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Oh! Edo Rocket (2007)

HR

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2562 mots - 13 minutes

J’avais commencé à regarder la série il y a quelques temps déjà, mais devant le lot d’autres sorties cette année là et une immersion difficile dans les premiers épisodes, j’avais décidé de la mettre en pause jusqu’à nouvel ordre. J’ai enfin rattrapé mon retard, et je ne le regrette pas, je me demande même pourquoi je n’avais pas davantage entendu parler de la série à l’époque, parce qu’elle vaut franchement le coup d’œil. Tamaya !

Oh! Edo Rocket

Oh! Edo Rocket (大江戸ロケット, production Madhouse, Seiji Mizushima) nous plonge en pleine ère d’Edo, et plus précisément en 1842, un période qu’on retrouve souvent dans l’animation japonaise, mais rarement dans le genre de la comédie (on peut aussi citer Gintama par exemple, qui se permet néanmoins pas mal de libertés au niveau de son univers), en pleine période de restrictions ou les loisirs mêmes sont devenus illicites à cause d’une sévère récession économique, condamnant artisans et artistes de rue en tous genres à une misère précaire. Même les commémorations les plus importantes, pour lesquelles une nuées de feux d’artifice habille habituellement le ciel, sont bien tristes avec les limitations imposées par le gouvernement.

C’est dans ce contexte qui fait un pied de nez au genre de la série que Seikichi Tamaya, artisan concepteur de feux d’artifices des bas quartiers, rêve de créer un jour le feu d’artifice parfait, celui tournera les yeux de la population et du gouvernement même vers le ciel. Une quête déjà difficile en soit, puisqu’à chacune de ses tentatives de travailler son art, il se retrouve poursuivi par les autorités de la ville, et en particulier Akai Nishinosuke (dit “Hatchobori”), chef de la police du secteur. Les choses se compliquent lorsqu’une nuit, deux créatures qui se livrent un combat sans merci tombent du ciel, et qu’une nouvelle habitante mystérieuse, Sora, rejoint les bas quartiers et demande à Seikichi de créer le feu d’artifice ultime qui atteindra la Lune. C’est le début d’une aventure mouvementée partagée entre drame et comédie pour notre couple de protagonistes et le bas quartier de Furai. Si vous vous êtes toujours demandé pourquoi les japonais crient “Tamaya” ou “Kaguya” en assistant à des feux d’artifice, Oh! Edo Rocket se permet de vous apporter une réponse haute en couleur et plus véridique qu’elle n’y paraît.

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Les habitants du quartier de Furai sont les véritables héros de l’aventure : chacun d’eux est unique, attachant et indispensable à la bonne marche du projet de Seikichi et Sora. Ils nous offrent au travers de la série une belle leçon de cohésion et de détermination.

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Qui sont donc ces effrayantes créatures dont on dit qu’elles sucent le sang, et quel est ce combat qui les oppose dans les rues sombres d’Edo une fois la nuit tombée ?

Si le design de la série lui donne des airs de shōnen classique marchant sur les plates bandes d’un One Piece, il n’est est rien, Oh! Edo Rocket est une comédie dramatique orientée seinen qui assume parfaitement deux aspects antagonistes : d’un côté l’humour dense et efficace, de l’autre le background historique pesant et la tension dramatique de l’histoire. La sauce est un peu lourde à digérer dans les premiers épisodes avec ses nombreux éléments introductifs, mais elle gagne sans aucun mal en texture et en saveur au fil de la série. D’abord grâce à l’humour, omniprésent, qui fait intervenir nombre de référence alambiquées et de situations burlesques. Les anachronismes sont d’ailleurs légion : il n’est pas rare de voir un personnage décrocher son portable, prendre le métro ou regarder la télé, la série en elle-même est même projetée dans les rues pour faire profiter les passants du moindre soubresaut de l’histoire, alors qu’un autre personnage allumera son miroir comme un écran d’ordinateur pour se connecter à Youtube et diffuser illégalement des extraits de la série sur internet, bref, c’est sans fin. La série fait aussi références aux autres productions diffusées en même temps qu’elle, c’est ainsi qu’on notera plusieurs caméos plus ou moins évidents, notamment vis à vis de Tengen Toppa Gurren Lagann et du personnage de Kamina (un cliché du responsable de l’animation, qui a travaillé pour les deux séries).

