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Le petit top 10 des curiosités, édition 2010

HR

Temps de lecture :

8107 mots - 41 minutes

Happy New Year

2011・賀正 by ぜろきち via Pixiv

Un premier top pour clore l’année, pourquoi pas ? Et un anti-top, qui plus est ? Si j’aime lire les récapitulatifs personnels d’Inuki ou Exelen, je suis beaucoup plus réfractaire à l’idée d’en faire moi-même. D’abord parce que les autres le font déjà beaucoup et de manières diverses et variées, l’intérêt de l’exercice trouvant vite ses limites, et pour la simple raison que pour faire un classement de ce qu’on estime être le meilleur d’un domaine tel qu’il soit, il faut déjà s’autoproclamer expert absolu de ce domaine (c’est assez triste d’affirmer tout savoir, ça induit l’idée qu’on a plus rien à apprendre et découvrir, horreur inconcevable à mes yeux). Pour essayer de ne pas me couronner empereur autocrate avant l’heure et ne pas pondre un énième top insipide, je vais donc faire un classement très personnel et subjectif des découvertes très personnelles et subjectives qui auront ponctué cette année (très personnelle et subjective, vous l’aurez compris).

Cette sélection ne concerne que mes visionnages et les impressions qui en découlent, et a pour maître mot la curiosité (CURIOSITE), il est principalement destiné à ceux qui ont vécu dans une grotte toute l’année durant, et ne connaissent absolument pas les oeuvres dont il sera question (attention aux spoils cela dit). J’ai essayé de mettre de côté ce dont on a déjà beaucoup parlé pour me tourner vers ce qui est passé un peu inaperçu mais vaut indéniablement le coup d’oeil. A défaut d’un bilan annuel (ce que ce top n’a pas du tout pour but d’être puisqu’il ignore une grosse partie de la production plébiscitée), considérez plutôt ça comme un tour d’horizon des séries diffusées cette année dont on a au final peu parlé. Notez aussi que le classement n’a rien à voir avec la “qualité” des découvertes (j’irai me laver la bouche à l’eau de javel après avoir osé prononcé un tel mot), il est plutôt fonction de l’assiduité avec laquelle je les ai suivies. N’ayant bien sûr pas tout vu, j’admets être passé à côté de séries intéressantes comme Ookami-san to Shichinin no Nakama-tachi et Otome Yokai Zakuro, mais ça viendra peut-être plus tard, c’est aussi pour ça que ce classement est on ne peut plus personnel (je citerais bien Panty & Stocking que je me garde pour visionnage à tête reposée, mais je préfère m’éviter les trolls et autres classements de blogueurs à l’estime, et dénonce un total manque de recul à ce niveau là).

10. Densetsu no Yuusha no Densetsu

Été 2010, 24 épisodes, Zexcs

Denyuuden

#14 誰もなにも失わない世界 (Dare mo Nani mo Ushinawa nai Sekai) by 青ゐ田 via Pixiv

Denyuuden laissait présager quelque chose de très bateau, avec un semblant de scénario qui aurait pu s’essouffler dans une comédie passive et des personnages unidimensionnels au possible (le jeu de mot du titre allait largement dans cette direction). Et pourtant, sur de multiples aspects, la série surprend : direction artistique moyenne qui se permet régulièrement de grands élans d’animation jouissifs qui donnent tout son intérêt au HD (ah, ce second opening résolument badass !), scénario qui se renouvelle à de multiples reprises, et ambiance qui oscille entre humour léger et mouvements dramatiques forts et fatalistes à souhait (le point noir étant l’équilibre difficilement stable qui en découle) et une fin… qui n’en est pas une (c’est à se demander si la série ne devait pas d’étaler sur 52 épisodes à la base). La série persiste à vouloir s’écarter des sentiers tout tracés qu’on s’attend la voir emprunter au galop.

