Luminais (1821-1890) représentant Gradlon fuyant la cité de Ker Ys inondée, et le moine Saint Guénolé le conjurant d’abandonner sa fille à la mer.

Livré à lui-même dans ces terres glacées, le roi erra durant des jours dans la neige avant de croiser par une nuit de clair de lune une forme mystique au détour d’un chemin. C’était une femme rousse, à la peau blanche et vêtue d’une cuirasse étincelante. C’était Malgven, reine envoûtante du royaume glacé. Désirant la mort de son époux, la reine courtisa un Gradlon faibli et le persuada qu’il devait à tous prix tuer le roi du Nord pour que les amants puissent s’enfuir ensemble et rejoindre la Cornouaille. Une fois le roi du Nord assassiné par les mains de Gradlon et le plan de la reine accompli, tous deux chevauchèrent Morvarc’h pour rejoindre les navires en plein voyage de retour, le cheval ensorcelé galopant sur l’océan à leur poursuite, et prirent possession d’un navire isolé du reste de la flotte. Le navire s’éternisa en mer, si bien que Malgven fit un enfant à Gradlon, une fille nommée Dahut (ou Ahès). Selon les versions de la légende, sa mère en mourut ou regagna sa terre natale lors d’une ultime escale avant que Gradlon et sa fille puissent rejoindre les terres bretonnes. Puis le roi regagna finalement ses terres avec comme seul souvenir de Malgven son unique fille. Une version de la légende raconte que c’est Dahut, qui vouait une passion sans limites pour l’océan, qui demanda à son père de construire la plus belle des cités à même l’eau, une cité qui serait nommée Ker Ys (certaines versions racontent aussi que la fondation de la ville date de bien avant la légende, et qu’elle aurait été simplement été transformée en capitale majeure par le roi et de sa fille).

Hist

Carte Marine Atlantique SHOM N°7121 - Baie de Douarnenez

Carte actuelle détaillée de la baie de Douarnenez, lieu prétendu où fut érigée la ville de Ker Ys. Construite au milieu de la baie à une époque où la mer était plus reculée (quelque part entre les presqu’îles Nord et Sud sur la carte), la ville aurait été inondée par son avancée progressive sur les terres. La présence de ruines romaines certifiées aux abords de la baie et la nomination des communes et lieux alentours confirmeraient la présence d’une ville de moyenne ampleur (pour l’échelle actuelle) à cette époque.

Construite au niveau du flux des marées (ou selon l’Histoire véritable, victime de la montée progressive des eaux au fil des siècles), Ker Ys était protégée par d’immenses digues et on ne pouvait entrer ou sortir que par une unique et imposante porte de bronze dont Gradlon gardait jalousement la clé. Symbole de l’orgueil démesuré de Dahut, la ville sombra peu à peu dans la débauche et le vice. Jouissant d’une soif sans faille de la luxure et de richesses, on raconte que la princesse faisait tuer ses amants au lever du jour, leurs corps finissant dans la Baie des Trépassés, et manipulait son père pour qu’il répond au moindre de ses caprices. Puis un jour, un chevalier vêtu de rouge arriva aux portes de la ville. Dahut en tomba éperdument amoureuse malgré le dégoût qu’elle lui évoquait, et elle finit par lui offrir en signe de dévouement la clé de la grande porte de bronze qui protégeait la cité des marées hautes. Le chevalier rouge ouvrit la porte et la mer s’engouffra dans les rues de Ker Ys, détruisant tout sur son passage. Gradlon pris la fuite juste avant la catastrophe et convaincu de la culpabilité de sa fille, la précipita dans l’océan. Selon la légende, cette dernière se transforma alors en une fée marine maudite, condamnée à hanter les eaux de la baie et à veiller sur les ruines de la cité antique de Ker Ys. Les rares habitants qui survécurent fondèrent alors le village de Douarnenez (“Douar Nevez”, “nouvelle terre”), et surnommèrent la créature des mers Marie Morgane. La légende perdure encore aujourd’hui et raconte que lorsque la ville de Paris (Par-Is, “pareille à Ys”, pas forcément la capitale mais une cité qui était considérée comme l’égale de Ker Ys) disparaîtra sous les flots, Ker Ys surgira des flots et retrouvera sa splendeur d’antan.

As-tu vu, pêcheur, la fille de la mer,
Peignant ses cheveux blonds dorés
Au grand soleil sur le bord de l’eau ?
J’ai vu la blanche fille de la mer,
Je l’ai même entendue chanter,
Plaintifs étaient l’air et la chanson.

