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Kono Minikukumo Utsukushī Sekai - This Ugly yet Beautiful World (2004)

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Temps de lecture :

2094 mots - 10 minutes

Ce monde, si beau et désespérément cruel à la fois, mérite-t-il de continuer sa course ? C’est la question que nous pose Kono Minikukumo Utsukushī Sekai (この醜くも美しい世界, “Konomini” pour les intimes). Série de douze épisodes diffusée au Japon début 2004 et réalisée par Gainax, elle a été conçue dans le cadre du vingtième anniversaire du studio, et a surtout été remarquée pour les clins d’œil qu’elle fait aux précédentes productions phares mais aussi pour sa simplicité, et du coup son manque d’originalité. Alors Konomini, cadeau empoisonné ou bonne pioche ? Retour sur un hommage piqué au vif…

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Kono Minikukumo Utsukushī Sekai nous raconte l’histoire de deux adolescents qui désespèrent de rencontrer leur âme sœur, “la fille de leurs rêves”. Ryou et Takeru tuent leur temps en faisant des livraisons pour leur oncle, jusqu’à une nuit où sur une route perdue sur les flancs d’une vallée boisée, une étrange lumière les frôle à tout allure pour aller s’écraser dans les bois. Intrigués par la chute de ce qu’ils pensaient être une étoile filante, ils découvrent avec stupéfaction une jeune fille nue étendue dans les branches d’un arbre, inconsciente. Si tôt attaqué par une créature surgie du sol, Takeru découvre qu’il a la capacité de se transformer pour combattre afin de défendre cette jeune fille amnésique, qu’il appelle Hikari (“Lumière”), mais chacun de ces combats provoquent en lui un profond malaise. Qui est Hikari, d’où vient-elle et pourquoi est-elle ici ? Que sont ces créatures qui se dressent contre elle, et quels rôles Takeru et Ryou ont-ils à jouer dans cette histoire ? Tant de questions qui trouveront (ou pas) une réponse tout au long de la série (enfin, façon de parler, il n’y a que 12 épisodes, et vu la lenteur de la progression de l’histoire, c’est beaucoup trop peu).

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Takeru et Ryou sont deux adolescents radicalement opposés : le premier suis ses instincts et est gouverné par la témérité, le second est réfléchi et pèse calmement le pour et le contre avant toute décision.

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Un remake animé d’E.T ?

Une jeune fille mystérieuse qui a perdu la mémoire, un garçon type héros de shônen prêt à tout pour la défendre sans véritable raison, des gros monstres réduits en miettes avec quelques coups de poings, on ne peut pas dire que le début de la série soit original, même si l’épisode introductif est techniquement parfait. Pourtant, elle affiche déjà plusieurs différences qui l’oppose au registre habituel des séries du genre : l’ambiance de la série est étonnamment sombre, presque envoûtante. L’excellent opening, Metamorphose, chanté par Yōko Takahashi (chanteuse du célèbre Zankoku na Tenshi no These, entre autres), y est incontestablement pour quelque chose. On ferait presque le rapprochement avec le puissant Elfen Lied, diffusé la même année, les personnages de Lucy et d’Hikari étant proches tant au niveau du caractère que du design. Les relations potentielles entre les protagonistes de l’histoire promettaient eux aussi une évolution certaine et la question centrale promettait une dose correcte de retournements dramatiques. Au fil de l’évolution de l’histoire, on comprend vite qu’Hikari est apparue sur Terre pour accomplir son rôle de juge implacable : au gré de sa découverte du monde qui l’entoure, elle décidera s’il est bon de le faire perdurer ou enclenchera sa destruction. Les nuées de papillons qui forment des nuages rougeoyants dans le ciel sont le symbole de cette apocalypse, qui est aussi une renaissance. Il est donc naturel que le papillon rouge soit l’emblème de la série.