Sorte de Chrome Shelled Regios plus aboutie, elle ne manque pas d’idées et exploite avec brio sa palette de protagonistes, elle surprend là aussi en les faisant évoluer de manière notable - et intelligente -, je pense notamment à Kiefer, qui change du tout au tout (on passe de l’amoureuse transie un brin tsundere à un vrai petit mercenaire déterminé, un de mes personnages préférés), ou Sion Astal, tiraillé entre ses idéaux monarchiques et les rouages cruels (et sanglants) du pouvoir. Le personnage qui m’a le moins intéressé étant Ryner, le protagoniste principal, qui a tout de même le mérite de ne pas être le boulet qu’on se traîne habituellement dans ce genre d’épopée (le sieur est doublé par l’inénarrable Jun Fukuyama, qui semble s’être bien amusé dans son rôle). Sa compagne taciturne mais farceuse révèle aussi quelques facettes plutôt intéressantes au fil de l’intrigue (pour une fois, je dirais qu’une coodere a une raison valable d’avoir perdu toute émotivité, Denyuuden apprécie apparemment les drames qui font dans l’excès, j’en suis toujours à digérer leur manière de tuer froidement sans prévenir). On pourrait aussi incriminer le trop grand nombre de personnages, ce qui les rend tous difficiles à exploiter pleinement, mais dont les conflits intestins appuient cette envie de ne pas sombrer dans le duel manichéen qui appauvrit trop d’oeuvres à tendance fantasy (difficile de distinguer deux camps de “méchants” et “gentils” opposés, on parlera plus d’idéaux contradictoires et d’enjeux politiques).

Bref, Denyuuden a de l’idée, de l’envie (trop ?), un peu de budget aussi sans doute, et la série ne se retient pas quitte à égarer un peu ses spectateurs et à en faire des tonnes. Ce que j’en retiens : une ambiance contrastée mais une mise en scène efficace (avec certaines scènes clés mémorables), une construction limite bordélique peut-être trop fidèle aux light novels d’origine de Takaya Kagami, et une médiocrité apparente qui cache tout de même bien son jeu, à condition de ne pas être trop exigeant. L’idéal étant de se tourner vers les light novels, où le contenu sera mieux équilibré (à condition de parler japonais, l’idée d’une traduction, même anglaise, étant très hypothétique, quand bien même l’oeuvre a connu un large succès au Japon).

Denyuuden Scr

Densetsu no Yuusha no Densetsu © FUNimation Entertainment

9. Shinrei Tantei Yakumo

Automne 2010, 13 épisodes, Bee Train

Yakumo

Une série qui a l’air un peu perdue dans ce classement, mais dont j’avais quand même envie de parler parce qu’au final, passée la déception et malgré des défauts évidents, j’en ai tiré un bilan plutôt positif. L’entrée en matière est efficace, aidée par une mise en scène maîtrisée (ces lumières, ces couleurs) et une bande originale soignée, et le thème nous laisse imaginer des intrigues paranormales savoureuses, un peu à la manière de Ghost Hunt. Mais voilà, Shinrei Tantei Yakumo nous leurre et on finit pris au piège : la série ne parle en elle-même pas vraiment de paranormal, ni même d’enquêtes, tout n’est qu’excuse pour parler de sensibilité, d’humanité (ce qui n’est pas forcément un mal, l’ending souligne d’une belle manière cette facette de la série), et surtout, elle a eu bien du mal à décoller. Peut-être aurait-elle dû se concentrer davantage sur ses intrigues épisodiques pour poser un rythme sûr avant d’intégrer une intrigue de fond parasite dans tout ça ?

Les 13 petits épisodes qui lui ont été accordés semblent être trop peu, quand on voit le potentiel de la série et de ses personnages. Ces derniers ont d’ailleurs tous l’élégance de servir à quelque chose à un moment donné de la série, d’être liés par des détails qu’on pourrait prendre pour une sorte de destinée, ce que je trouve plutôt bien fait, et ça a l’avantage de les rendre plus intéressants et sympathiques. Même l’humour qui ponctue la série amuse sans briser l’ambiance, simplement fait de rhétorique et de sous-entendus (avec quelques vacheries bien placées dans le lot). Cela dit, la série a du mal à exprimer son potentiel, et elle aura besoin de davantage d’exposition pour vraiment gagner en approfondissement. L’effort se fait sentir plus on avance dans les épisodes, on essaie de nous épargner les déductions miraculeuses qui viennent recoller les morceaux d’un mystère qu’on nous envoie à la figure en miettes désorganisées, on se prend même parfois au jeu devant l’honnêteté des images (les fantômes n’ont rien d’effrayant - ce sont avant tout des réminiscences sensibles -), mais Shinrei Tantei Yakumo avait définitivement besoin de pousser un tout petit peu plus pour s’exprimer pleinement. Encore une fois, Shinrei Tantei Yakumo a l’avantage de posséder de l’idée, une envie, une image bien à elle. La barre était juste un tantinet trop haut.

