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Asatte no Hōkō (2006), l'été, encore l'été !

HR

Temps de lecture :

2576 mots - 13 minutes

Version française : Non licenciée
Studios : J.C. Staff
Genre : Train de vie, Drame, Contemplatif, Fantastique
Nombre d’épisodes : 12
Diffusion : Premier épisode diffusé le 5 Octobre 2006, dernier le 21 Décembre 2006

J’aime l’été. Une saison toujours synonyme de bouleversement ou de renouveau, du fait de sa place charnière entre deux années d’études, mais aussi parce qu’elle est bien souvent parsemée d’évènements qui sortent du quotidien si malicieusement chronométré qui m’obsède le reste de l’année, de moments intenses et uniques secoués par des bouleversements profonds. Qu’ils résultent de grands pas vers l’avant ou de tragédies marquantes, le résultat est similaire : dans tous les cas, rien n’est plus jamais comme avant. J’aime l’été pour tout ce que cette saison m’apporte, et pour tout ce qu’elle me prend. Et de ce fait, j’aime les séries qui parlent d’été, métaphores de ces périodes de l’année peu communes où tout semble différent. 2006 fut une année de grand cru pour l’animation japonaise, et Asatte no Hōkō fait partie de ces séries éclipsées qui ont pourtant aussi quelque chose à offrir à leurs trop rares spectateurs en dépit de leur imperfection, un brin d’émotion et de vérité.

Asatte

Natsu no Arashi! s’intéressait au souvenir impérissable qu’on garde de ces instants baignés de chaleur, Asatte no Hōkō parle de leur statut fragile et éphémère, de ce qu’ils offrent et capturent à jamais au fil des années, des changements brutaux qui opèrent en nous. Une approche aussi opposée que différente à l’écho similaire. Asatte no Hōkō (あさっての方向。, littéralement “En direction d’après-demain”) nous raconte l’été tumultueux de deux personnages principaux : Karada Iokawa, collégienne de douze ans en vacances d’été, et à l’air étonnamment jeune pour son âge, et Shōko Nogami, jeune femme tout juste revenue dans la région à la recherche d’un travail. Centrée autour des deux personnages, de leur entourage, de leurs relations et de leur rapport à leur vie présente, l’intrigue nous conte qu’elles vont toutes deux faire un souhait capital devant un de ces petits autels qui bordent les routes japonaises, souhaitant de trouver ce qu’elles rêvent de posséder : Karada voudrait ne plus être considérée comme une adulte, et on devine que Shōko émet quand à elle le désir de retrouver la ferveur et l’innocence de l’enfance. Durant un instant clé où le fantastique frôlera l’histoire du bout des doigts sans jamais véritablement trouver d’explication,  leur souhait se verra exaucé, et les deux personnages tenteront tant bien que mal de retrouver leur équilibre dans ces conditions et de comprendre ce qui leur est arrivé, en leur permettant par la même occasion de renouer avec leur entourage et leur passé.

Asatte

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L’intrigue est  centrée autour de deux personnages complémentaires au caractère très différent, elle s’intéresse au tiraillement entre enfance et âge adulte.

AsatteL’histoire commence donc véritablement lorsque les deux personnages échangent leur condition, un changement crédible puisque servi par un charadesign impeccable qui colle parfaitement aux deux personnages, qu’ils soient présentés sous leurs traits enfant ou adulte. C’est pour ainsi dire le seul instant où le fantastique fera une incursion dans la série, laissant le spectateur comme les protagonistes face à ce bouleversement total (ayant comme souvent choisi de voir la série sans rien savoir à son sujet, cette touche de magie fut une très bonne surprise). Chacun des deux personnages réagit d’une manière bien spécifique devant ce changement : alors que Karada est ouvertement bouleversée et pleine de questions, Shōko est beaucoup plus placide et réfléchie, tirant vite les conclusions qui s’imposent et acceptant sans mal sa nouvelle condition, plus adulte. C’est aussi là que le caractère des deux personnages fait mouche : même après cet évènements, ils conservent tous deux ce qui faisaient d’eux un enfant et un adulte, et on sourit souvent en voyant les situations s’inverser (la minuscule Shōko prenant la Karada adulte dans ses bras pour la réconforter, ou qui se bat tant bien que mal pour ne pas être mignonne… sans succès). Un jeu de caractères qui est cependant très secondaire puisqu’on ne peut pas dire que la série s’en serve pour accuser un quelconque penchant humoristique, bien au contraire, Asatte no Hōkō s’entête à vouloir être prise au sérieux, ce qui ne lui va pas toujours bien et la fait souffrir d’un certain vide ambiant, à côté d’une chaleur communicative toujours présente mais pas inoubliable.