Depuis que fut noyée Ker Ys,
On n’en a point trouvé d’égale à Paris,
Quand Paris sera engloutie,
Renaîtra la ville d’Ys.

Extrait traduit de la gwerz Kêr Ys (poésie traditionnelle bretonne chantée).

Artwork

Deux déesses ancestrales pour un héros, et de multiples rencontres aussi charmantes que brutales, en voilà un aventurier bien gâté. Depuis le début de la série, chaque volet a droit à son modèle féminin stéréotypé qui distille le charme de l’épisode.

Même si le jeu n’est qu’une interprétation très libre et imaginative de la légende (ce sont surtout les mythes antiques européens qui ont intéressé les développeurs à l’époque, avec notamment l’Atlantide et l’Odyssée d’Homère), on en retrouve de nombreux éléments : le chevalier rouge porteur de salut incarné par Adol (on notera d’ailleurs que comme les mythes scandinaves, la légende d’origine celte a vu certains de ses éléments transformés par l’influence du christianisme, comparant le personnage du chevalier rouge à Satan venu appliquer la punition divine sur la ville), Dahut qui inspire les deux jeunes filles belles et mélancoliques du jeu (Lair et Feena, des personnages qui se dévoileront peu dans ce premier volet), le cataclysme sans précédent qui raya l’ancienne cité de la carte et des mémoires, ainsi que le présage de destruction que la légende augure. Le scénario d’Ys s’éloigne de la légende bretonne puisqu’il ne conte pas la destruction de la cité d’Ys, mais sa renaissance par la destruction durant ce qui semble être le début de l’ère moyenâgeuse (on trouve dans le jeu de nombreuses traces de ruines antiques). Peu étoffé, le scénario s’enrichit au fil de la progression et de la compréhension des évènements. La suite du premier volet, Ys II, en est la continuité directe et apporte de nombreuses précisions à son intrigue pour conclure cette première aventure dans la peau d’Adol Christin dans un jeu plus long et approfondi.

YsYs

Le déroulement de l’intrique se déroule principalement par le biais de dialogues avec les différents protagonistes de l’aventure. Sans leurs indications ou leurs requêtes, n’espérez pas avancer bien loin dans l’aventure. Conseil : retournez toujours voir un personnage qui vous a demandé d’effectuer quelque chose pour lui, ou vous vous retrouverez très rapidement dans une impasse. Screens tirés d’Ys I&II Complete.

Ys : Ancient Ys Vanished ou Ys : The Vanished Omens (en japonais イースI) est un action-rpg qualifié de “rogue-like” (système de combat qu’on retrouve souvent, de manière plus contrôlée, dans le genre dungeon-RPG avec des jeux comme Azure Dreams ou Chocobo Dungeon sur console) développé par Falcom, actuellement édité par Konami et a vu en premier lieu le jour sur micro-ordinateurs japonais en 1987 (PC-88, Sharp X68000, MSX2, etc), puis sur de nombreux autres supports par la suite (Sega Master System, Sega Saturn, Nes, etc). Marque de la volonté de Falcom de développer le marché du jeu vidéo japonais sur PC, et plus particulièrement le genre RPG (Dragon Slayer, Vantage Master), le jeu a eu un impact très fort sur le développement du jeu vidéo nippon sur cette plateforme, peu exploitée à l’époque. Au contraire de The Legend of Zelda est des jeux qui ont navigué sur son influence, le gameplay d’Ys ne laisse pas librement cours à votre envie de tailler vos ennemis en pièces. En effet, dans Ys, pas de bouton d’attaque (non, inutile de chercher pendant des heures et de marteler votre manette/clavier), on fonce tête baissée sur son ennemi en faisant en sorte que le contact soit le moins douloureux que possible.

Concrètement, les points de dégât son calculés en fonction de votre angle d’approche : si vous lancez un assaut sur un ennemi en face à face, vous prendrez le maximum de dégâts et serez immédiatement repoussé par votre adversaire, tandis qu’en filant en diagonale droit sur lui vous pourrez exécuter un combo mortel sans prendre le moins de dégât (si le bougre n’a pas le temps de lancer une attaque ou de se protéger évidemment). Il en est de même pour les ennemis qui s’avancent vers vous. Les séances d’accumulation d’expérience pour acquérir les dix petits niveaux à votre disposition se transforment donc rapidement en joyeuses courses qui où vous évertuerez à tailler en pièces le moindre ennemi qui aurait le malheur de se trouver sur votre chemin. Si vous avez le niveau nécessaire pour le vaincre. Car si dans le premier volet du jeu, Adol ne peut atteindre qu’un maximum de dix niveaux, chacun d’entre eux vous permet de franchir un véritable cap, il en est de même pour les armures, épées et boucliers. Un ennemi qui vous mettra une belle pâtée et provoquera un game over avant même que vous l’ayez remarqué se transformera en adversaire on ne peut plus abordable avec un petit niveau supplémentaire ou l’équipement le plus puissant. Tout est une question de dosage, d’anticipation et de prudence.