Ce que j’en retiens : avant tout, plein de bons sentiments (perte d’un être cher, liens générationnels, velléités désespérées, des sujets auxquels je suis assez sensible, Yakumo a en plus la bonté de voir les âmes qu’il aperçoit comme de simples résidus émotionnels passifs, et pas des entités à part entière, hypothèse que je trouve séduisante), puis un potentiel certain suivi d’un ratage malencontreux, pour un visionnage sympathique, envers et contre tout. La série me laisse face à un constat qui est à l’image des thèmes qu’elle aborde : dépressif. Il y avait tellement plus à faire, tellement plus à transmettre, tout ça n’en est finalement qu’un maigre aperçu. La preuve que la déception marque autant, si ce n’est plus, que le succès critique.

Yakumo Scr

Shinrei Tantei Yakumo © NHK

8. Senkō no Night Raid

Printemps 2010, 13 épisodes, A-1 Pictures

Night Raid

最終話 (Saishuu Banashi) by さなか via Pixiv

Senkō no Night Raid est tombée sous le feu des opprobres parce qu’elle a eu le malheur de porter les valeurs du tant controversé projet Anime no Chikara, qui avait pour objectif de montrer qu’il est possible de produire des séries originales convainquantes en partant de rien, et n’a finalement pas produit grand chose d’original ni de convainquant en partant de bases plus que solides. A côté d’une Occult Academy parée de belles idées mais trop frivole (voir carrément incontrôlable sur la fin), cette seconde série m’a semblé être la plus stable des trois. La première étant Sora no Woto, dont on se souvient encore très bien, cocasse quand on voit ce qu’on a pu en dire. Senkō no Night Raid donc, aurait sans doute été moins malmenée si elle s’était contenté du simple statut de production indépendante, et n’était du coup pas tombée sous les yeux d’un public auquel elle n’était pas destinée. De ce point de vue là, nous nous trouvons face à une série moyenne mais plutôt sympathique, armée d’une belle réalisation, et d’une richesse conséquente.

Une richesse qui est d’ailleurs le défaut principal de la série tant elle est importante : Senkō no Night Raid veut pour ainsi dire tout faire en même temps : décrire le quotidien du Shangai des années 30 dans une approche historiquement et politiquement vérifiable (ce qui est déjà un sacré pari vu l’étendue et la complexité du sujet), mettre en scène des protagonistes crédibles réalistes en travaillant les relations qu’ils entretiennent et leur background (quitte à prendre le risque de créer de sévères inconsistances dans l’intrigue), et faire un pied de nez au genre très formaté des fictions d’espionnage, souvent déconsidéré dans l’animation japonaise à cause de l’abondance et l’immobilité des stéréotypes qui le composent (imaginez un roman noir moderne à la japonaise, et savourez le violent paradoxe conceptuel qui en découle). Le tout, en 13 petits épisodes pour couronner le tout, quand bien même 26 n’auraient pas été suffisants pour exploiter correctement le sujet. On obtient donc une série gonflée à l’extrême, saturée d’ambition sur un support qui n’est pas calibré pour la consommer pleinement. C’est là qu’Anime no Chikara paye très cher son manque de prise de risque, là où c’est la seule chose qui pourrait sauver la série de l’implosion (ça manquerait presque de moe pour alléger le tout). Paradoxalement, c’est en s’émancipant de moyens et d’objectifs contraignants qu’on atteint haut la main le but qu’on ne s’était même pas fixé : il n’est pas ici question de popularité, mais bien de succès critique.

