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Réglons nos comptes avec : Blood-C

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2648 mots - 13 minutes

Ce billet était à la base un tweet qui devait résumer mes impressions sur la série après un petit marathon de rattrapage, à raison d’un peu de moins de deux heures et demi par jour à manger de la megane et de la couette depuis hier. 140 caractères n’ont pas suffi, et à partir du moment où on dépasse 10 tweets d’affilée il vaut mieux se faire à l’idée qu’on n’utilise pas la plateforme de la manière la plus appropriée qui soit. Surtout quand un a un blog où débiter tout ça librement. Parlons donc du sujet qui fâche : Blood-C. Attention, ça va spoiler sévère.

Blood-C Pic 2

Je ne vais pas tourner autour du pot, j’ai apprécié Blood-C. Certains aspects de la série en tout cas, là où d’autres sont totalement aberrants. La série a été largement taclée pour la mollesse de ses premiers épisodes, qui suivent le découpage vu et revu quotidien ennuyeux/combats contre des sales bestioles. Lorsqu’on nous fourgue en plus une cruche ultime en guise d’héroïne, qui occupe à peu près autant de place dans les premiers épisodes lorsqu’elle chantonne que lorsqu’elle coupe dans le vif, ça fâche, les critiques lui ont gentiment envoyé des tomates. On reconnaît bien là la patte Clamp : le quotidien paisible des protagonistes prend le pas sur le reste, avec tous les personnages secondaires clichés qui vont avec : une paire de jumelles chieuses, un brun ténébreux, le gars à lunettes très responsable, je m’attendais presque à voir débarquer la sorcière dimensionnelle au détour d’un couloir. Bref, on passe à côté des personnages et on s’en fout royalement.

Mais comme dans xxxHolic et autres productions clampesques, ce ne sont pas les personnages humains qui crèvent l’écran. Ici, c’est l’imagination qui entoure la conception des “Elder Bairns” (Furukimonos en VO) qui attire l’oeil, le premier combat opposant notre cruche de meganekko à une statue bouddhique croisée à une mante religieuse qui révèle sa véritable forme au fil d’un affrontement parfaitement mis en scène par Tsutomu Mizushima, directeur sur la série, et l’équipe de Production I.G. Les Elder Bairns folkloriques, ce sont un peu les stars du show, et vu le charisme de l’héroïne à la voix guillerette de Nana Mizuki ils lui volent aisément la vedette. Est-ce qu’une miko à lunettes qui taillade du monstre à coups de sabre et quelques pâtisseries font un démarrage convainquant ? Non, il manquait un élément essentiel à tout ça : une intrigue convainquante. Les retours sur ces premiers épisodes sont majoritairement négatifs, Blood-C a déclenché de grands élans de haine et un désintérêt massif pour une licence dont on attendait un parti-pris radicalement différent, plus proche de Blood : The Last Vampire que de Blood+. Pourtant, ce début de série médiocre est trompeur.

Blood-C Scr 1

Et qui c’est qui va devoir éponger tout ce jus de tomate ?

L’intrigue lambda et son découpage épisodique immuable se transforme, et Saya sombre de plus en plus dans une forme assez violente de schizophrénie : la demoiselle courre après les papillons la majeure partie de son temps, et se transforme en guerrière au sang froid dès qu’elle dégaine. Elle entre carrément en mode berserk et oh, surprise, expédie les combats en quelques secondes lorsque ses yeux deviennent rouge sang. Et puis il y a quelque chose qui choque très vite dans les attaques des créatures : ils se foutent royalement de Saya, eux, ce qui les intéresse, c’est croquer de l’humain parce qu’ils sont affamés. Et Saya a manifestement loupé son diplôme de super héroïne badass puisqu’elle est incapable de sauver qui que ce soit, toutes les victimes finissant par mourir de manière grotesque et peu appétissante avant d’êtres démembrées, avalées, mâchées et digérées par les Elders Bairns. Saya chantonne en se promenant, mais s’interrompt de plus en plus tôt en comprenant la naïveté de ses paroles. Là, on se dit que quelque chose cloche. Puis c’est l’escalade dans l’horreur.