Ces écarts technologiques n’ont pourtant pas la moindre cohérence, et sont plus un moyen de simplifier les actions des protagonistes ou de les imager, à la différence de Gintama qui en fait une partie intégrante de son background. Un humour assez fouillé donc, ça frise même l’overdose dans les premiers épisodes, et les nombreux jeux de mots rendent la version originale indispensable à la compréhension de toutes ces subtilités. Les personnages se demandent eux-même comment les doubleurs étrangers vont bien pouvoir s’en sortir, ils n’hésitent d’ailleurs pas à faire référence à leur statut de série épisodique en citant le nombre de l’épisode durant lequel s’est déroulé un évènement (ou en montrant un enregistrement vidéo), en gémissant parce qu’ils n’apparaissent pas assez dans un épisode, ou en expliquant les libertés de la mise en scène par un simple jeu de calques lors de la production de la série. Du grand n’importe-quoi donc, et ça n’enlève pourtant aucune cohérence au scénario très prenant et au côté dramatique de la série, un exploit. La série passe son temps à enfoncer les portes ouvertes du Quatrième mur sans y perdre sa vraisemblance.

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Le travail graphique est très agréable, les décors ont tous une touche particulière d’estampe japonaise, les rues très détaillées d’Edo sont aussi un vrai plaisirs pour les yeux.

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Le charadesign de la série est simple mais efficace, il s’accorde sans mal aux décors stylisés, surtout lors des gros plans ou le détail imite les lignes épaisses des estampes japonaises. L’étoile dans les yeux est le genre de détail qu’on trouve sur tous les personnages, ce qui les rend très facilement identifiables.

Parce qu’à l’inverse de nombre de comédies aux épisodes amusants mais sans véritable lien, un fil rouge ténu relie tous les épisodes de la série : les épisodes uniques ou de “filling” sont vraiment peu nombreux, et même lorsque l’action est centrée autour d’évènements extérieurs à la trame principale, certains éléments maintiennent en lumière le déroulement scénaristique principal, tout se complète, une caractéristique qu’elle doit peut-être à son statut particulier d’adaptation de pièce de théâtre. Ce rappel continuel du fil rouge de la série pose une tension palpable sur toute sa longueur, et les retournements de situation sont assez nombreux pour toujours lui donner un coup de fouet. C’est dans cet aspect d’Oh Edo Rocket que la facette dramatique de la série est évidente : on sent qu’à un moment ou à un autre, il va se produire quelque chose de grave, que la tension va exploser.

Les scènes plus sérieuses sont tout aussi efficaces que l’humour (les scènes de confrontation sont même assez nombreuses) et passent leur temps à remettre en question la fin à priori prévisible de cette histoire qui exploite la légende japonaise d’une princesse venue de la Lune. Jusqu’à la toute fin, on nous fait croire à une fin pour la remettre en question l’instant d’après. Le rythme est donc soutenu et accrocheur même si on peut lui reprocher de sérieusement ralentir vers les derniers épisodes, où l’intrigue générale est quasiment bouclée. Une conclusion difficile, presque forcée, qui n’enlève rien du charme du reste de la série, on repartirait bien au contraire pour une saison supplémentaire même si la fin ne laisse pas vraiment de place pour une suite (ou alors elle sera radicalement différente). Du coup, le final aussi en prend un sacré coup et est moins “brutal” que ce à quoi on pouvait s’attendre de droit. Oh! Edo Rocket tend donc à s’essouffler après avoir poussé son concept jusqu’au bout, et laisse un peu le spectateur sur sa faim.

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Et vous, êtes-vous prêts à partir en exode pour découvrir votre “NazeNaze” ?

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En plus de l’humour destiné à un public de jeunes adultes, quelques scènes violentes et malsaines ponctuent la série et renforcent la tension dramatique qui s’en dégage.