Ce que j’en retiens : des personnages terre à terre, qui trouvent tout leur intérêt dans leur banalité réaliste au fil des liens qu’ils entretiennent tout au long de la série, une déviation intéressante de l’image du protagoniste aux super-pouvoirs surpuissants (ceux de nos protagonistes ne le sont pas du tout, c’est à eux de faire preuve d’intelligence pour utiliser leurs capacités à bon escient sans en devenir esclave, ce que l’action rend particulièrement bien dans le contexte de la série), et une série qui a du background et des ingrédients d’intrigue à ne plus savoir qu’en faire, au point d’exposer le spectateur à une overdose, ou un rejet massif. Pour apprécier la série à sa juste valeur, mieux vaut en premier temps se détacher des attentes et briques cohérentes qui l’entourent pour se concentrer sur ses éléments les plus simples : les personnages mis à nus, ce qui les sépare, ce qui les unit.

Night Raid Scr

Senkō no Night Raid © Aniplex

7. Rainbow : Nisha Rokubo no Shichinin

Printemps 2010, 26 épisodes, Madhouse

Rainbow

Rainbow, c’est du Madhouse comme j’en reprendrais à toutes les saisons. Si le studio a surtout fait parler de lui avec sa son impudique Highschool of the Dead cette année (qui reste un excellent divertissement à mon sens), j’aurai davantage retenu l’exercice et le tour de force qu’est Rainbow. La série se détache de la plupart des mouvances de son époque pour s’intéresser à un genre qu’on pensait éteint dans le milieu de l’animation japonaise : un drame carcéral style années 50 qui met en scène des adolescents difficiles face aux dérives toujours très exagérées et théâtrales de la société (l’histoire elle-même se déroule en 1955). Ne serait-ce que pour cette volonté de faire ressurgir un genre oublié en suivant ses règles à la lettre tout en modernisant la réalisation de manière conséquente (l’ambiance joue principalement sur les couleurs grisâtres, et l’aspect exigu, clostrophobique des décors, le résultat est aussi agréable qu’immersif), Rainbow mérite sa place de série marquante de l’année 2010.

Les manly tears coulent à flot, les bro-mances et autres liens de camaraderie se construisent en un claquement de doigts, et c’est comme si le mot GAR était placardé sur le front de tous les protagonistes : on nous l’annonce dès le départ avec un pensionnat de redressement qui ressemble plus à une prison pour grands criminels et un gardien de cellule qui a tout du Joker : la série n’est pas là pour nous faire rire, this is serious business. L’intrigue elle-même n’a que pour finalité la mise en scène du drame et de l’émotion, et le déroulement parfois brusque de l’histoire conforte cette tendance comme la volonté d’afficher les personnages les plus malheureux au monde, avec un objectif qui apparaît comme l’étincelle de lumière au bout du couloir : regardez, contemplez l’étendue pitoyable de ces êtres, leur souffrance, le monde impitoyable qui les entoure et les ordures qu’ils rencontrent, nous vous montreront comment se serrer les coudes et se battre aux poings permet de s’en sortir. Le pessimisme affiché de la série cache en fait un optimisme profond, presque gamin, un idéal qui guide les personnages tout du long vers un but ultime qui leur donnera la force de traverser toutes les épreuves (et dieu sait à quel point l’auteur prend un malin plaisir à leur en présenter). Mettre en scène le fatalisme le plus absolu pour souligner l’importance du maigre espoir qui existe envers et contre tout, et importe plus que tout, c’est un parti pris qui me plaît particulièrement dans les oeuvres de ce genre, et les drames en général.

Ce que j’en retiens : une esthétique très tranchée qui, sous son manque de subtilité apparent et sa construction rigoureusement fifties, nous rappelle que l’important est de ne jamais baisser les bras, de ne jamais mettre genou à terre, peu importe le nombre de coups qu’on reçoit. Un style qui se détache des productions d’aujourd’hui aussi, dans un hommage aux oeuvres old-school qui ont un jour animé le medium et invite à une rétrospection en bonne et due forme. Une main tendue pour nous inciter à découvrir les bases des productions d’autrefois, et mieux comprendre ce que l’animation japonaise actuelle leur doit. Sans oublier une dose massive de testostérone au service de l’homme, avec un petit h.

