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Canaan, ou le pétard mouillé de l'année ?

HR

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2248 mots - 11 minutes

Et pendant que j’écrivais, FFenril disait tout le bien qu’il éprouvait pour la série… toute ressemblance est fortuite.

Tout ce que j’ai lu la présentait comme la série de l’année, mais je vais l’oublier bien vite. Ça commençait pourtant bien, et la série suivait un courant on ne peut plus favorable. Mais voilà, c’est sans compter les dangereux récifs qui entourent le panthéon de l’animation japonaise, et on peut dire qu’elle se les est mangés de plein fouet, résultat : je n’arrive pas à apprécier le résultat final malgré ses très bonnes qualités. Je n’ai pas aimé Canaan, c’est grave docteur ?

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Mais avant d’attaquer les choses sérieuses, commençons par parler du pitch : Canaan (production P.A Works, Masahiro Ando - à qui ont doit, entres autres, l’époustouflant film Sword of Stranger -, aussi connue sous le nom de 428 the Animation, du nom du visual nouvel sur lequel elle est basée) nous propose de suivre l’histoire de deux personnages centraux : Canaan et Alphard, la première bossant comme mercenaire pour le gouvernement et l’autre étant à la tête d’une organisation terroriste répondant au doux nom de Snake. Mais les deux femmes ont pour point commun d’avoir été entraînées et éduquées par le même homme, Siam, qui fut tué par Alphard pour d’obscures raisons sous les yeux de Canaan. La situation entre les deux personnages est donc plutôt tendue, d’autant plus que les missions du gouvernement et les objectifs de Snake les poussent souvent à la confrontation. Mais Canaan n’est pas comme les autres, puisque suite à la catastrophe qui a détruit son village et infecté nombre de victimes avec le virus UA, elle a développé une abilité rarissime appelée “synesthésie” : en gros tous ses sens ne font plus qu’un, une particularité bien pratique pour son travail de mercenaire puisqu’il lui confère des aptitudes physiques et sensitives hors du commun qui lui permettent de faire des grandes acrobaties dignes d’un spectacle de cirque et de ne jamais manquer ses cibles.

Notre histoire se déroule donc à Shangai, où Canaan opère pour le gouvernement. Un peu avant le début de la série, pendant un contrat, elle a croisé par hasard la route de Maria Ōsawa, journaliste en herbe venue du Japon, et l’a sauvée d’une bande de délinquants qui voulaient lui faire des choses pas très catholiques (enfin, j’imagine). Cette dernière lui voue depuis une amitié sans limites, voyant derrière l’apparence de mercenaire froide de Canaan une enfant solitaire qui ne demande qu’à être aimée et entourée. Mais le terrorisme est grandissant à Shangai, et  Alphard n’a pas l’intention de laisser durer ces jours heureux en compagnie de Maria. Les incidents su succèdent et les masques se soulèvent, mettant en péril jusqu’à la confiance même que Canaan accordait à ses employeurs. Qui est vraiment Alphard, et quels sont les objectifs de Snake ? Telles sont les questions que l’on se pose lorsque, fébriles, on dévore les premiers épisodes de la série… (et là en deux paragraphes, j’ai déjà raconté la moitié de la série)

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On peut au passage souligner l’inspiration biblique de la série : Canaan est le nom du petit fils du Noé de l’Arche, et son père se nomme Cham, la ressemblance avec Siam n’est sans doute pas anodine. C’est aussi le nom d’une région importante des traditions judéo-chrétiennes. Ceci explique les choix particuliers de la fin de la série, et pourquoi certains décors font plus penser à une nouvelle Jérusalem qu’à l’Asie profonde.

Au niveau de la réalisation, on peut dire que la série s’en sort très bien, la réalisation sans failles tient la route sur toute la série et le premier épisode, même s’il est mis en scène aux petits oignons, n’est pas qu’une simple vitrine technique conçue pour attirer le spectateur. Le charadesign est parfaitement maîtrisé, les “gun fights” fluides, acrobatiques et entrainantes, les décors réalistes et les plans adaptés quelque soit la situation. Bref, Canaan s’en sort haut la main et n’a rien à envier aux plus grosses productions. Un aspect technique tellement travaillé qu’on peut justement lui reprocher d’être trop rigide, de manquer de style. Aussi bien ficelés soient-ils, les épisodes se suivent et se ressemblent, quitte à laisser s’installer un certain ennui visuel. A vouloir faire dans la perfection, la mise en scène se risque à perdre toute sa surprise. D’autant plus qu’à côté du travail sur l’image, les musiques sont quasiment inexistantes, ou vraiment peu mémorables si l’ont excepte les quelques accents dramatiques un peu digérés des derniers épisodes. Celles qui rythment les scènes d’action ne s’en sortent pas bien mieux même si elles ont le mérite de rester efficaces et de coller à la mise en scène. Parfait, oui, mais trop parfait pour être honnête, Canaan y perd en originalité et en personnalité, ne déservant pas totalement l’attention méritée par ses personnages. Tout ça sent un peu le réchauffé par moments, et la rapidité de l’intrigue donne un côté un peu anecdotique à la série.

