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Récap été 2015 - Rokka no Yuusha

HR

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2428 mots - 12 minutes

Rokka Pic 1

六花の勇者vフレミー via Pixiv.

En reprenant le titre exacte d’un ancien billet, j’ai fait la promesse de revenir sur les séries de cet été, en particulier celles qui ont retenu mon attention jusqu’au bout. Rokka no Yuusha est la bonne surprise de cette saison estivale, en dépit d’un début classique orienté action/aventure, la série décide de suivre son propre chemin en s’intéressant plus à ses personnages qu’à une histoire vue et revue de héros qui sauvent le monde. En choisissant de trancher net l’idée d’un road trip avec un huis clos soigneusement construit et une chasse au traître qui se transforme en course à la survie, Rokka no Yuusha se rapproche par moments plus de Battle Royale, des intrigues d’Agatha Christie ou si j’ose faire la comparaison, de The Thing (coucou Chamot) que de votre classique épopée animée la fleur au fusil.

Et si tout n’est pas bon à garder et que la fin appelle à une seconde saison très hypothétique - les ventes de la série ne décollent pas à l’heure où j’écris ces lignes -, Rokka no Yuusha reste le genre d’effort que j’aimerais voir plus souvent, une adaptation d’un light novel qui s’en éloigne suffisamment pour avoir une identité propre tout en lui restant très fidèle. L’écriture est aussi et surtout un excellent exemple d’intrigue menée d’une main de maître, Jun Maeda pourrait prendre des notes. Si vous n’avez pas encore vu la série, il est encore temps de s’y mettre avant l’avalanche de spoilers, vous pourrez toujours revenir en discuter par ici !

[Nous sommes ici au royaume du bon goût, ce billet sera donc ponctué d’illustrations de Flamie <3]

Acte I : Exposition - Mise en place de l’intrigue

Rokka Pic 2

Le premier épisode de Rokka no Yuusha n’est pas original pour un sou, c’est le genre d’histoire qu’on a vu et lu dans dizaines de fois sur tout un tas de supports : un jeune héros au passé tragique est promis à une destinée exceptionnelle, guidé par un personnage aux intentions énigmatiques qui déclenchera l’appel à l’aventure, les bases du monomythe sont posées. Si elle est classique, l’exécution n’en reste pas moins impeccable et rafraîchissant : je l’avais mentionné dans mes premières impressions, Passione a pris l’initiative de transposer l’univers fantasy original dans un setting précolombien qui permet d’emblée à la série de se démarquer. On verra que ce changement a finalement peu d’incidence sur le déroulement de l’intrigue, mais si le but était d’éveiller l’intérêt du spectateur, ça fonctionne. Quelques séquences de combat nerveuses sur des décors de pyramides aux tons rougeoyants, un background raconté au travers de frises dessinées à la façon d’un Zelda, un héros aux motivations simples quoi qu’un poil ambitieuses.

凶魔の森 via Pixiv.

“Je suis l’homme le plus fort du monde”, répète Adlet Meyer, une phrase qui gagne en profondeur au fil de l’intrigue. Rescapé d’un village rasé par un groupe de démons lorsqu’il était enfant, Adlet a grandi dans la montagne en compagnie d’un vieux sage qui lui fera subir un entraînement strict, et surtout lui apprendra que son intelligence est son arme la plus redoutable. Lorsqu’une prophétie séculaire se répète et qu’un dieu maléfique menace de se réveiller pour réduire le monde en cendres, six héros sont systématiquement choisis pour le remettre à sa place. Mais ces derniers doivent avoir fait leurs preuves pour faire partie des heureux élus, tous ceux qui ont été choisis jusqu’à maintenant étaient de grands combattants qualifiés de “Saints” dotés de superpouvoirs rattachés à un élément bien spécifique.

Tel est le cas de Nachetanya, princesse du royaume de Piena, qui accorde une attention toute particulière à Adlet et le sauve d’une sentence à vie pour avoir osé troubler une cérémonie sacrée, l’affrontement de deux guerriers pour se faire une place parmi les six élus. Une nuit, le symbole des six apparaît sur la peau de la princesse et de l’orphelin, marquant le début de l’aventure de Nachetanya et Adlet qui galopent vers les montagnes à la fin de l’épisode. Un élan qui va très vite se prendre un mur, un mur au pied duquel l’intrigue restera pendant le reste de la série.