YsYs

YsYs

Le secret des combats réside dans l’art de jouer avec les angles morts.

D’autant plus qu’Ys ne pardonne pas : vous avez joué pendant des heures sans penser à sauvegarder votre progression et vous retrouvez à terre en une seconde en fonçant sur un ennemi que vous pensiez pouvoir maîtriser ? Grand bien vous fasse, vous voilà renvoyé droit à l’écran titre, ou à la petite sauvegarde que vous avez pensez faire par précaution au début du jeu (histoire de ne pas se retaper l’intro). Là aussi donc, la prudence s’impose, prudence étant ici synonyme de “sauvegarde à chaque changement de zone, début de donjon, etc”. Attention à ne pas sauvegarder au mauvais endroit toutefois, au milieu d’un donjon par exemple, parce qu’avec une barre de vie dramatiquement faible il vous sera bien difficile de quitter la zone pour attendre patiemment que l’air frais vous rende vos points de vie.

Si dans toutes les zones en extérieur vos points de vie se régénèrent rapidement (vous permettant d’enchaîner les assauts sans devoir systématiquement revenir à l’unique ville qui vous permet de vous approvisionner), une fois que vous entrez dans un donjon la situation peut rapidement tourner au drame : vous ne pourrez utiliser que les très rares potions de heal pour régénérer vos points de vie (au début du jeu dumoins, un item miraculeux viendra vous épargner ce contretemps par la suite). Donjons qui ne sont qu’une succession de couloirs labyrinthiques ponctués de quelques énigmes avec item à la clé. Si vous n’avez pas acquis le bon objet au bon endroit, et que vous ne le possédez pas au bon moment, n’espérez pas avancer plus loin dans le jeu (c’est aussi valable pour l’équipement). Avantage : chaque ligne de l’inventaire correspondant à une catégorie d’objet, et chacune d’elles contenant cinq items, vous saurez ce qu’il vous reste à acquérir. Mais vous devrez chercher par vous même le détail que vous avez eu le malheur d’oublier au détour d’un couloir alors que vous tentiez de survivre dans un donjon sombre infesté de monstres, n’espérez pas qu’un panneau fléché ou un quelconque conseil vous indiquera ce qui cloche. Vicieux, oui, c’est le mot.

YsYs

En théorie, il existe une technique bien précise qui permet de vaincre les boss du jeu sans subir le moindre point de dégât. En théorie, car vous verrez que c’est bien souvent la pratique qui pose problème…

Oubliez les donjons posés et réfléchis d’un Zelda-like, Ys s’évertuera à torturer votre patience jusqu’à des sommets rarement atteints. Et malgré tout, c’est bien là la magie du jeu et ce qui fait son caractère inoubliable : la sauce prend, c’est jouissif, grisant, on en redemande. Le gameplay d’Ys se rapproche ni plus ni moins d’une drogue vidéoludique : on a beau savoir que c’est néfaste pour nos nerfs, on en veut encore et toujours plus. Un jeu qui donne tout leur sens aux termes “rush” (foncer comme un dératé, le jeu possède même un mode Time Attack, ce qui est exceptionnel en soit pour un RPG) et “grind” (plus meuporguesque, pexer comme un dératé dans des zones bien spécifiques adaptées à chaque palier), mais qui distille pourtant ces ingrédient savamment sans nous faire penser qu’il pourrait en abuser. On notera par exemple que la durée du premier jeu est très courte en ligne droite, ce dont elle avait besoin pour que le joueur ne frôle pas l’overdose, et trouve du plaisir dans la subtilité inhérente à ce gameplay qui navigue sur les influences du genre Arcade et des premiers embryons informatiques crées à partir des jeux de rôle papier.