Rainbow Scr

Rainbow : Nisha Rokubō no Shichinin © FUNimation Entertainment

6. B Gata H Kei

Printemps 2010, 12 épisodes, Hal Film Maker

B Gata

Ce qui s’annonçait comme une énième dérive de l’ecchi-hentai triomphant qui envahit les saisons animées (l’histoire d’une jeune fille qui s’est fixé pour objectif d’avoir cent partenaires sexuels, rien que ça, on hurlait déjà tels des peintures d’Edward Munch) s’est finalement avéré être une des comédie les plus sympathiques de cette année. La raison : la transparence totale avec laquelle était abordé le sujet dans un humour pas racoleur pour un sou, et des questionnements réels sur la longue phase dé découverte des sens et construction de la sexualité qui constitue l’adolescence, abordés en toute franchise sans jamais tomber dans la vulgarité. B Gata H Kei s’affiche un peu comme un docu-fiction humoristique à destination d’adolescents un peu perdus dans leur postpuberté et entourés d’une sexualité de plus en plus présente, un Petit Guide du Routard de la Copulation se donnant l’air d’être la comédie la plus simple et légère qui soit.

Yamada, héroïne excentrique au possible aux airs d’Excel Saga, décomplexée et bien au fait de ses ambitions sexuelles, fait un peu vaciller le cliché en vogue de la femme objet qui s’offre instantanément à son homme sans demander de retour. Yamada a la ferme intention de croquer la pomme, et à de multiples reprises avec tout autant de partenaires différents, mais avant de choir du jardin d’Eden il lui faudra déjà franchir le pas avec son premier partenaire, pourtant candidat idéal à l’exercice : un jeune homme d’une banalité affligeante qu’elle pense pouvoir jeter après usage. Mais les choses vont bien évidemment s’avérer être bien plus compliquées de prévues, Yamada ayant omis un élément capital dans son équation sulfureuse : les sentiments. L’intrigue, à la fois rafraîchissante et sans langue de bois, est une vraie bouffée d’air à côté de séries qui accordent de plus en plus de place à l’ecchi sans prendre en compte les enjeux que cette tendance du sexe à tout prix induit auprès de leur public.

Ce que j’en retiendrai : une sorte de parodie de hentai, qui traite son sujet de manière objective sans jamais l’utiliser pour se vendre. Une vraie bonne comédie épicée et solide qui jongle avec les clichés, et qui a définitivement besoin d’une seconde saison pour dévoiler tout son potentiel. Enfin et surtout, une manière rafraîchissante de traiter un sujet qui rime trop souvent avec lourdeur et hypocrisie, la série se moquant ouvertement du moule dans lequel on était trop vite invité à la faire entrer. Un visionnage coupable mais irrésistible qui excite peut-être davantage les hormones que n’importe-quel hentai explicite des chaumières, pour la simple raison qu’il parle vrai.

B Gata Scr

B Gata H Kei © Hal Film Maker

5. Cat Shit One

Été 2010, 1 ONA (12 épisodes initialement prévus), Studio Anima

Cat Shit

Prenez des conflits qui font autant couler d’encre qu’ils alimentent les inspirations des mangakas, qui les retranscrivent dans des oeuvres sérieuses et réalistes aux morales politiques et éthiques acerbes. Prenez un de ces régiments au combat, suant eau et sang pour survivre au milieu d’une guerilla meurtrière en pleine jungle. Puis remplacez ces soldats par des lapins, et autres animaux selon la nationalité des personnages (les français sont des porcs, littéralement). Vous obtenez Apocalypse Meow, un manga qui parodie violemment la guerre du Vietnam en mettant en scène un groupe de lapins américains, combattants de la liberté réunis sous le nom de la brigade Cat Shit One, et un petit bijoux d’écriture. Ce dernier a cette année connu une adaptation, qui s’est finalement révélée être un spin-off plus moderne décrivant les activités de l’escouade en Afghanistan : c’est de cet unique épisode réalisé entièrement en CG qu’il s’agit ici, une série qui devait à la base compter 12 épisodes mais dont on n’a actuellement aucune véritable nouvelle, si ce n’est cet ONA, et au vu de sa qualité, je prie tous les soirs pour que le studio trouve le financement du projet.