Ces créatures aussi fascinantes dans leur design que terrifiantes dans leur caractère d’implacable machines à tuer ont quelque chose d’assez malsain. Et puis elles deviennent bavardes : les créatures nous confient qu’elles ne comprennent pas d’où vient la colère de Saya. De leur point de vue, elles se nourrissent parce que c’est un besoin vital, point, et c’est les humains qui agissent de façon contrenature en refusant leur sort, Saya la première. Et en les écoutant, on se dit… que ça se tient. Les Elder Bairns passent du stade d’animal sauvage à esprit aussi intelligent et affûté que celui d’un humain, le contraste entre leur violence et leur indifférence fait frissonner, et on commence à se questionner sur cette chasse, finalement plus cruelle de la part de Saya que du point de vue des Elder Bairns qui tentent de survivent, trahis par un “contrat” mystérieux, à côté d’une Saya qui ne comprend même pas qui elle est.

La situation devient encore plus critique lorsque ces derniers se mettent à attaquer de manière totalement imprévisible dans les épisodes, et à dévorer tous ceux qui leur passent sous la main dans la foulée (à commencer par les amis de Saya, réduction massive de casting à l’appui). On perd l’équilibre à la fin de l’épisode 5, lorsqu’au milieu d’une conversation banale un Elder Bairn à l’allure vague de mille-pattes surgit du sol et croque la tête d’une des jumelles. A partir de cet instant, plus personne ne sera à l’abri, à chaque scène anodine on se demande si un Elder Bairn ne va pas débarquer pour un joyeux bain de sang. Les massacres culminent lorsque l’un d’entre eux débarque en cours et transforme le lycée en boucherie. Plus tard, c’est carrément la ville qui y passe, dans une inondation de délires gores aussi ridicules que jouissifs.

Blood-C Scr 2

À table !

La tension monte, Saya se pose des questions et commence enfin à changer, elle remet en cause sa situation, et les débuts poussifs de la série en elle-même. La mauvaise impression des premiers épisodes s’estompait doucement pour aller vers une intrigue plus volumineuse et intéressante, avec pour clés l’identité réelle des Elder Bairns et de Saya, qu’on imagine intimement liée. Un des monstres, une sorte de guerrier du Japon antique à l’allure de scarabée, s’autorise même quelques paroles à la limite de la compassion (dans le combat le plus poussif et laid de la série, en dépit de bonnes idées toujours présentes). Les deux derniers épisodes s’aventurent à apporter une réponse à ces questions.

Et là, c’est le drame. Je reste globalement déçu par l’intrigue, qui sent finalement le bricolé avec un épilogue abracadabrant qui donne une situation d’ensemble tirée par les cheveux, pas crédible pour un sou. C’est comme si le staff avait décidé de lier l’intrigue de la série à celle du premier film au dernier moment. Dans un élan de panique, les dames de Clamp se sont rendu compte qu’elles avaient fait n’importe-quoi et cherchent à titiller l’intérêt des fans de la première heure avec du twist comme on en a peu fait. Parce que oui, en fait c’était une bonne blague, tous les potes taillés en pièces de Saya reviennent avec une troll face pour lui annoncer qu’elle est le dindon de la farce, et ils pouffent de rire devant la tronche médusée de Saya (et la notre). J’imaginais déjà l’intrigue tomber à plat après tout ce foin, réveillant la plaie à peine cicatrisée de la farce Higurashi no Naku Koro Ni Rei, mais non, ce n’était pas assez, il fallait un départ plus glorieux, un chant du cygne. Dites donc bonjour aux rafistolages scénaristiques avec du scotch.

Parce que vous ne saviez pas ? Mais oui, Saya, c’est la même que celle du film d’Hiroyuki Kitakubo, ah ah ! Et puis en fait, ben tout ça est une ville en carton pâte, et tous ces gens sont des acteurs ! Mais écoutons Fumito Nanahara, alias “Teh Mastermind” que nous avons interrogé à ce sujet : “Bonjour, je suis blond et j’ai un sourire de lover, je suis donc un grand malade, z’auriez dû le voir depuis le début, si vous saviez tout ce qu’on peut mettre dans du café et des pâtisseries… Pourquoi j’ai fait ça, est-ce qu’on serait pas en train de tourner le dernier long métrage de James Cameron (dès qu’il en aura fini avec Gunnm, allez savoir quel délire sénile il va nous pondre) ? Ah non non, alors, c’est très simple : je la trouve plutôt sex dans son uniforme d’écolière, mais je voulais voir ce que ça donnait avec une robe de miko et un balais. Je suis plutôt satisfait du résultat, c’est vraiment super moe-kyun. Et puis on a aussi foutu un chien qui parle doublé par Jun Fukuyama à la suite d’un pari idiot lors d’une soirée trop arrosée, c’était fabulous max. Je vous déballerais bien une histoire incompréhensible d’expérience portant sur un changement de personnalité fantasmagorique allègrement soutenue par le gouvernement, sous canabis vu mes moyens, mais j’étais sous contrat au moment de débiter ces âneries. Saya aussi d’ailleurs, vu son scepticisme à la vue du script les comédiens maquillés par Guillermo Del Toro lui répétaient de quand même s’en tenir au contrat, même si le final était nase. “Respecte le contrat (pense à ton salaire)”. Du coup, j’ai fait mon méchant au sourire placide jusqu’au bout, et je me suis taillé en hélico en fin de série en ricanant comme un con, parce que je ne sais absolument pas pourquoi j’ai fait tout ça. Si vous aviez vu la tronche de cette cruche de Saya. Ça méritait bien une bastos dans l’oeil” Hum, merci, c’était très enrichissant.