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Tetsu est peut-être le seul personnage que j’approuve inconditionnellement tout au long de la série, au contraire d’Hiro, monsieur je-suis-trop-passif-pour-faire-un-tour-chez-le-coiffeur.

Les personnages secondaires, qui méritaient d’être plus amplement développés (ce qui aurait réglé le problème du vide, et nous aurait parfois évité cette impression d’étouffement en nous éloignant des personnages principaux), exercent un rôle très important dans le déroulement de l’intrigue de la série. Même si Hiro, le grand frère de Karada, est à côté de ses pompes d’un bout à l’autre de la série et ne se réveille vraiment qu’à la toute fin, j’aurais beaucoup plus apprécié des personnages comme Tetsu Amino, camarade de classe de Karada et peut-être seul protagoniste à véritablement se bouger le train pour comprendre ce qui est arrivé à son amie, lui aussi très agacé par l’immobiliste patent d’Hiro.

Et l’immobilisme, c’est ce qui caractérise une grande partie de la série et de ses personnages : concrètement, on se dit que si les personnages s’étaient remué un peu plus pour faire bouger les choses au lieu de subir les évènements, on aurait pu conclure la série en deux fois moins d’épisodes. Les personnages les plus jeunes sont peut-être les plus rationnels dans l’histoire tandis que les adultes attendent patiemment que la situation s’améliore, au point de mériter parfois de bons coups de pieds au train (mais bon sang Hiro, monte dans ce fichu train !). Paradoxalement, c’est pourtant aussi ce qui rend les personnages si humains et attachants : ils ne prétendent pas à la perfection, et auront de multiples occasions d’en apprendre sur eux-même et sur leur entourage au fil de la série, entourés par une palette de personnages issus de rencontres hasardeuses qui leur apporteront beaucoup. Leurs défauts transparaissent autant que leurs qualités, un point quand même assez rare pour être signalé. Pourtant, passé la surprise du premier épisode, le déroulement de la série semble plus tenir d’une série de coïncidences que d’une véritable histoire, la rendant peu passionnante lorsqu’elle n’est pas carrément soporifique.

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Que ce soit au niveau des décors comme de l’animation, difficile de se détacher de cette impression de “fait main” loin d’être désagréable.

AsatteHabitués de séries d’action ou d’intrigues à tiroirs, clairement, passez votre chemin, avec Asatte no Hōkō vous courrez droit dans le mur de la déception. Le rythme de la série, ponctué de révélations finalement assez prévisibles, est souvent poussif et contraint malgré des qualités indéniables et une situation pleine de potentiel. Les personnages ne sont pas inintéressants, mais c’est les différents choix de l’histoire qui sont plus contestables. On aurait aimé que le point de vue se détache des personnages principaux toujours aussi lents pour s’intéresser aux personnalités plus vives des autres protagonistes, qui bénéficient d’un charadesign et d’un caractère tout aussi bien pensés. Pour une fois, pas un seul personnage n’est là pour décorer ou envahir l’écran d’éléments inutiles au déroulement de l’histoire, chacun d’eux trouve sa place dans ce petit engrenage qui se met en place au fil des épisodes, et conduit peu à peu la série vers sa conclusion. On pourrait même détacher les Karada et Shōko d’avant et après le souhait, puisque leur entourage les perçoit d’une manière tout à fait différente et que la transformation leur permet de dévoiler d’autres facettes de leur personnalité. Mais ici, pas question d’excuser tout et n’importe-quoi par le changement d’âge : on se contente de voguer sur le flot de l’intrigue sans trop la bousculer, et sans faire d’excès. Un peu d’originalité aurait été fort bienvenue, et peut-être à même de rendre la série vraiment mémorable. A défaut de ça, on a une série pleine de bons sentiments et de chaleur, mais à l’émotion difficilement perceptible et au déroulement on ne peut plus laborieux. Je n’irais pas jusqu’à qualifier la série de gâchis, mais après visionnage, on sent comme un manque, l’impression cruelle que la série n’a pas osé aller jusqu’au bout de ses idées.

Asatte

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Le déroulement de l’intrigue est largement prévisible et sans surprise, mais les personnages n’en restent pas moins attachants. Karada est déjà une parfaite waifu, au contraire des adultes plutôt pantouflards.

