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Forêt Primordiale v.4.4

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Shinryaku! Ika Musume : The invasion has begun

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2362 mots - 12 minutes

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Shinryaku! Ika Musume © Diomedea, Episode 1

Bonjour, je suis un poulpe, et j’ai le QI d’une huitre. Je m’ennuyais un peu entre mes deux rochers, alors j’ai décidé d’envahir votre monde... en ne faisant absolument rien. La mer a trouvé son arme de destruction massive : une gamine sans cervelle déguisée en piège à otaque. Il y a ces comédies qui ont de l’idée, qui veulent porter un message qui transcenderait leur humour, il y a ces séries qui vous font miroiter toutes les merveilles de la mer avec une morale dégoulinante, une ambiance aquatique et un discours un tantinet écolo, il y a ces séries qui ont un scénario et une intention précise, ces séries qui ont un but, une utilité, et puis il y a Shinryaku! Ika Musume, la vacuité même. Shinryaku! Ika Musume n’essaie même pas, comme d’autres se forcent en désespoir de cause, Shinryaku! Ika Musume s’en fout. Aucune morale, aucun discours de fond induit, pas la moindre trace d’activité neuronale à des kilomètres à la ronde, pas même un semblant d’ecchi pour attirer l’attention, juste un joli plateau de fruits de mer à l’entrée, et une hôtesse qui nous lance un accueillant "Laissez-nous votre cerveau, nous vous le rendrons à la sortie". Shinryaku! Ika Musume lance un nouveau concept : l’asservissement de la race humaine par l’inaction. Et le pire, c’est que ça marche, une seule seconde d’inattention et un régiment de filles-pieuvres se met à danser autour de votre oreiller. Un, deux, trois, Soleil ! Le premier neurone qui bouge a perdu~geso !

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Shinryaku! Ika Musume © Diomedea

Nous suivons donc le quotidien d’un petit bar de bord de mer, le Lemon, dans lequel débarque la toute fraîche (ou poisseuse ?) Ika Musume (comprenez : fille-calmar), une drôle de petite fille avec un bonnet blanc et tout un tas de tentacules fléchés en guise de coiffure. J’imagine que toute référence mythologique est fortuite, ou alors le temps a encore fait son oeuvre et Méduse était inoffensive, Persée a juste été invité à un buffet de fruits de mers à volonté mais fallait bien pimenter ça avec un peu d’héroïsme. La demoiselle a pourtant un objectif bien précis : elle veut mettre l’humanité à ses pieds et leur faire payer leur manque de respect à l’égard de leur mer et mère. Seulement, elle n’est pas encore au bout de ses peines...

Là, on s’imagine déjà une comédie pleine de bons sentiments qui tournerait autour du respect de l’océan, des bienfaits des flots, de la vilaine pollution, avec comme un air d’Aria ou Umi Monogatari, mais il n’est est rien. Tout simplement parce que la série a fermement l’intention de ne pas faire la morale à qui que ce soit, bien au contraire. Elle prend même le sujet à contre-pied en se moquant ouvertement des tendances écolos prétendues de la série, avec une Ika Musume qui largue elle-même des déchets à la mer en les prenant pour un membre de son peuple (oui, vous apprendrez vite qu’apparemment, les gens qui vivent sous l’eau ont la particularité d’avoir des cerveaux de poisson rouge). Et c’est là que la série prend au dépourvu : elle se moque de ce qu’on attend d’elle et n’en fait qu’à sa tête, constamment. Au lieu d’envahir le monde des hommes, Ika Musume est contrainte de s’y adapter. Ika est une cervelle de moineau, n’est pas prise au sérieux à la moindre seconde quand bien même ses origines surnaturelles sont certifiées, c’est comme si elle nageait dans un océan glacé de bon sens en se débattant pour en sortir.

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Shinryaku! Ika Musume © Diomedea, les émotions des personnages sont plutôt... visibles.

Mais si Ika Musume n’a rien d’extraordinaire si ce n’est la particularité d’être adorable et peu crédible en toute circonstance, c’est son entourage qui s’occupe d’être anormal à sa place : le casting est bourré de clichés sans trop d’intérêt au départ, mais Shinryaku! Ika Musume passe son temps à créer des situations rocambolesques pour les mettre en avant, la plupart du temps basées sur l’idée de malentendu. Et des malentendus, il y en a, oh que oui.

Si par exemple l’aînée qui dirige le restaurant, Chizuru, est une jeune femme posée et on ne peut plus gentille en surface (et se promène constamment les yeux fermés, sans doute émet-elle des ultrasons pour se déplacer), elle laisse vite transparaître ses penchants psychotiques manipulateurs lorsqu’elle a une idée en tête, la peur qu’elle engendre chez Ika Musume est un des éléments humoristiques les plus courants, avec par exemple une difficulté d’exprimer des encouragements prise pour une intention très claire de meurtre (ah, le pouvoir humoristique de l’imagination et de l’interprétation !). Eiko, sa cadette un brin garçon manqué, est quand à elle le symbole de la bienséance physique et mentale, ses remarques cinglantes pourraient être celles du spectateur assommé par les facepalms (même si l’idée que la serpillière ambulante qui se fait passer pour un envahisseur puisse faire quelque chose mieux qu’elle semble provoquer des dégâts considérables dans son esprit). Si le ton est plutôt posé dans les premiers épisodes, la série se laisse vite aller à toutes sortes de dérives incontrôlables, et le ton grimpe d’épisode en épisode.