Un parti pris qui ne plaira pas à tous les joueurs, surtout ceux qui sont habitués à mettre en oeuvre leur sens de la logique et leur émerveillement au cours de longues aventures. Ys Vanished Omens, pourtant caractérisé par une réalisation simple au possible, nous propose une prise en main nerveuse d’une richesse rare, très intuitive lorsqu’on prend le temps d’oublier les bases que nous ont inconsciemment appris les grands action-rpg qui sont passés entre nos mains. De ce fait, ce sont peut-être les premières minutes qui vous donneront le plus de fil à retorde, lorsque vous enchaînerez les game over en vous demandant si vous vous y prenez vraiment de la bonne manière. Même les boss se montreront souvent pervers en vous obligeant à adopter une technique d’approche tellement précise que sa réalisation tient du miracle inhumain, transformant ces petits duels de fin de donjons en joyeux massacres dont vous subirez les affres. Des dizaines de fois. Ou pas, simple question de coup de main.

YsYs

Les NPC importants et marchands/armuriers/etc nous offrent le plaisir d’un affichage graphique old-school avec choix de dialogues déroulés sur la droite. Perturbant aujourd’hui, on s’y réhabitue très vite, d’autant plus que ça donne lieu à des affichages de dessins très réussis.

L’immersion dans Ys passe aussi par l’ambiance fermée de la petite communauté dans laquelle ce huit-clos nous embarque. Sur l’île d’Esteria, rien n’est là par hasard, et on finit vite par connaître la zone de jeu comme sa poche. L’histoire même évite de faire intervenir trop de protagonistes et reste totalement soumise au bon vouloir du joueur (pas de cinématiques telles qu’on les conçoit dans les jeux récents, de simples dialogues font avancer le scénario en général), qui se retrouve souvent livré à lui-même et à ses décisions pour avancer dans le jeu, certains twists tout relatifs venant renforcer cette impression de totale autonomie (quitte à ce qu’on souffre parfois de cette absence de repères). L’ambiance passe aussi évidemment par les musiques, qui sous leurs airs anodins deviennent très vite marquantes tant elles fusionnent avec l’ambiance d’un donjon au point de le rendre familier, loin de la grande majorité des bandes originales simplistes aux accents chiptune de l’époque.

La Falcom Team jdk, groupe de compositeurs sous la bride de Falcom à l’époque de la version originale et menée par Yūzō Koshiro et Mieko Ishikawa à l’époque, nous livre un travail de composition approfondi et compensent l’intrumentalisation minimale qui était à leur disposition par une recherche continuelle dans la musique, laissant libre cours à de nombreux futurs arrangements. Le jeu doit aussi son caractère mythique à ces morceaux qui le ponctuent et lui procure sa force, jouant sans arrêt avec l’oreille du joueur pour l’empêcher de s’ennuyer : First Steps Towards War, Palace of Destruction, Beat of the Terror, Tower of the Shadow of Death, Final Battle, quelques-uns des morceaux qui deviendront vite inoubliables tout au long de leur écoute durant des frasques d’Adol au travers de l’île, et dans l’immense tour qui la surplombe.

 

Ys I&II Eternal - Palace

Ys I&II Chronicles - Tower of the Shadow of Death


 

Ce qui donne tant de richesse à ces compositions, c’est aussi le travail d’arrangement très important qu’elles ont auguré, allant de reprises orchestrales à des rythmes bien plus rocks, en passant par le piano et des inspirations bien plus marginales. Le meilleur moyen de se rendre compte de cette tendance est encore de comparer deux arrangements du même morceau, avec par exemple une reprise électro de First Steps Towards War dans le remake Eternal et son pendant symphonique orchestral dans le premier mouvement d’Ys Symphony, à l’opposé mais merveilleusement bien adapté au genre, ou encore en version rock dans le remake PSP Ys I&II Chronicles. Il en est de même pour le thème oppressant des mines, Beat of the Terror, lorsqu’on compare sa version d’origine à l’un de ses nombreux arrangements, et de nombreux autres pistes de la bande originale mouvante dans sa composition comme dans les nombreux dérivés qu’elle a engendré au fil du temps, aujourd’hui pour la plupart devenus collectors sur les étagères de fans assidus (Ys Dramatic Concert, Healing, Provincialism, Piano Collection 1 & 2, Super/Best Sound Collection, Midi Collection, etc).

Ys Piano Collection

La pochette de l’album d’arrangements Ys Piano Collection, reprenant les principaux thèmes des deux premiers épisodes de la saga dans des morceaux symphoniques soutenus par un piano omniprésent.