On peut aussi souligner l’originalité de la bande originale, qui lorsqu’elle n’utilise pas des thèmes très jazz pour les scènes comiques emprunte quelques sonorités hispaniques bienvenues pour souligner la puissance des scènes dramatiques intenses. Le contraire de ce qu’on pourrait s’attendre à écouter pour une série qui se place au Japon et à cette époque, une autre manière de souligner les anachronismes typiques de la série. Les génériques sont eux aussi efficaces mais ils restent très classiques, difficile de les retenir longtemps après écoute. Même remarque pour l’OST, à part quelques pistes qui sortent du lot on a bien du mal à faire la différence entre de nombreuses pistes qui se ressemblent mais qui restent bien senties.

Il est intéressant de noter que la série met en scène un bon nombre de personnages historiques de l’époque, à commencer par les deux grandes manufactures de feux d’artifice Tamaya et Kagiya, la première étant mise en scène par les deux héritiers rivaux des familles : le héros tête brûlée d’un côté et une tsundere enflammée de l’autre, le mélange est plutôt… explosif. Ce qui fait la force de la série, c’est avant tout ses personnages délurés et attachants, on a bien du mal à quitter notre petit quartier d’Edo a la fin de la série tant on s’y sentait bien : le design peu commun des personnages leur donne un caractère unique et attachant. Ils seront d’ailleurs unis jusqu’au bout, une ode à la solidarité et au partage : chaque petit artisan a sa place dans la grand œuvre à laquelle ils s’attellent, et on comprend bien que ce n’est qu’en étant ensemble qu’ils atteindront leur objectif, qui n’est rien d’autre que, masqué derrière l’idée du feu d’artifice, une fusée pour mettre le pied sur la Lune avant la date historique officielle.

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Ginjiro est un des personnages les plus importants, il devra affronter son passé pour mettre un terme aux doutes qui s’emparent de ses motivations. Les protagonistes secondaires sont variés, certains sont même des personnages historiques réels traités d’une manière très différente de leur habituelle représentation “canonisée” : ils ont aussi des traits de physique et de caractère bien particuliers leur donnant un statut de personnages de fiction à part entière.

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“Tamaya !” “Kagiya !” Ces cris sont poussés en souvenir des deux grandes familles de fabricants de feux d’artifices d’Edo qu’on retrouve en scène dans la série.

Le rythme de la série est au final ce qui lui nuit le plus, puisque ce qui a été condensé en 26 épisodes aurait sans problème pu s’étaler sur une bonne trentaine supplémentaire. Les premiers épisodes très indigestes ne laissent aucune place à la présentation du contexte et des personnages, il est du coup difficile de s’immerger dans la série et de s’attacher à ses protagonistes au départ. On ne comprend d’ailleurs pas grand chose à ce qui nous passe sous les yeux dans les premiers épisodes, si ce n’est qu’une nouvelle habitante un peu louche rejoint les quartiers pauvres. Même l’humour souffre de ce rythme accéléré et il n’est pas rare de mettre sur pause ou de revoir une scène pour bien comprendre ce qu’il s’y passe, les paroles se déversant comme des torrents. Une fois que l’histoire est lancée, heureusement, les choses se tassent et on peut reprendre sa respiration. Avec son introduction mal vue (voir carrément inexistante) et une conclusion un peu stérile, Oh! Edo Rocket a eu bien du mal à trouver son public, les nombreuses références historiques et otaques n’aidant pas.

La série ne manque pourtant pas de qualités, mais préférez la consommer à petite dose au risque de souffrir d’un sérieux mal de crâne, plutôt embêtant pour une comédie. Le design allège le fardeau puisqu’il est léger et agréable, la réalisation générale bénéficie d’un soin non négligeable tant au niveau des personnages que des décors, détaillés mais très fidèles à l’ambiance graphique de la série. Cette même ambiance graphique qui lui permet de flirter avec l’humour comme avec le sérieux, et de passer de l’un à l’autre en un tour de main, Madhouse a fait un travail impeccable sur ce plan là. Autre reproche plus personnel que je fais à la série : j’ai du mal à être satisfait du sort qui est réservé aux personnages, pour éviter de trop spoiler je dirais tout simplement que l’équilibre protagonsites/antagonistes n’est pas tout à fait à mon goût : le sort qui est réservé aux second n’est pas a la hauteur de leur crime comme celui des gentils est beaucoup trop clément, mettant à terre l’idée du sacrifice de soi. Lorsqu’une comédie prend le pari de flirter avec d’autres genres, autant pousser l’expérience jusqu’au bout…