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Shinryaku! Ika Musume © Diomedea

Et puis il y a toute une ribambelle de protagonistes qui arrivent au compte-goutte et élargissent le panel de malentendus qui entourent Ika Musume sans qu’elle n’ait son mot à dire dans tout ça. Il y a Nagisa, surfeuse et travailleuse à mi-temps qui semble voir dans Ika Musume le monstre Cthulhuesque qu’elle n’est que dans son imaginaire (ce qui lui vaut d’être adorée par cette dernière, puisqu’elle est l’humaine terrifiée idéale), Cyndi Campbell, chercheuse américaine en bikini persuadée qu’Ika Musume est un envahisseur de l’espace (une référence à Cindy Crawford, sans doute ? Pour le bikini bien sûr, pas les OOPS - Out Of Place Silicone -), Gorou, le secouriste qui a une musculature de rêve, a un penchant pour Chizuru, et ne sert... à rien (mais porte un bonnet de bain plus notable que lui sur la tête), ou Sanae, alias "Sanae of the Dead", jeune lycéenne naïve de son état qui voue un amour sans limites, mais limite malsain, pour Ika Musume qui la rejette violemment, ce qui engendre des cascades de nosebleed, élans masochistes, séances joyeuses de loli-stalking et autres conflits intérieurs dramatiques totalement déraisonnables (l’épisode qui est consacré à sa "renaissance" est peut-être le plus drôle de la série - si le dernier ne vient pas le détrôner -).

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Shinryaku! Ika Musume © Diomedea, une Mini-Ika sur un escargot, j’en achèterais par cargos...

Tout un tas de personnages dérangés qui feraient presque passer Ika Musume pour une jeune fille tout à fait normale. La preuve : si elle ne connaît rien du monde en surface, elle maîtrise sans problème les outils informatiques et les consoles de jeu. Finalement, la plus grande victime dans tout ça, c’est Ika Musume : elle est passive, naïve, victime de tout et de tout le monde, sa simple présence engendrant des raz de marée d’évènements chaotiques (sans qu’elle ne se rende compte de quoi que ce soit), et comble du comble : elle passe son temps à essayer de s’intégrer à la société humaine qu’elle voudrait annihiler. Ika Musume est une héroïne tragique des temps modernes : même sa propre série se fout royalement d’elle.

On pourrait aussi croire qu’une vague de fan-service viendrait attirer le spectateur tel un piège à ours savamment dosé, mais rien, pas une seule seconde Ika Musume est autre chose qu’une gamine idiote un peu trop égocentrique et idéaliste. Shinryaku! Ika Musume n’a pas besoin de mettre en avant des arguments ecchi divers, variés et déplacés, là aussi la série s’en fout et se contente de faire les choses comme elle a décidé qu’elle les ferait : sans autre intention que faire sourire en mettant en scène l’absurdité. C’est ce qui rend les épisodes si agréables à suivre semaine après semaine : ils permettent simplement de se mettre en pause, de se détendre, de divaguer en toute liberté sans qu’aucune dérive morale ou hormonale ne vienne parasiter le visionnage. Les élucubrations de la série sont si simples, naturelles et spontanées, qu’elles en sont juste... bêtement agréables et jouissives. Ika Musume, avec son charadesign simple et mémorable, en est un peu l’emblème, une emblème paranormale qui a le don d’être l’élément le plus banal de la série.

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Shinryaku! Ika Musume © Diomedea, avouez qu’une image pareille, ça réchauffe le coeur !

Autre point notable : la réalisation, qui si elle n’est pas bien originale est bourrée d’images mémorables et de clins d’oeil visuels, c’est le genre de série sur laquelle il est un vrai petit bonheur d’écrire un billet tant les images appréciables abondent. On sent que le staff de la série s’est fait plaisir en dépit de premiers pas hésitants, une souplesse qu’on doit peut-être à Tsutomu Muzushima, qui a principalement réalisé Jungle wa Itsumo Hare nochi Guu, Bokusatsu Tenshi Dokuro-chan et Kemeko DX dans le domaine des comédies, et entre autres travaillé sur des séries comme xxxHolic et Ookiku Furikabutte (série à laquelle Shinryaku! Ika Musume fait référence d’une fort belle manière avec un match de base-ball... mémorable).

Shinryaku! Ika Musume ne cherche pas en faire des tonnes, ni à véhiculer un message particulier, elle s’est juste fixé pour objectif de détendre en envoyant balader tout le reste d’une manche, et c’est ce qui la rend divertissante, bêtement, simplement. Si elle a tout de la comédie moyenne sans prétentions, elle passe maître dans un domaine qu’elle aime par dessus tout : la futilité. Go, Ika Musume !