Alors qu’on pourrait croire que l’histoire prendra des proportions épiques mettant en balance des enjeux à l’échelle du monde entier, les enjeux du débat disparaissent pourtant très vite. On reste finalement cantonnés au petit univers des deux adolescents, leur vie ne se trouvera même pas du tout bouleversée par la rencontre. On retrouvera donc tout naturellement un côté “train de vie” : l’école, les amis, les triangles amoureux, une pointe d’ecchi, du fan service, tout un tas de choses inutiles qui ralentissent la série et l’empêchent d’avoir trop d’ambition. Les combats et la recherche d’indice à propos des évènements en cours dans tout ça, c’est un peu comme des activités extra-scolaires. Oui, c’est ça, un SOS-Dan de pacotille, et la série serait le résultat d’un grand délire cinématographique. Hikaru sera bien évidemment incarnée par Mikuru-chan, Takeru par Kyon et Ryou par Itsuki. Akari reste Akari, parce qu’elle est bien le seul personnage valable de l’histoire.

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Les scènes d’action bénéficient d’une animation fluide et tonique, mais elles sont beaucoup trop courtes et rares pour pouvoir être appréciées à leur juste valeur.

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Les personnages secondaires ont la particularité d’être complètement inutiles, pas une fois ils n’affectent la progression de l’histoire. Même Mari, amoureuse de Takeru, ne fait rien pour prendre l’avantage sur Hikari et se contente de regarder son prince charmant fricoter avec un alien tout juste débarqué, passive. On trouve même le cliché de la blonde alcoolique, en se demandant vraiment ce qu’il fout là, sa pseudo-science n’apportant pas non plus grand chose à l’histoire.

Plus qu’une histoire de fin du monde, c’est plutôt une histoire d’amour qui nous est présentée. Konomini tend à explorer les relations entre ses protagonistes plus que l’état de l’humanité à proprement parler. La réelle identité d’Hikari et de sa pendante qui fait son arrivée plus tard, Akari, reste somme toute très secondaire tout au long de la série tout comme le sont les fameux monstres, qui apportent un peu d’action sans jamais vraiment bouleverser l’avancée de l’histoire. A l’opposé d’une série comme Gantz qui tourne autour du même questionnement tout en l’explorant avec beaucoup plus de complexité, de profondeur et grâce à des images plus crues, la série nous dévoile l’intimité de ses personnages sans jamais s’intéresser aux tenants et aux aboutissants de ce débat. Les arguments sont donc on ne peut plus basiques et laxistes, loin du tiraillement viscéral imposé par les séries précédemment citées : en résumé, il n’y a qu’une seule règle : l’amour gagne à tous les coups, et règle tous les soucis du monde (au sens propre dans notre cas). Tout de suite, le potentiel dramatique et psychologique de la série s’en trouve limité. Les arguments qui sont à la disposition d’Hakari sont plus que flous, et concentrés autour de sa relation avec Takeru : “Aime-moi, ou je détruis le monde”. Plutôt radicale comme méthode de séduction, aux frontières du viol, en plus ça rend le scénario désespérément plat et sans surprise.

Autant dire que la réflexion sur la bonne marche du monde est loin derrière. Dommage, parce qu’avec un peu plus d’ambition, la série aurait pu nous offrir la réflexion et la puissance dramatique tant espérés. Konomini prend parfois même des airs de Kashimashi, abandonnant peu à peu l’ambiance sombre qui faisait son charme au départ. Serait-on finalement face à un faux Seinen ? Frustrante, c’est le terme le plus à même de décrire l’évolution scénaristique de la série, et sa conclusion, aussi brève qu’insensée. Kono Minikukumo Utsukushī Sekai souffre d’un manque total d’approfondissement et de sens, et se révèle être cruellement décevante, les idées présentées par son background étant vite totalement délaissées ou sous-exploitées de bout en bout, ne laissant dans leur sillage qu’une légèreté divertissante mais sans grand intérêt. Si le sort du monde devait être décidé de cette manière, nous serions dans de beaux draps. Ou définitivement à l’abri de toute prophétie cataclysmique. Il en ressort une série peu marquante et bien peu de moments mémorables, alors que le développement aurait pu être bien plus passionnant si Konomini avait assumé sa position au lieu de jouer sans arrêt aux chaises musicales des genres.

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“Vous en reprendrez bien une part ?” Euh… Sans façon, la première avait comme un goût de… scarabée.

