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Éloge du Haruhiisme

HR

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1204 mots - 6 minutes

Aujourd’hui, Kyoto Animation a brûlé .

J’aurais aimé que ça ne soit qu’une image, une blague, un énième délire de fanbase un peu trop investie, mais le drame qui a frappé le studio est une catastrophe humaine et pour l’industrie de l’animation japonaise entière. Quand on ouvre Twitter et qu’on voit un nom connu dans la colonne trending, on s’attend toujours au pire en espérant le meilleur, et j’aurais jamais cru que ça puisse s’appliquer à KyoAni en cliquant machinalement, m’attendant à voir une annonce d’un futur projet ou d’une actualité importante. Mon sang s’est glacé quand j’ai vu qu’un homme de quarante ans avait incendié les locaux du studio, possiblement un “fan” zélé, avec des dizaines de vies parties en fumée et autant de blessés graves, les chiffres ne sont pas encore définitis à l’heure où j’écris et aucune victime n’est encore nommée. J’écris, parce que ce drame me touche plus que je l’aurais imaginé, alors que l’étincelle d’une passion fugace s’estompait sur ce blog. Ce n’est pas une cathédrale qui a brûlé, juste une sorte de monument pour public averti, mais ça me touche.

J’écris, et il aura fallu des dizaines de morts pour me convaincre que ce n’est peut-être pas tout à fait futile. Aujourd’hui, l’industrie et la communauté de l’animation est en deuil, avec ses regrets et ses responabilités, et il est peut-être temps de se demande ce qu’on peut faire de mieux pour donner du sens au décés de tous ces gens qui ont donné leur vie pour leur passion. Les menaces de morts qui visent les créateurs comme Hideaki Anno ne manquent pas (voir la séquence Death Threats de End of Evangelion) et c’est terrifiant de les voir se concrétiser. L’animation est un milieu professionnel ingrat, y travailler par passion, c’est déjà sacrifier sécurité de l’emploi, vie de famille, ambitions et jusqu’à sa propre santé pour donner vie à des images que s’empresseront de consommer une armée de fans qui ont rarement conscience du travail que ça demande, et de l’ingratitude avec laquelle cette industrie traite ses propres créateurs. Et maintenant, dans l’un des studios les plus importants et respectables du milieu, l’un de ceux qu peuvent se targuer de pousser l’industrie et ses pratiques dans la bonne direction, valorisant les nouveaux talents et avec un proportion de femmes importante dans un environnement qui leur laisse peu de place, des gens sont morts parce qu’ils vivent de leur passion. C’est inacceptable, ça n’aurait jamais dû arriver et ça ne doit jamais se reproduire.

Quand on se moquera d’une frame d’inbetween forcément déformée sortie du contexte de son mouvement, de la qualité discutable d’un épisode sacrifié par un calendrier intenable, d’une énième adapation d’un light novel isekai, peut-être qu’il sera bon de se rappeller que tous les jours, et pas seulement aujourd’hui, des gens sacrifient leur vie pour nous divertir. Ce qui n’empêche pas la critique mais la remettra au moins en contexte. Les conditions de travail et la reconnaissance sont indispensables pour permettre aux créateurs de s’exprimer librement et de fournir un travail d’artisanat, et si ça peut sembler un problème lointain confiné à des petits bureaux de producteurs au Japon, c’est aussi notre responsabilité de viser le mieux en tant que spectateurs consommateurs, parce qu’on ne devrait pas détruire ce quon prétend aimer aussi passionnément, et au fond, irrationnellement. Nous ne méritons pas le martyr des victimes d’ajourd’hui, comme elles ne méritaient pas de mourir pour leur passion. Et il est de notre devoir à tous de rendre l’animation japonaise plus humaine, plus sensible, plus rationnelle et responsable. Il ne peut pas y avoir de passion sans empathie.

Aujourd’hui tout a changé, peu importe les prières et les collectes de fonds (honnêtes, ne donnez qu’à Sentai Filmworks qui est un collaborateur connu de KyoAni, dans le doute), KyoAni se sera plus jamais le même KyoAni. Je leur souhaite d’aller de l’avant envers et contre tout, contre la mort et contre le deuil qui sera long et marquera à jamais l’histoire de ce studio unique. KyoAni était et restera, je l’espère, un phare dans un milieu tumultueux qui laisse aux jeunes talents le droit de rêver tout en nous faisant rêver, rire et pleurer devant nos écrans. Jamais je n’oublierai le sourire de Violet Evergarden, elle aussi mutilée puis reconstruite petit à petit, les éclats de rire de Nichijou et ses petits drames rendu plus supportables par la dérision, la folie d’Haruhi qui, au delà de son excentricité hyper-référencée, m’a poussé à trouver de la force en moi pendant mes années lycée où ma vie semblait déjà morne et condamnée, à trouver de l’émerveillement dans toutes ces petites choses banales qui font le quotidien, à ne pas redouter ma différence et me battre pour l’affirmer. Et tant d’autres souvenirs précieux, les rires et les pleurs de Full Metal Panic!, la magie ordinaire de Kanon et Clannad, leur façon de montrer des personnages brisés qui finissent par dépasser leur deuil et devenir plus que ce moment où tout a chaviré. Leurs séries sont des étapes importantes pour beaucoup d’entre nous, tombées juste à pic à un moment de notre vie où on en avait besoin, que le studio nous ait initié au medium ou qu’il incarne simplement son magnum opus.

Je pense que je vais dédier ces prochains jours à me repasser les oeuvres de Kyoto Animation, les moins importantes aussi, pour me souvenir de tous ces moments qu’ils nous ont offerts, redécouvrir celles que j’avais pu mal considérer (coucou Hyouka), voir pour la première fois celles à côté desquelles je suis passé. Et envers et contre tout, je vais essayer d’écrire, pour que tout ça ne soit pas en vain, pour remercier au moins un peu tous ces gens qui ont vécu leur passion jusqu’à la mort. SOS-Dan un jour, SOS-Dan toujours.

Merci KyoAni.

sos_dan_logo_by_sosdanplz.png

PS: Comme quelqu’un l’a indiqué sur Twitter, un bon moyen d’aider le studio sans passer par un intermédiaire est d’acheter quelques images à télécharger sur leur shop digital (en japonais), histoire d’être sûr que l’argent les aidera vraiment en tombant directement dans leurs caisses, on sait tous ce que des promesses de dons et des intermédiaires peuvent impliquer. https://kyoani.shop-pro.jp/


Gen'

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