Blood-C Scr 3

Bonjour, je viens pour le Deus Ex Machina (sinon, qui est partant pour un bukkake ?).

Le comble, ça reste la quantité d’excuses qu’on nous envoie au visage pour justifier un tel bouleversement de l’intrigue. Les pestes de jumelles nous disent qu’on aurait dû se rendre compte que les uniformes scolaires sont totalement moches et hors sujet, et que les personnages ont des noms qui ne veulent rien dire. Comme dans 80% des productions animées, quoi. Et puis ils sont toujours en été malgré le temps qui passe, nous font-elles remarquer vu que personne n’a jamais vu d’uniforme d’hiver (notez que Teh Mastermind est assez puissant pour ordonner aux saisons de ne pas avancer, très fort). La mémoire de Saya fait une sorte d’Eternal Eight de l’hippocampe, elle est incapable d’avoir le moindre souvenir de ses parents, de ses années scolaires passées, bref, elle ne vit que dans l’immédiat, tranquille la fille, c’est une abonnée à l’amnésie forcée à grands coups de drogue dure.

Les morts abominables de ses amis ? Facile, un talisman protecteur et hop, le tour est joué, on peut se faire déchiqueter à loisir et revenir à la vie ! Pas bien compris d’où venaient les cadavres et la tripaille étalée partout par contre, disons que c’est du sirop de framboise et quelques effets spéciaux made in Hollywood. Au moins ça explique pourquoi les personnages sonnent si faux dès le départ. Mais ne suffisait-il pas simplement de les effacer aussi de la mémoire de Saya ? Et sérieux, c’était quoi l’utilité de l’ébauche de relation Saya/Tokizane si c’est pour aboutir à quelque chose de si nauséabond ? Même la prof se la joue Miyo Takano. Ou comment démolir un background qui commençait à prendre de l’intérêt avec quantité de détails insignifiants et peu crédibles qui sont censés donner de la cohérence à un looping scénaristique incompréhensible et infondé, mais remuent le couteau dans la plaie à force d’insistance.

Je jetterai sans aucun doute un oeil au film annoncé en tout cas, pour voir de quoi il en retourne vraiment. Je trouve comique que la série ait été si vivement critiquée pour être si différente de Blood : The Last Vampire alors qu’elle en est à la surprise générale une suite directe, et c’est au final ce qui la fait chuter si lamentablement à mes yeux. Ces 12 épisodes et leurs affrontements à la mode survival façon Gantz/Alien 9 m’auront au moins davantage diverti que Blood+, probablement parce que Blood-C est bien plus courte. C’est peut-être plus cette dernière qui mériterait le nom Blood+ d’ailleurs, vu qu’il y a du sang à en remplir des citernes. Si les BluRay/DVD retirent la censure massive, le spectacle a des chances d’être salement gore, les plans ne nous épargnant rien. Et c’est malheureusement tout ce qu’il y aura à tirer de la série, un bête plaisir de l’action jouissive et décomplexée, là où le parcours manqué de l’héroïne et ses échecs successifs écrasaient ses épaules et donnaient du charme au personnage.

Blood-C Scr 4

Saya ne sera plus jamais comme avant. Ou plutôt si, mais en fait pas exactement, ça dépend de quel “avant” on parle en fait, parce que… oh, et puis zut, débrouillez-vous avec l’intrigue.

