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Tenkū no Escaflowne Soundtrack (Volume 2/3)

HR

Temps de lecture :

2432 mots - 12 minutes

Edit : Grosse correction, je me demande encore comment j’ai pu ne pas voir de pareilles bourdes.

Suite de la review consacrée à la bande originale de la série Tenkū no Escaflowne (Vision d’Escaflowne chez nous). On avait vu dans le billet consacré au premier CD une introduction très efficace suivie de thèmes religieux récurrents, avec un Hajime Mizoguchi qui se faisait très discret et préférait laisser place au lyrisme de Yoko Kanno. Dans ce second volume de l’OST, il a enfin le champ libre et nous offre une palette de morceaux moins marquants, mais beaucoup plus variés et sombres, à l’instar d’autres productions du compositeur comme la bande originale de Jyu Oh Sei ou du long métrage Jin-Roh, où il est en tête d’affiche pour la musique. Injustement oublié lorsqu’on évoque la bande originale d’Escaflowne, ce dernier a pourtant fourni un travail remarquable sur cette bande originale, et a pleinement participé à la construction de l’ambiance sombre et oppressante de la série, un univers musical qui semble être sa marque de fabrique. Souvent considéré comme le disque le moins bon des trois volumes, ce deuxième CD est pourtant le plus original et intimiste. Pourquoi ? Comment ? Vaut-il quand même un petit sacrifice niveau porte-monnaie ? That is(are) the question(s).

Anime DVD Cover

OST Cover
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Source : Série animée (1996)
Editeur : Victor Intertainment
Compositeur(s) : Yoko Kanno, Hajime Mizoguchi
Répartition : 3x1 Disque, 48 pistes
Durée totale : 2 heures 43 min 3 sec
Date de première édition : 24/07/1996

Ø Disque 2

01. The Vision of Escaflowne Écouter
02. Fanelia
03. Ask the Owl Écouter
04. Charm
05. Country Mane
06. A Mole Man
07. Cradle Song Écouter
08. Machine Soldier
09. Shadow of Doubt Écouter
10. A Far Cry Écouter
11. Market Place
12. Medicine Eater
13. Godds Drunk
14. Cat’s Delicacy ~ Merle’s Theme
15. Love
16. Hitomi’s Theme
17. If You

Les pistes qui ont électrisé mes oreilles sont marquées en gras
Artistes associés : Mai Yamane, Gabriela Robin, Aceilux

L’introduction très particulière pose l’ambiance de cette seconde bande originale. The Vision of Esaflowne, à la différences des pistes à l’intrumentalisation riche et à la composition lyrique du précédent CD, fait office de long prologue en nous dévoilant une dimension nouvelle, plus terre à terre, peut-être plus tribale, de l’univers de Tenkū no Escaflowne. Le morceau commence par le bruit d’un orage lointain qui se rapproche inexorablement, accompagné de sombres augures. Puis, les chœurs religieux débarquent à nouveau, comme pour contraster avec les ténèbres présagées. Pensif devant la marche des nuages sombres, on profite d’une ultime éclaircie qui vient baigner, presque de manière liquide, la paysage alentour. Un bref instant de contemplation qui sonne comme une profonde respiration, une grande bouffée d’air pour se recentrer sur soi, et se préparer à affronter la puissance de la destinée qui nous attend, incarnée par cet orage noir qui dévore le ciel. Subitement, des timbales retentissent, très vite accompagnées de tambours semblant venir tout droit d’un autre temps. Il est temps de commencer à marcher vers l’orage qui noie l’horizon avant qu’il ne soit trop tard, qu’il ne finisse par inonder le monde. Une pluie froide commence à frapper la pierre. Il faut faire vite, il n’est plus temps de regarder en arrière. Il n’y a plus aucun retour possible maintenant.

Une pluie froide commence à frapper la pierre, voilant le lointain. Même aveuglé par ce brouillard fétide, il faut courir sans cesse, filer à tout allure droit devant. La peur tente de s’emparer de notre esprit. On frissonne, au gré des instruments à cordes graves qui retentissent par à coups. Les chœurs sont l’espoir, les tambours signifient leur combat contre la peur et l’obscurité. Tout ne devient qu’émotion, la course folle se transforme en une illusion folle qui s’empare de nous. Les instruments à cordes se sont maintenant installés en trame de fond, alors que la pluie violente martèle notre visage. Mais sans la sentir, nous filons dans la nuit implacable, abandonnant le reste du monde. Peu importe si c’est un combat perdu d’avance, il nous faut le mener à tout prix. Les éclairs déchirent l’horizon, et nous rappellent le monde sous forme de flashs lointains. Mais consciemment, nous dépassons les frontières de notre être. Et nous voyons, les yeux grands ouverts, nous voyons. Avec un thème d’ambiance vague, très distant mais terriblement intimiste, ce second volume nous offre le meilleur plongeon dans l’univers d’Escaflowne qui soit. On peut difficilement faire mieux pour introduire l’univers musical de la série. Vous l’aurez compris, le démarrage frappe un grand coup : l’épanouissement céleste du premier volume laisse place aux ressentis, et à l’état d’être pensant de chair et de sang. Un rapport charnel qui sera le leitmotiv de l’ensemble des pistes de ce volume.