(Tiens, un jour faudra que j’arrête de corriger des fautes imaginaires... et donc d’en créer d’autres...)

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Shinryaku! Ika Musume © Diomedea

Note : Ce billet sans intention est dédié à tous les adeptes d’Ika Musume et de ses dérivés miniatures, ainsi qu’aux excellentes chroniques de Random Curiosity sur le sujet, à lire si vous avez un peu de temps à tuer, même si vous ne regardez pas la série (ou même en particulier pour ça). Bon, moi je retourne à ma fabrication à la chaîne d’Ika Musume en papier, c’est que j’ai du pain sur la planche avant de pouvoir envahir le monde avec mon armée miniature (même si je constate que certains ont déjà pris les devants)...

Le bonus des chaumières :

Maman, comment on fait les Mini Ika ?

Rien de plus simple mon enfant, tu prends d’abord ce petit programme qui te permets de créer des patrons en papier à partir de modèles en 3D préalablement importés : clique donc ici pour avoir le logiciel (gratuit en version non complète évidemment, on ne joue pas aux corsaires ici, ou ici pour la version jap), et ici pour le visionneur de modèles existants (c’est ce que tu utiliseras pour notre petit atelier pratique - ici pour le jap), puis tu vas rendre visite aux gens qui ont eu la bonne idée de créer un modèle de notre Ika nationale ici même, on les en remercie chaleureusement. Tu installes tout ça, puis tu ouvres le modèle .pdo tout bêtement avec le visionneur, tu jettes un oeil aux menus pour voir si l’affichage du patron est correct (textures, lignes de pliage, etc), puis tu imprimes ça directement à partir du logiciel, ou tu exportes ça en bmp avec la fonction copy to clipboard (si jamais tu veux faire des modifications ou que tu n’as pas d’imprimante à disposition). Et voilà, le tour est joué, tu n’as plus qu’à user de tes petites mains boudinées pour coller ça correctement (tu peux t’aider du howto ici présent si tu es un peu tarte, comme maman). N’hésite pas à me poser des questions si tu as un souci, on est un peu comme au centre aéré du coin ici, on peut s’entraider, et même se montrer nos créations.

Si tu t’es bien débrouillé, la résultat ressemblera à ça (en plus moche, on est pas tous Da Vinci) :

Ika Musume Papercraft

Papercraft Ika Musume by 偽種 via Pixiv

Si tu veux voir l’horreur que maman a pondu, je te montrerai ça un peu plus tard (lorsque j’aurai trouvé un moyen de prendre la bête en photo dans une qualité raisonnable). Il va sans dire que mon résultat ressemblera plus à Cthulhu qu’à Ika Musume. Je remercie aussi Vinhnyu qui m’a permis de faire mes premiers pas dans le monde glorieux du papercraft via Twitter, sans lui l’invasion du monde par le peuple poulpe n’aurait pas été possible. Geso.

PS : Je dis "maman" pour la forme hein, techniquement ça serait plutôt papa...


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Tinky Tinky ·  15 décembre 2010, 22:03

Ika Musume c’est mes 20 minutes de bonheur hebdomadaires depuis le début de cette saison. Chaque épisode est un pur régal, aussi frais qu’une Danette à la vanille qui vient de sortir du frigo. <3
Franchement, heureusement que le character-design de l’héroine m’a donné envie de regarder cet anime ; sinon je serais passé à côté d’une série vraiment faite pour me plaire !

Si j’ai autant aimé cette saison d’anime, c’est entre autre à cause d’Ika Musume. Vive cette série. \o/

vinhnyu vinhnyu ·  15 décembre 2010, 22:23

Mais de rien-geso!

Gen' Gen' ·  15 décembre 2010, 23:16

Tinky > Sans blague, ça marche aussi pour les crèmes aux oeufs ? ~

Je dois dire qu’au début je n’étais pas convaincu, et même assez déçu du résultat, mais une fois que je me suis rendu compte qu’il fallait juste que je prenne la série pour ce qu’elle est sans en attendre quoi que ce soit, j’ai vraiment commencé à l’apprécier. Du coup, need une deuxième saison, c’était trop court.

Je me rends compte que mon intro est carrément impitoyable, y’a de quoi tromper ceux qui ne liraient que ça à propos de mon avis sur la série, fufufu :’)

Sirius Sirius ·  16 décembre 2010, 14:27

J’hésitais encore beaucoup parce que j’avais l’impression d’un documentaire écolo pour gosses en lisant le synopsis de la série. Mais là je suis partant à 100% si c’est un truc résolument paresseux! Bref, série placée dans les “à voir de suite” comme j’ai commencé à visionner les séries de l’automne, la fin de la saison approchant… =)

hikaru-san hikaru-san ·  28 décembre 2010, 20:23

Très joli texte qui donne vraiment envie d’en voir plus . Ika musume est clairement une grosse bouffée d’air frais et l’un de mes animés de l’année.

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