Acte II : Péripéties - Le mystère de la chambre jaune

Rokka Pic 3

Le principe du huis clos est utilisé à tour de bras, mais pas toujours d’une façon très fidèle à l’idée que Jean-Paul Sartre s’en faisait lorsqu’il écrit la pièce du même nom. “L’enfer c’est les autres”, conclut-il brusquement alors que de son propre aveu, il y avait encore beaucoup à en dire. Si je mentionne et l’auteur et son oeuvre, c’est que Rokka no Yuusha nous propose une version très efficace de ce huis clos à la sauce Sartre : des personnages enfermés ensembles, tous à la fois juges et accusés, condamnés à trahir ou à se faire trahir. Pour l’auteur du light novel qu’adapte la série, Ishio Yamagata, qui s’était déjà illustré sur Book of Bantorra que j’aime d’amour, cette histoire de dieu démon et d’élus partis sauver le monde n’est qu’une excuse. Après quelques échauffourées lorsque Nachetanya et Adlet rencontrent Flamie, accusée d’être à l’origine d’une série de meurtres de Saints visant à supprimer les élus potentiels avant qu’ils soient choisis pour défaire le dieu démon. Tout le casting se retrouvera finalement aux abords d’un temple bâti pour retenir les démons en cas d’invasion du continent.

かわいいのフレミーちゃん via Pixiv.

Seulement voilà : si tôt le groupe formé, le sceau s’active et le groupe est piégé. Pire encore : au décompte, le groupe est composé de sept personnes, alors que le symbole qui permet aux élus de s’identifier apparaît sur tout le monde et affiche six pétales, un par élu. Quatre épisodes dans la série, et le décor ne changera plus jusqu’à sa toute fin. L’aventure attendue se transforme alors en un mystère étouffant qui poussera les personnages à se retourner les uns contre les autres et les forcera à se mettre à nu pour s’innocenter aux yeux des autres. A partir de ce moment, tout n’est qu’affaire de froide logique et de jugement, au détriment des coupables idéals qui ont le malheur d’avoir toutes les raisons d’être des traîtres.

Pour l’auteur, c’est un moyen idéal de secouer les stéréotypes du genre en confrontant les personnages à leurs propres motivations et idéaux. En dehors d’une poignée de scène d’action utilisées à des fins strictement scénaristiques, la série gravite autour des interactions entre les personnages avec des dialogues très denses, probablement trop pour ceux attendaient une série d’aventure classique, c’est facile de mal comprendre le but de la série et d’être frustré dans l’attente que les personnages repartent à l’aventure. C’est pas le but, on est ici plus dans une série orienté mystère/personnages. Le casting est de ce fait plutôt travaillé, à l’exception peut-être de Goldof qui est aussi amorphe qu’inintéressant dans cette première saison, limité à un pathétique chien chien dans les pattes de Nachetanya. Certaines sous-intrigues attendues sont par ailleurs expédiées d’un coup de manche avec joie, comme l’amour “secret” de Goldof qui ne l’est finalement pas vraiment et dont la concernée n’a de toute façon rien à faire. Pas d’atermoiements et de romances ici-bas, et lorsque le thème est abordé, on est à cent lieues de la confession larmoyante, on frôle plutôt la manipulation. “Est-ce qu’elle me tuera si je lui dis que je l’aime ?”. Si l’enfer c’est les autres, l’enfer est aussi pavé de bonnes intentions, comme dirait l’autre.

C’est très satisfaisant de voir les personnages interagir dans ce contexte, je pense à Maura, Sainte de la Montagne qui porte bien son nom avec son caractère autoritaire et ses convictions dures comme la pierre, le personnage a l’applomb et la force d’Hamyuts Meseta. Les personnages les plus forts du monde étant théoriquement réunis, une tension silencieuse se développe autour des affrontements, impressionnants quand ils finissent par éclater. Chamot en est le meilleur exemple, une elfe guillerette d’apparence qui n’hésite pas à appeler au meurtre au moindre soupçon, et entreprend même d’éliminer la totalité du casting parce qu’à ses yeux le coupable sera forcément dans le lot. Son design me met dans le même état de malaise que les fées de Jinrui Wa Suitai Shimashita, ça devient encore plus dérangeant lorsqu’elle finit pas montrer de quoi elle est capable, bon appétit bien sûr. Sans Maura, les murs du temple seraient déjà repeints en rouge. Hans Humpty est un assassin à l’intelligence aussi tranchante que ses lames qui affirme avoir une âme sombre, mais pas aussi sombre que celle de Flamie, meurtrière repentie qui pourrait finalement trouver plus d’elle n’espérait dans un Adlet qui lui est entièrement opposé. Nachetanya n’est de son côté pas blanche comme neige non plus, avec une fragilité psychologique mal dissimulée qui frôle parfois la psychose, et Adlet compense son absence de superpouvoirs avec son mental à toute épreuve et sa connaissances des sciences, la série s’autorisant même un petit passage “sciences vs magie” très bien vu. Chaque personnage a des choses à cacher, des méthodes pas très orthodoxes, et des motivations qui pourraient confirmer qu’il est bel et bien le septième, le traître.