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Tenkū no Escaflowne parle du clash des puissances avec un unique enjeu, clé des sursauts de Gaea : Hitomi, celle qui habite la Lune des Illusions. La confrontation des idéaux transparaît facilement dans la bande originale de la série.

Après cette course éperdue aux enjeux capitaux, la piste Fanelia vient reposer nos méninges avec un morceau reposant, teinté de flûte et de harpe. Comme une subtile et paisible rétrospection, à la fois douce et envoûtante, elle nous dévoile les paysages du royaume déchu de Fanelia, l’infime manteau de gloire qu’il en reste. Ask the Owl, Charm et Country Man marquent l’arrivée d’une forte inspiration traditionnelle, avec une mélodie aux accents orientaux, un thème plus calme qui semble prendre appui sur les cliquetis d’une mécanique d’horloge et une chanson traditionnelle chantée rythmée par des claquement de mains. Difficile de faire plus terre à terre, et l’impression de cohérence ethnologique de cet autre univers n’en est que renforcée. On apprends que le monde de Gaea vit avec ses coutumes et traditions, indépendamment de la Terre, appelée là-bas Lune des Illusions. L’importance du rapport à la terre est mise en avant, comme celle du rapport à la chair et le sang, on rejoint la trame musicale évoquée plus haut d’une manière aussi originale qu’étonnante, et sous ses airs simplistes bien plus inspirée que le premier volume de la bande originale. On s’intéresse ici plus à la culture tellurique qu’aux grandes envolées épiques et mythologiques des premières pistes de la bande originale. A Mole Man voit revenir les mélodies orchestrales, mais pour une musique très simple aux accents humoristiques certains. Comme lors d’un voyage au bout du monde, découvrant un mode de vie aussi primitif que fascinants, on se trouve soudainement fascinés par se spectacle, nostalgiques de prendre part à un mode de vie aussi simple qu’humain. The Cradle Song nous dévoile ces sentiments nouveaux qui nous envahissent, comme une sensibilité retrouvée, la satisfaction de vivre dans un univers qui, aussi cruel soit-il, déborde de sens. En quelques notes seulement et un accompagnement simple, cet autre univers nous happe, et on a comme l’impression de redécouvrir les premiers sentiments amoureux. Une musique qui parle d’attachement, dans tous les sens du terme, à l’inverse d’une Machine Soldier tribale et industrielle qui parle de l’absence totale d’humanité et d’émotion.

Shadow of Doubt, son ton résolument grave et ses cordes correspondent parfaitement à une composition estampillée Hajime Mizoguchi, avec son côté lancinant et une inspiration Space Opera très marquée. On pourrait d’ailleurs largement qualifier Tenku no Escaflowne de Fantasy Opera, au même titre que l’est une œuvre comme Record of Lodoss War. Pour toutes ces caractéristiques, je considère Shadow of Doubt comme l’une des musiques les plus marquantes et mémorables de tous les disques confondus, sa richesse la rend bien plus profonde et difficile à cerner que les autres thèmes majeurs de la série, à la fois très sombre et indéniablement douce. L’ombre du doute s’impose plus que naturellement lorsque cette musique est dans les parages. Autre composition typique d’Hajime Mizoguchi : A Far Cry. Musique d’ambiance vague mais terriblement prenante et déchirante, le thème rappelle beaucoup le travail du compositeur sur l’OST de la série Jyu Oh Sei, on y retrouve dans Who I Am et Grab the All la même approche musicale, et le même type d’instruments. Encore une fois, la musique tape résolument dans le Space Opera, un genre dans lequel le compositeur excelle, au point que A Far Cry aurait sans aucun problème pu s’intégrer dans la bande originale d’une épopée de science fiction comme Jyu Oh Sei ou Boku no Chikyuu wo Mamotte (où Hajime Mizoguchi était aussi aux commandes pour la musique). Le rapport avec la Fantasy est le Space Opera est évident et on retrouve souvent les mêmes poncifs dans les deux genres sous des apparences différentes, les deux partagent aussi souvent des valeurs commune et une propension ambiante à l’eschatologie, que ce soit celle d’un royaume enchanté ou celle de l’univers tout entier. Dans les deux cas, on parle ni plus ni moins de la chute d’une civilisation humaine. On y découvre bien souvent en lisant entre les lignes une exploration de l’existence, et une réflexion sur l’être humain sous toutes ses coutures.