Oh! Edo Rocket est donc une comédie très sympathique saupoudrée d’une touche de drame, mais elle affiche quelques lacunes assez déconcertantes : sa complexité, qui rend la série peu abordable dans ses premiers épisodes, et sa conclusion qui a le souffle coupé par un rythme trop effréné. Avec son background historique enrichissant, son style graphique frais et ses personnages hauts en couleurs de plus en plus attachants au fil des épisodes, elle reste un excellent divertissement gorgé de références pour ceux qui veulent plus que de l’humour bête lorsqu’on leur parle de comédie. Le support dramatique dessert à merveille cette idée tout en portant sur toute la longueur de la série des valeurs essentielles comme le travail d’équipe, la détermination, le don de soi et l’honnêteté sans contrepartie. Je serais ravi de voir le concept poussé encore plus loin avec une suite qui ne viendra probablement jamais.


Gen'

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Gemini Gemini ·  03 octobre 2009, 11:53

Tara ! Tatara !
En d'autres termes : cela fait plaisir de voir quelqu'un écrire sur cet anime injustement méconnu. Pourtant, le réalisateur est une sacrée pointure (FMA, Gundam 00) et son nom seul aurait dû suffire à attirer le spectateur...
Rien à redire sur la critique : tu as parfaitement mis en lumière les qualités et le défauts de la série. En tout cas, elle est vraiment bonne.

Par contre, il y a un truc que je comprends : on voit souvent la mère de Genzo, mais Genzo, c'est qui ?

Gen' Gen' ·  04 octobre 2009, 03:45

Je crois que les artworks de présentation trompeurs n'ont pas aidé la série, ils l'ont faite passer pour un shōnen basique alors que ce n'est pas du tout le cas. Du coup, ceux qui croyaient avoir de l'action repose méninges n'y ont pas trouvé leur bonheur, et ceux que la série était en mesure d'intéresser ne l'ont en grande partie pas vue. Un beau gâchis... mais même si c'est une goutte d'eau dans un océan de critiques, c'est un plaisir d'essayer de corriger cette injustice.

Genzo, Genzo... hum, non, je ne vois pas qui ça peut bien être ! *sadisme inside*

Sirius Sirius ·  10 mai 2010, 21:16

Pareil : entrée en matière difficile : j’ai arrêté après un épisode à sa diffusion, puis j’ai arrêté après 14 durant une année avant de voir le bout. J’ai donc l’impression que le rythme est un peu aléatoire, à moins que mes tendances de girouettes aient à nouveau pris le dessus. Finalement c’est franchement dommage que la série soit si peu connue car elle est vraiment énorme vue de bout en bout et j’apprécie tout particulièrement les séries alliant anachronismes et auto-dérision. Aller, remonte ton billet pour rappeler au monde inculte combien Oh! Edo Rocket est big =P
Genzo… le Marionnettiste? (Niark…)

Gen' Gen' ·  12 mai 2010, 10:24

Hum bonne idée le remontage, je vais mettre un petit forward sur la page d’accueil, la série le mérite bien, il n’est jamais trop tard pour faire une découverte sympathique :)

Ce qui m’a beaucoup plu, comme dans une grande partie des comédies que j’apprécie, c’est que la série nous offre autre chose que de l’humour avec des scènes plus sérieuses et une orientation dramatique assumée sur la fin. C’est aussi ce jeu drame/comédie qui lui donne du caractère, et qui rend l’humour efficace. Je dirais que les difficultés du début viennent surtout du fait qu’on ne sait pas trop à quel genre on se trouve confronté.

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