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Maria et YunYun sont les rayons de soleil qui éclairent la série et lui évitent de tomber dans les clichés pompeux du genre. Leur humour peu habituel donne une légèreté bienvenue aux épisodes, tout comme le ton décalé du chauffeur de taxi et de la pop-idol (même si on sent que cette dernière méritait d’être plus amplement exploitée).

Canaan repose sur le lien qui relie ses deux personnages principaux, Canaan et Alphard, mais à l’inverse d’autres séries exploitant ce type d’intrigue à deux faces devenu légion (Noir, Madlax, El Cazador de la Bruja, Requiem for the Phantom), Canaan se pare d’attributs peu communs la plaçant définitivement à part de ces autres productions : tout d’abord la présence de l’humour, incarné par divers personnages, qui donne une légèreté notable à la série et l’empêchent de s’embourber dans les clichés pompeux du genre. C’est aussi cet humour qui permet à l’ennui de ne pas s’installer complètement. La participation de Type-Moon donne aussi un ton particulier à la série, cette touche qu’on retrouve dans toutes les productions des concepteurs (d’ailleurs, le personnage de Canaan ressemble à celui d’Arcueid, de Shingetsutan Tsukihime). On retrouve donc au travers de Canaan nombre d’autres productions phares de la compagnie, comme Kara no Kyōkai. Le mélange, aussi délectable soit-il, manque un peu de charme et d’authenticité par rapport aux autres œuvres estampillées Type Moon. L’intrigue de Canaan n’est pourtant pas en reste et le background, inspiré du visual novel 428: Fūsasareta Shibuya de, est très complet. Mais même avec des bases aussi solides et un travail d’adaptation scénaristique approfondi de la part de Type Moon, l’intrigue donne la détestable impression de nous filer entre les doigts au fil des épisodes. Plus l’histoire avance, plus l’intrigue s’amaigrit, laissant derrière elle un bon nombre d’idées qui méritaient pourtant d’être exploitées. Là où le bât blesse, c’est que les évènements de la série ne répondent en aucun cas aux questions que l’on se pose en début de série : les motivations des personnages, et en particulier celles d’Alphard, restent brouillées du début à la fin, il devient vite difficile de démêler le pourquoi du comment. Les objectifs du groupe Snake et du gouvernement restent d’ailleurs tout aussi imprécis, j’ai du mal à discerner la moindre évidence ou logique dans tout ça. Mais ce sont les évènements finaux de la série qui la pousseront vraiment vers le fond.

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Le succès de la série repose sur deux protagonistes charismatiques qui me sont complètement passés à côté : Canaan est au final une enfant naïve qui ne cherche qu’un brin de reconnaissance, et Alphard est tellement inaccessible et pétrifiée que je n’ai absolument rien ressenti pour le personnage. Je me serai au final beaucoup plus intéressé aux personnages secondaires comme Hakko et Liang Qi, bien plus appétissants et humains.

A mes yeux, ce sont vraiment les derniers épisodes qui ont coulé la série, la dissolution de l’intrigue et la tournure des évènements m’ont tout bonnement donné l’impression d’avoir été poussé vers la sortie sans aucune justification. Les évènements finaux arrivent comme un cheveu sur la soupe, on passe du coq à l’âne sans comprendre pourquoi les évènements s’enchaînent aussi vite, et surtout, pourquoi ils sont si dénués de sens. En plus de la disparition de l’intrigue posée par le début de la série, c’est tout l’aspect moral et symbolique qui en prend un coup, et on se contente de nous présenter une fausse exploration du sentiment amoureux plus abominable que véritablement touchant. Pas une seule seconde je me suis senti concerné par les drames de ces derniers épisodes, que j’ai tout au plus trouvés ridicules et mal pensés, lorsque qu’ils n’étaient pas juste abominables. Un peu comme si je m’étais retrouvé devant une version raccourcie d’une demi-saison supplémentaire, que Canaan aurait franchement mérité pour explorer davantage ses personnages et son intrigue. C’était juste creux, sans saveur, et à la limite du crédible. Il y a tout un tas de choses que je n’ai pas comprises (les zombies ? les corps enfermés sous la glace ? Que devient Yuri Natsume, et pourquoi débarque-t-elle à ce moment là et pas après l’assaut ? Pourquoi des casques en peluche ridicules ? Pourquoi Canaan est-elle censée être la cause de tout ça ? Pourquoi Alphard et Liang Qi sont allées se paumer là-bas sachant que ça ne leur aurait absolument rien apporté ? Est-ce que tout ça est censé avoir une signification ?), et un trop grand nombre de questions qui sont restées sans réponse (Alphard, qu’est-ce que tu veux vraiment ? Canaan, pourquoi tu souris bêtement alors que tu as perdu tes proches et qu’on t’apprend que ta rivale est encore miraculeusement en vie, prête à te botter le train ? Pourquoi toute cette série pour arriver à une conclusion aussi banale et insensée ?). Après tout ça, on se dit qu’il faut vraiment pas être sain d’esprit pour aimer…