Cat Shit One n’est pas seulement une bête parodie facile et déplacée, c’est la retranscription fidèle et absolument superbe de situations de combat réelles : l’animation, le script, tout est soigné à l’extrême est le résultat est en tout point grisant, un vrai petit film d’animation. La personnification d’animaux est tellement efficace, l’idée tellement limpide et intelligente que j’en redemanderais sans arrêt, d’autant plus que la personnalité des deux protagonistes mis en avant est étonnamment développée, au point qu’ils en deviennent attachants et qu’on croise les doigts pour ne pas les voir tomber sous les balles de l’ennemi. Ce genre d’oeuvre est tellement rare, si souvent sanctionné par la censure qu’il est absolument capital que de telles réalisations soient menées à terme, et regardées tant qu’elles sont encore librement diffusées. Le travail sur le CG inquiète au premier abord, mais révèle un sens du détail très impressionnant, que ce soit dans les décors, la mise en scène, les gestes des personnages, jusqu’au matériel militaire et à la lumière, tout est simplement parfait, précis et réaliste, on lui pardonne même volontiers ses quelques accents américanistes tant le spectacle est aboutit et jouissif (les lapins font cela dit partie d’un groupe de mercenaires, l’oeuvre tient davantage de la chronique militaire que de la propagande). Le spectacle est tellement bon que la fin arrive trop vite, et l’absence d’informations à propos d’une suite est bien cruelle. Cat Shit One doit exister, à tout prix, quitte à choquer et révulser, pour sa performance technique impeccable ou le culot qu’elle adresse en faveur de la liberté d’expression.

Ce que j’en retiens : une oeuvre surprenante, déstabilisante, mais absolument indispensable. Je prendrais un plaisir fou à regarder une éventuelle suite, si elle est un jour produite. Cat Shit One est un exemple détonant de ce qui donne tant d’intérêt au support animé : la possibilité de mettre en image, de symboliser, créer des analogies et des dialogues entre les lignes, “déformer la réalité”. Si cet unique épisode se rapproche plus d’un film d’action que d’une véritable oeuvre à controverse, le résultat n’en est pas moins frappant d’aboutissement et d’intelligence. De quoi se mettre au manga dans les plus brefs délais.

Cat Shit

Cat Shit One © Studio Anima, Motofumi Kobayashi

4. Arakawa Under the Bridge / x Bridge

Printemps/Automne 2010, 2x13 épisodes, Shaft

Arakawa

ニノ (Nino) by ひーたん via Pixiv

La série a largement eu le succès qu’elle mérite, et si c’est une curiosité populaire (enfin, aurpès du public nippon en tout cas), ça n’en reste pas moins un véritable ovni, dans la tradition des productions Shaft de Shinbō Akiyuki. Cela dit, Arakawa Under the Bridge est la seule comédie du studio que j’ai appréciée dans son ensemble, et dont je suis encore demandeur après deux saisons complètes, je tiens à la placer dans ce classement pour la simple raison que je n’ai pas encore eu l’occasion d’en parler, et d’expliquer pourquoi en dépit de son aspect random caractéristique et de son manque patent de character development je considère Arakawa comme une excellente série animée, et une de mes grandes séries marquantes de l’année passée.