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La série est l’une des rares oeuvres à exploiter la portée émotionnelle et intérieure des thèmes traditionnels, alors qu’on les utilise habituellement pour mettre en avant une culture, un mode de vie. De par cette grande diversité culturelle, l’univers de la série s’impose cependant aussi comme une fresque concentrée des diverses facettes de l’humanité.

Market Place nous replonge dans la musique traditionnelle avec un thème très asiatique cette fois, on part à la rencontre de civilisations plus distantes que celles que les premiers thèmes de ce genre nous avaient fait côtoyer. On ne parle pas donc d’une Place du Marché telle qu’on la conçoit dans une Europe médiévale, mais plutôt du lieu de rencontre d’une tribu des îles, avec toutes les danses et la musique traditionnelle qui vont avec. C’est la modernité de l’Asie et le charme des salles enfumées que nous offre Medicine Eater avec quelques coups de piano et le murmure d’une voix féminine aguichante. Doit-on y voir un rapport avec la drogue et l’euphorie qu’elle procure, comme le laisserait penser le titre du morceau ? Godds Drunk nous renvoie aussi dans les accents tribaux primaires de la bande originale, avec un jeu de tambour omniprésent et des chants traditionnels plus africains qu’asiatique cette fois, encore une preuve de la diversité étonnante de ce second CD. La musique fébrile rappelle le processus d’entrée en transe, appuyé par l’usage de produits divers et variés pas toujours recommandables. La culture tribale et ethnologique nous est encore envoyée en pleine face, une habitude à laquelle la Fantasy ne nous a pas habitués, généralement plutôt centrée sur le vieux continent du Moyen-Âge. Une diversité bienvenue qui a donné un grand bol d’air frais aux clichés du genre à l’époque. Histoire d’élargir davantage la palette de sources d’inspiration, la fin du CD nous offre un Cat’s Delicacy désopilant, le thème orchestral d’Hitomi tout en innocence et en retenue, un Love orienté Soft Rock et If You, une ballade accompagnée au piano classique qui sert de conclusion à un CD qui nous aura décidément beaucoup fait voyager.

Avec le second volume, Yoko Kanno et Hajime Mizoguchi mettent un gros coup de balais aux clichés du genre Fantasy après les avoir exploités jusqu’au bout dans le premier CD, et le rafraîchissent avec une très forte inspiration traditionnelle relative à des populations du monde diverses et variés, comme si Gaea concentrait justement toute l’essence de l’humanité en un seul endroit, une entreprise qui est à l’image même de la série qui a renouvelé les clichés pompeux du genre avec brio. Le Space Opera a fait une entrée tonitruante dans cette belle mosaïque de genres grâce à l’expérience d’Hajime Mizoguchi, et il y a tout à fait sa place puisqu’il rapproche au final deux genres qui ont plus de points communs qu’ils pourraient le laisser penser, à savoir la Fantasy et le Space Op’ (les penchants mythologiques de ces deux types d’univers en sont par exemple la preuve indéniable). A mon sens, ce second volume surpasse donc largement le premier, mais est moins mémorable puisque les thèmes forts y sont moins présents. Artistiquement parlant, il reste bien plus aboutit, et aussi beaucoup plus varié au niveau des instruments et de la composition. Il s’en dégage une musicalité moins inoubliable et bouleversante, mais beaucoup plus intimiste et proche des valeurs primordiales de la terre, la terre en tant qu’élément primordial et non en tant que planète.




Un disque riche et aboutit

Points positifs :

- Des inspirations très diverses
- Un mélange Fantasy/Space Op’ très efficace
- Une grande profondeur musicale

Points négatifs :

- Peu de thèmes forts
- Une conclusion en queue de poisson
- La musique trad’ pas toujours abordable

Le premier disque s’aventurait aux portes du paradis, celui-ci nous emporte dans un voyage aux quatre coins du monde terrestre et se révèle être aussi enrichissant qu’un reportage ethnologique. Où pourra bien nous emmener le troisième et dernier volume ? Nous offrira-t-il un bel équilibre de l’ensemble, ou choisira-t-il au contraire de nous chatouiller avec les flammes de l’enfer ? Réponse au prochain épisode…


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