La réalisation est en dépit de ça d’un niveau très respectable, elle était même tout à fait dans les normes de l’époque est le début de la série bénéficie d’un travail d’ambiance poussé avec une mise en scène maîtrisée et tonique dans les scènes de combat. Le charadesign fait quand à lui partie des points forts de la série même s’il affiche quelques faiblesses, notamment vers la fin de la série (les bras d’Hakari se jetant sur Takeru ont tout de ceux d’un hobbit…). Konomini n’a rien à envier aux séries de son temps en terme de réalisation technique, c’est un de ses points forts, c’est aussi ce qui aide le spectateur à ne pas s’endormir devant les épisodes répétitifs qui lui sont présentés. Les protagonistes les plus intéressants, Ryou et Akari, sont relayés au rang d’observateurs et leur entrée en scène ne se fait pas avec la force qu’on aurait espérée, l’accent étant porté sur un couple de personnages principaux aussi niais qu’irréfléchi. Les musiques s’oublient quand à elles très vite, rien de bien marquant ne vient titiller l’oreille là non plus, à l’exception de l’opening, inoubliable à un point troublant. Il n’y a bien que la réalisation générale et les idées premières de la série qui l’empêchent de s’écrouler sur elle-même. Comme si elle s’était lancée dès le départ dans un pari perdu d’avance, celui qu’Elfen Lied et Gantz ont remporté haut la main grâce à des méthodes radicalement différentes, et manifestement plus efficaces. Ce monde si beau et cruel à la fois, méritait d’être présenté sous un autre angle pour être réellement compris. On croyait que la série mettrait en avant l’importance du rapport à la nature par exemple, Akari incarnait à elle seule cette impression, mais il n’en est rien. Kono Minikukumo Utsukushī Sekai tombe bêtement dans les mauvais penchants qu’elle dénonçait avant de se louper une marche. Le résultat n’est pas catastrophique, ni même réellement mauvais, il est juste cruellement décevant. Chenille était le papillon, chenille il restera.

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Et une petite illustration d’Akari pour conclure. Désolé, j’ai pas trouvé moins NSFW, imaginez que c’est juste un appât pour piège anti-pedobear…



Pleine de bonnes idées au départ malgré un manque d’originalité assumé, la série s’embourbe très vite dans un côté tranche de vie malvenu pour aboutir à un final expédié tuant dans l’œuf toutes les réflexions posées par l’histoire. Ni Seinein, ni Shōnen, ni Shōjo, elle se construit sur une ambiance résolument sombre et finit par l’abandonner sans vraiment choisir son genre, préférant l’apologie de tous les maux du monde par l’amour. Le titre de la série pose une question fondamentale, cette dernière n’y apporte pourtant pas l’ombre d’une réponse et se contente de marcher sur les plates bandes de ses prédécesseurs célèbres sans jamais les égaler. Une série néanmoins regardable qui réussit à captiver l’attention grâce à sa réalisation maîtrisée, une esthétique attrayante et son générique d’ouverture mémorable. Le format de la série trop court et sa trop grande diversité ont fait beaucoup de mal au concept de base, qui reste pourtant captivant. On se tournera vers d’autres œuvres pour l’explorer plus en profondeur, Konomini papillonne un peu trop.


Gen'

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Icing Icing ·  03 septembre 2009, 07:12

Il me semble avoir entendu parler de cette série. Je crois même avoir tenté de regarder le début, ton résumé me rappelant vaguement quelque chose.
Ce qui veut tout dire : sûrement encore une série que j'ai tenté de regarder, mais à laquelle je n'ai pu tenir... jusqu'au bout. :D

Immelman Immelman ·  03 septembre 2009, 10:50

Ca me fait une série de moins à lire/regarder. C'est toujours ça de pris, vu la bonne quinzaine de séries que je dois regarder en plus de celles qui sont diffusées actuellement. Merci!

Gen' Gen' ·  03 septembre 2009, 14:47

Icing > Si tu as regardé le début, alors tu as vu tout ce qu'il y avait à voir, le reste de la série s'étiole vers une fin désespérément creuse sans aucun intérêt. Quelque part, tu peux donc considérer que tu l'as vue en entier ^^

Immelman > You're very welcome ;)

man-1910 man-1910 ·  03 mars 2010, 21:18

moi g rien compri a l’histoir je lai vut en chinoi je croi ou une autre lange ^^’

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