La chaleur estivale que voudrait nous transmettre Asatte no Hōkō est tout à fait perceptible au niveau de la réalisation, qui est sans aucun doute un des points forts de la série. Outre le charadesign soigné très réussi d’Ikuko Ito, on remarquera surtout la soin qui a été apporté aux décors, simples mais qui donnent la délicieuse impression de peintures d’aquarelle sur toile blanche. Les couleurs de l’ensemble de la série, très portée sur les ambiances lumineuses, son à l’image des émotions des différentes scènes clés de la série, et même si là aussi on ne peut s’empêcher de dénoncer un manque certain d’originalité et de personnalité, le tout reste très uniforme et agréable. Je ne compte plus les scènes où je profitais des décors sans trop m’intéresser à ce qu’il s’y passait (une autre preuve du manque d’intérêt patent de certains épisodes). Les quelques flashbacks, aux couleurs plus effacées et grises, sont aussi d’autant plus crédibles que les personnages y sont représentés sous des airs très différents, preuve qu’une personne change et se transforme tout au long de sa vie, qu’elle est plus qu’un cliché uniforme qui grandit et se construit autour des éternelles mêmes convictions. Cet ensemble partagé entre douceur et classicisme apporte une touche d’humilité supplémentaire à la série, et la mise en scène maîtrisée mise en valeur par une direction artistique maîtrisée se laissera apprécier sans problème (la scène de fin du premier épisode reste sans doute l’une des plus mémorables de la série).

Assez peu présentes, les musiques qui agrémentent les moments clés de l’histoire obéissent aux mêmes règles : peu mémorables, elles frôlent l’émotion d’un instant sans jamais l’enflammer, quelques thèmes phares lui auraient fait le plus grand bien. On notera cependant l’orientation résolument piano des mélodies de la série, composées par les soins de Shinkichi Mitsumune (Rozen Maiden, Zero no Tsukaima, Fooly Cooly, Utena), ce qui participe amplement à son charme et à la chaleur estivale qu’elle évoque. Seul point qui m’a vraiment marqué à ce niveau là : les premières secondes du générique d’ouverture (Hikari no Kisetsu, de Suara), qui réussissent toujours à me transmettre l’émotion de fond de la série dès les premières secondes (et qui n’ont pas manqué de le faire dès le premier épisode). De manière générale ça va même plus loin que ça puisque, avec les images qui se succèdent comme des flashs contemplatifs, l’opening me rappelle tout simplement l’été, son émotion, ses souvenirs, et ce changement qui y intervient souvent sans qu’on s’en rende compte. Il m’en faut peu pour accrocher au parti pris d’une série, à une idée de fond, et ces premières secondes remplissent parfaitement cet office dans Asatte no Hōkō, en dépit des défauts évidents dont souffre la série.

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En dépit des défauts de la série, voir les personnages tiraillés entre leur côté enfant et adulte reste un plaisir, mais on aurait aimé que la série s’intéresse davantage aux personnages secondaires tout aussi intéressants.

Adaptée d’une série de manga en cinq volumes de J-ta Yamada originellement publiée dans le défunt mensuel Comic Blade Masamune, la série n’exploite qu’une partie des éléments présents dans le manga du même nom, et c’est peut-être là qu’est véritablement le problème. Voulant se concentrer sur une palette réduite de protagonistes, la série perd une partie de l’intérêt de l’œuvre originale, qui s’intéresse à une palette de personnages beaucoup plus large et faisait intervenir le fantastique à plusieurs reprises, une manière d’alterner différents arcs en se concentrant sur la multitude de personnages mis en avant. Un point qui explique en partie la précision et le charisme des différents personnages de l’adaptation animée, qui ne se concentre que sur un unique arc, le plus important du manga. Plus complet, plus profond, beaucoup plus riche au niveau des relations qui lient les protagonistes, la lecture du manga est plus que conseillée à ceux qui ont aimé le sujet de fond de la série sans être satisfait par son développement. Une occasion de jeter un œil aux illustration délicieuses des couvertures, où on retrouve ce côté aquarelle qui caractérisait les décors de la série animée. Une adaptation qui se laisse quand même regarder, ne serait-ce que parce qu’elle donne vie aux émotions du manga et à ses personnages, doublés très fidèlement par Ayumi Fujimara (Karada) et Shizuka Itō (Shōko).


Ce ne sont pas les moyens qui manquent, ni le contenu de l’œuvre de départ, dommage qu’on se retrouve au final avec une œuvre agréable mais en tout point dispensable. Rester allongé au soleil en admirant les nuages, savourer les courants d’airs chaleureux des chaudes journées, sentir l’air se rafraîchir en début de soirée, Asatte no Hōkō nous renvoie à tous ces instants contemplatifs qui parsèment nos étés, moments où le temps semble subitement s’arrêter. Grâce à cette chaleur irremplaçable et son côté reposant, touchante sans bouleverser, la série n’est cependant pas une perte de temps, elle nous rappelle cette chaleur estivale bien particulière alors que nous sommes au milieu d’une saison où le Soleil sait se faire désirer.


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