Je spoile grave, mais y’a vraiment quelque chose qui cloche, je sais pas si c’est moi qui suis passé à côté d’un truc énorme ou qui ait mal interprété la série mais cette fin de saison se résume à un grand n’importe-quoi scénaristique faussement émotionnel. La fin induit une possible suite, mais je ne sais absolument pas quoi en attendre. Je crois que j’aurais préféré une bonne prise de tête philosophique classique à ce délire émo tout puissant (ce qu’ils ont osé faire de Liang et Hakko…), et c’est malheureux parce que la série se présentait sous les meilleures auspices qui soient. Je n’ai finalement rien retenu en particulier, juste quelques moments drôles et des gun fights bien mis en scène. C’est un peu le même constat que les OAV Higurashi Rei en fait : on nous fait miroiter le meilleur avec plein de paillettes et une réalisation béton pour que tout finisse par se ramasser la face dans des délires interminables, injustifiés et insensés. Une grande déception dans les deux cas.




Décevant

Je suis bien incapable de mettre plus de la moyenne à Canaan. Avec une réalisation de haut niveau et des originalités bienvenues dans le concept du “couple d’assassins”, la série aurait pu donner un résultat excellent et c’était bien parti pour être le cas. Pourtant, elle se prend les pieds dans le tapis juste avant de conclure et tourne au grand n’importe-quoi justifiant l’abominable par l’émotion. Canaan a finalement réussi à réduire en poussière les bases qu’elle avait posées en début de série, perdant son intrigue et sa profondeur, et ne m’aura finalement pas bien marqué. Les deux personnages principaux, eux, ne m’ont pas inspiré la moindre empathie, le scénario s’occupant de régler le compte de ceux que j’appréciais. C’est la tête bourrée d’incompréhensions que j’ai terminé la série, incapable de saisir le sens de ce qu’elle était censée me transmettre (ou pas).


Gen'

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FFenril FFenril ·  06 octobre 2009, 21:00

Haha, la coïncidence qui donne la publication quasi-simultanée des articles ^^

resident resident ·  06 octobre 2009, 21:30

ce n'est qu'un début, cette série risque d'en décevoir plus d'un ^^'

Gen' Gen' ·  06 octobre 2009, 22:11

Le pire, c'est qu'on cite tous les deux Sword of Stranger, la ressemblance avec Arcueid, une Alphard aussi expressive qu'un caillou, et j'en passe, je me suis senti obligé de te citer pour ne pas passer pour un profiteur qui aurait repris les grandes lignes de ton billet... Mais ce fut un plaisir de se faire couper l'herbe sous le pied avec tant de panache, si je puis dire.

Le prochain parlera de Spice and Wolf II, avis aux amateurs :rires:

Gemini Gemini ·  06 octobre 2009, 23:19

Gen >> FFenril est un habitué du genre, il m'a fait le coup avec Big O en postant son article juste avant le mien >.<
Mais à force que vous disiez du mal de Canaan, plus personne ne va regarder et en parler, même les Typemoonistes masochistes.

Inuki Inuki ·  06 octobre 2009, 23:23

T'as mis 7 à la série sur MAL. Une erreur?

Moi j'ai accroché de bout en bout. Les personnages sont tous excellents dans leur catégorie, la réalisation est plus que soignée et l'histoire propose de très bons moments (surtout dans la dernière ligne droite).

Bref la série sera clairement dans mon top 3 annuel ^^.

Gen' Gen' ·  07 octobre 2009, 00:02

Je note les séries au fil des épisodes, je ne suis simplement pas à jour sur Canaan, je vais corriger ça :)

Je suis d'accord pour la qualité de la réalisation... mais mon dieu, la dernière ligne droite, c'était justement le pire pour moi, une torture, j'arrive toujours pas à croire qu'ils aient osé faire ça à leurs personnages. Et puis je pensais que la série apporterait des explications claires par la suite, quelle erreur...

J'ai quand même bien aimé Hakko et Liang Qi dans tout ça (avant d'assister à leur fin pathétique).

resident resident ·  07 octobre 2009, 13:30

la déception est elle même classique dans le genre xD

par contre j'aime bien le chara design, bizarrement ca m'a un peu rappeler black lagoon, surtout Alphard.

Gen' Gen' ·  07 octobre 2009, 19:55

C'est pas faux, elle a l'allure de Levy dans ses moments les plus badass mais pas son caractère enflammé, c'est ce qui lui manque cruellement. Levy, c'est un peu le juste milieu entre Alphard et Liang finalement.

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