Ys Vanished Omens est un jeu aisément criticable dans son simple appareil technique et esthétique : gameplay répétitif, environnements et personnages stéréotypés, scénario prévisible à souhait, comme la plupart des jeux de l’époque, ce ne sont pas sur ces arguments que se base la popularité qui en découle. Ys I n’est finalement qu’une introduction à une longue série qui ne cessera de se compléter au fil de ses volets (on notera par exemple l’arrivée de sorts magiques dans Ys II, qui ajoutent une véritable dimension supplémentaire au gameplay, ou l’orientation plus Zelda-like des épisodes récents, avec un gameplay nettement plus orienté action), tout en gardant une orientation old-school bien particulière qui lui vaut d’être particulièrement boudée par le public occidental (elle l’est sans doute aussi parce que peu d’épisodes de la série ont eu le mérite de franchir les frontières du Japon pour parvenir à nous) et l’empêche d’évoluer pour toucher un plus large public, lui assurant de ne pas fâcher sa précieuse fanbase en conservant les spécificités élitistes qui ont fait son succès. Peut-on considérer que les amateurs de la série se reposent pour autant sur des qualités inexistantes, simples victimes d’un jeu largement surévalué ou de la simple nostalgie ? Avec uniquement ce premier épisode à l’appui, son gameplay impitoyable et précis, sa progression anarchique mais intuitive, et l’invitation à développer la subtilité de son univers qu’il nous envoie, on peut déjà s’écarter de si expéditives conclusions.

Ys Vanished Omens

めがみーず by もちもちももt via Pixiv

Play with me.

N’oublions pas qu’à l’époque, les jeux vidéo n’obéissaient pas aux mêmes tendances et étaient construits tout à fait différemment de ce qui se fait aujourd’hui. En se basant uniquement sur la production actuelle, la plupart des jeux qui ont donné naissances aux grandes sagas vidéoludiques qu’on ne connaît que trop bien (et qui ont donc indirectement engendré la production actuelle) n’auraient jamais eu l’influence qu’on leur concède largement. Ys fait partie de ces séries peu connues qui permettent de s’écarter des principales voies du genre, une série longue qui ne cherche pas à se transformer et à évoluer au fil des générations, mais arbore simplement la volonté de transmettre aux joueurs actuels le charme addictif qu’ont ressenti les pionniers du monde vidéoludique en parcourant ces jeux qui ont créé les grandes sagas, sobres, jouissifs, intransigeants, et en dépit de tout, terriblement marquants. La série Ys possède ses qualités et ses défauts, mais elle a le culot de faire perdurer une production old-school simple, efficace et constante dans la course à l’évolution et à l’originalité qui stigmatise la production actuelle. Voilà ce qui, avant tout, est à l’origine de son large succès d’estime.


Gen'

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Corti Corti ·  18 avril 2010, 10:33

Depuis le temps que j’en entends parler… Faut que je m’y mette un jour…

Gen' Gen' ·  18 avril 2010, 16:05

Histoire que tu t’y retrouves un peu au milieu des tas de remakes et versions, je te conseille de te tourner vers Ys I&II Complete sur PC qu’il faudra patcher en anglais (jouer sans comprendre un mot de japonais, c’est juste du suicide, à moins d’avoir un bon walkthrough sous le bras, ce qui gâcherait quelque peu l’expérience de jeu), c’est la meilleure version parue à ce jour. A noter que des remakes sont aussi disponibles sur PS2 (Eternal Story), DS (Legacy of Ys) et PSP (Ys Chronicles), et individuellement sur PC (dans des versions Eternal et Complete), ce qui ne simplifie pas l’affaire…

Sinon, tu peux te tourner vers l’émulation des plateformes qui ont accueilli le premier jeu sous des coutures très différentes (la version la plus connue -et la plus limitée- étant celle de Master System, la plus aboutie celle parue sur Sega Saturn). Edit : La version PC Engine CD-Rom² est aussi disponible sur la console virtuelle de la Wii pour les intéressés, une occasion à ne pas manquer.

Corti Corti ·  19 avril 2010, 19:35

Yep, je viens de voir ça pour la Wii, je vais me tourner vers cette dernière ;)

J’ose espérer qu’elle est en anglais :D

Krys Krys ·  20 novembre 2016, 18:16

Bonjour,
Dans votre article vous insérez une carte de la baie de Douarnenez, je suis justement à la recherche d'une carte de ce type. Pourriez vous m'indiquer une référence, ou où vous l'avez trouvé/obtenu?
merci bcp,

Cdt,
Krys

Gen' Gen' ·  28 novembre 2016, 14:47

Krys > J'aurais absolument dû sourcer cette carte en l'utilisant, ce sera corrigé.

L'image est issue du catalogue de cartes maritimes SHOM, plus spécifiquement un imprimé de la carte 7121 - Baie de Douarnenez dont vous pouvez trouver les références ici :

http://diffusion.shom.fr/searchprod...

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