Acte III : Dénouement ? - L’intrigue relancée

On arrive assez facilement à voir venir l’identité du véritable coupable, la faute peut-être à un charadesign qui vend trop la mèche, mais le déroulement des événements est en lui-même plus intéressant que cette vérité fatidique qui est avant tout l’obsession de nos élus, il y a une différence entre savoir qui a commis un crime et savoir comment il l’a commis. L’écriture de la série est son point fort et arrive sans problème à faire pardonner une réalisation pas toujours au top (urgh, cette caméra tournante à la fin de l’épisode 4, j’en ai encore des nausées) même si on retrouve quelques idées et tentatives appréciables dans certaines séquences. Je ne suis pas non plus très fan du charadesign général. Les costumes sont détaillés et soignés, pourtant le rendu ne suit pas toujours. J’ai pas trop compris ce délire de la bande de tissu qui passe sur une poitrine à l’air chez les hommes comme les femmes non plus. Il me semble quand même que le dessin des personnage en lui-même est plus à mettre en cause que leur design général, ça passe sans problème sur des personnages comme Maura, Hans et Chamot, et ça ne les empêche pas d’être de vrais badass, chacuns à leur façon (celle de Chamot impliquant des anomalies gustatives à la Jungle Wa Itsumo Hare Nochi Guu). On a en plus doit à trois génériques de fins centrés sur Adlet, Flamie et Nachetanya, et la bande originale est signée par nulle autre que Michiru Oshima (Legend of Legaia, Ico, Sora no Woto - oui, la BO était cool -, Little Witch Academia, Patema et le monde inversé et plein d’autres).

Je ne parlerai pas en détail de la résolution de l’intrigue, mais il faut bien retenir qu’elle passe autant par l’identité du septième que par une compréhension de ce qu’il se passe exactement, avec comme toute bonne enquête un retour sur la chronologie des événements et du pointage de doigts incriminant (et même un vrai meurtre qu’on ne découvre que plus tard), comme si Agatha Christie avait décidé de se mettre à écrire du shounen après le verre de vin de trop. Dans la pièce de Jean-Paul Sartre, la porte de la prison des protagonistes s’ouvre, mais comble du sort, ils sont toujours incapables de sortir, tous trop dépendants les uns des autres pour se séparer, condamnés à vivre dans leurs jugements et acceptations mutuelles. Une situation qui renvoie directement à Rokka no Yuusha dans son pied de nez final.

Alors que le brouillard se lève et que les héros savourent leur liberté retrouvée pendant que le septième a pris ses jambes à son coup, un nouveau personnage un peu ridicule débarque en affirmant qu’il est un peu à la bourre en dévoilant à son tour son sceau des élus. Le mystère du septième élu reprend ainsi de plus belle pendant que le groupe se prépare à marcher sur la terre du dieu démon, l’ancien septième préparant sans doute déjà sa vengeance pendant qu’un démon mystérieux manigance dans l’ombre. Tous les éléments sont réunis pour une saison 2 de haute voltige. Notons aussi que le dernier épisode reprend le générique de la première moitié de la série, comme pour confirmer que la boucle est bouclée. Mention spéciale aux génériques de fin, et à Secret Sky, qui a un petit air d’Eri Kawai qui ne me laisse pas de marbre. Une nouvelle série Utawarerumono démarre cet automne, et l’absence de la chanteuse au générique sera un manque cruel…

Rokka no Yuusha est disponible sur le catalogue Crunchyroll.

Rokka Pic 4

無題 via Pixiv.


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