C’est surtout cette destruction progressive, minutieuse et impitoyable du personnage initial et de ses idéaux que j’aurais voulu retenir, en oubliant ce qu’ils en ont fait. Et cette ambiance oppressante où on ne se sent plus en sécurité nulle part dans ce petit village lentement dissous par les créatures anthropophages qui sont dans l’ordre des choses, auxquelles on offre des humains en pâture au cours de processions secrètes appelées “Shrovetide”, qui me rappelaient agréablement Shiki. Grâce à cette conclusion sans queue ni tête, il n’en reste plus que l’ombre de la puissance dramatique du personnage du premier film. Je ne suis pas fan de cette vague haineuse qui s’est emparée de la série et qui pousse les gens à la conspuer exagérément parce que c’est la mode, j’avais même prévu d’écrire un billet plus positif à la base, mais je reste déçu par la tournure qu’a pris l’intrigue. Et la réalisation reste de bonne facture, même si on sent le manque de moyens sur certains affrontements. Bravo mesdames, vous n’avez rien construit, rien inventé. Le nom Clamp vient de signer sans s’en rendre compte sa plus cinglante parodie.

Illustration d’accroche par Kiyama via Pixiv.


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Helia Helia ·  01 octobre 2011, 21:23

Tu attises mon intérêt là ! Si j'en crois ta prose, Blood-C est un peu le School Days des animes CLAMP, ça promet d’être marrant =D. D’ailleurs il serait intéressant de se demander si cette « cinglante parodie » est vraiment involontaire ou si ce n’est pas juste du maximum troll (ce qui n’est pas mieux, je le conçois).

Par contre, si on ne s’est jamais intéressé à la saga Blood ni de près ni de loin, est-ce que la fin ne devient pas du même coup incompréhensible (je veux dire encore plus qu’elle ne l’est déjà) au néophyte ?

P.S : Eurgh Higurashi no Naku Koro Ni Rei… Maintenant que tu l’as mentionné, la rancœur refait surface. Quand on part prévenu, l’impact n’est évidemment pas aussi violent que lorsqu’on est un gentil fan se prenant un parpaing dans la tronche, je suis bien contente de pas être admiratrice de l’univers Blood du coup =/. En parlant du loup, le 2e OAV d’Higurashi Kira a dû sortir en septembre, non ? Il va falloir que j’inflige cette torture malsaine à mon cerveau pour vérifier s’ils sont vraiment descendus au plus bas ou s’il existe encore un pallié caché (gee, je me demande quelle est la réponse).

Gen' Gen' ·  01 octobre 2011, 21:51

L'effet sera moins violent pour quelqu'un qui découvre, la série en elle-même est plutôt appréciable. Et même si j'ai un vrai problème avec l'intrigue, je ne peux pas dire que j'ai détesté. Bon par contre, on est pas dans une cabriole façon School Days, le gore arrive très tôt, le contraste est même évident dès le premier épisode. J'aurais davantage apprécié la série si elle n'avait rien à voir avec la licence Blood, de mon point de vue c'est une erreur d'avoir voulu relier deux production qui n'ont rien en commun. La série divertit sans problème en tout cas, je crois que les fans en attendaient tout simplement plus.

J'ai vu le second OVA Kira, tu préfères apprendre la réponse par toi-même ? :p

Sir Jaerdoster Sir Jaerdoster ·  03 octobre 2011, 12:53

Ah bah voilà, je suis content de voir quelqu'un qui recoupe mon avis. Le seul truc est que je ne peux ni infirmer ni confirmer le lien avec Blood+/the last vampire étant donné que je ne les aie pas vus :(

Gen' Gen' ·  03 octobre 2011, 17:35

J'ai vu le film tout récemment, le DVD traînait sur mes étagères depuis un bon moment. Même si je ne me considère pas comme un fan de la licence, j'ai trouvé le contraste vraiment violent, The Last Vampire déborde de réalisme et de cohérence, on est très loin du maniérisme de Clamp. Pour faire une comparaison trollesque c'est comme si Chobits s'était avéré être la suite directe de Ghost in the Shell. Je ne vois pas du tout ce que Clamp a voulu faire avec cette "suite" qui n'apporte rien.

Blood+ souffre du même problème : une série sympa hors contexte, mais un hors sujet total par rapport à The Last Vampire. Je me demande pourquoi les séries qui ont suivi le film s'acharnent à délaisser son côté seinen/adulte pour taper dans le shōnen lambda gentiment gore.

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Source: GenSeiren depuis Twitter


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