Arakawa, c’est évident d’emblée, fait l’apologie de l’excentricité face à une société qui veut toujours nous faire entrer dans différents moules, le message de fond de la série nous invite à agir spontanément en toutes circonstances, à être fidèles à nos émotions et envies, et on peut dire que les personnages qui vivent sous le pont Arakawa s’en donnent à coeur joie, la marginalité de l’ensemble du casting étant solidement appuyée par une réalisation qui n’hésite pas à céder aux représentations les plus “violentes” (je pense notamment au personnage d’Amazoness dans la seconde saison) : c’est là que la série donne tout son intérêt au support animé et l’exploite pleinement, sans concessions. On en vient à une partie de ce qui fait le charme de la série à mes yeux : le visuel. Je n’ai paradoxalement jamais été emporté par les idées originales de Shaft en matière de réalisation, d’autant plus lorsqu’il s’agissait de comédies, avec des plans qui me semblaient fixes, inanimés (l’exemple le plus flagrant étant Pani Poni Dash! dont le concept sera plus ou moins repris dans Sayonara Zetsubō Sensei, il n’y a bien qu’avec ef que le studio a réussi à me charmer de ce côté là). Puis vint Bakemonogatari, ses couleurs vives, ses plans changeants, son sens de la mise en scène bourrée de peps, une lumière omniprésente et une fluidité de mouvement toute nouvelle dans les personnages, et à partir de là, rien ne fut plus jamais comme avant. Arakawa a pleinement bénéficié de ces apports notables dans les techniques de réalisation de Shinbō et ses idées, j’y retrouve l’énergie visuelle de Bakemonogatari, qui manquait cruellement à ses productions précédentes (c’était aussi le cas avec Maria†Holic, qui affichait des visuels plus que sympathiques).

Ces protagonistes servis par un visuel qui se tord et s’adapte à leur comportement ont tous une particularité similaire : leur background est à peine effleuré, voir ignoré, et la série ne s’intéresse en aucun cas à leur développement, ils se contentent d’être des personnalités insaisissables brutes sans aucune intension d’évoluer (ce qui pourrait s’expliquer par leur présence sous le pont à la base, leur personnalité est déjà pleinement libérée, il est inutile d’aller plus loin donc - un renvoi au passé serait même parasitaire, c’est aussi une manière de donner envie d’en voir plus sans jamais en montrer). La seule chose importante, et c’est ce qui fait les bases de l’humour de la série, ce sont les relations qui les unissent, ou qu’ils nouent au cours de la série. Le couple le plus enclin à évoluer étant celui que forment Nino et Recruit, leur relation est le centre de la série, l’évolution de cette dernière ne dépend ni plus ni moins que de la tournure qu’elle prend. J’en viens à un second point, que je considère comme étant capital dans une comédie : le balancement continuel du script entre humour dérisoire et émotion, c’est ce qui donne un véritable rythme à la série, avec ce jeu des instants où on ne sait plus vraiment si on doit rire devant la parodie qu’on nous présente, ou considérer ça comme une métaphore on ne peut plus explicite (je pense notamment au rêve de Nino, qui voit ses parents s’envoler dans une fusée pour Vénus sans elle). Nino est le personnage le plus intéressant du lot, puisque c’est la seule à véritablement osciller entre absurdité et sensibilité, c’est donc autour de son état d’esprit que la série s’articule : Nino est euphorique, l’humour envahit la série, elle est mélancolique, on entre dans une phase plus sensible où l’intrigue prend toute son importance (notez que les émotions véritables de Nino ne sont jamais moquées, alors que c’est systématique pour les autres personnages). C’est en ça qu’il ne faut pas prendre Arakawa Under the Bridge pour une bête comédie romantique : la romance n’est qu’une partie infime de son fonctionnement, elle est une conséquence de la bipolarité de la série, en aucun cas un centre de gravité.

Ce que j’en retiens : une comédie peu commune dans la gestion des personnages comme celle de son intrigue, avec une très nette tendance à osciller entre des extrêmes, ce qui lui vaut son caractère abrupt, surtout lorsqu’on s’attend à une comédie romantique sur fond de détachement sociétaire dans les premiers épisodes. Plus qu’une comédie romantique, Arakawa est un jeu perpétuel entre des pions qui s’ajoutent, se cognent, sans véritablement transmettre de message d’ailleurs, plutôt pour l’excentricité en tant que telle, considérée comme salvatrice, une fin en soit. Le succès de la série, principalement au Japon, vient sans doute de ce détachement assumé, et des flèches qui guident lentement la série vers sa progression sans jamais briser le rythme qu’elle a si soigneusement mis en place : l’intrigue connaît ainsi bel et bien une évolution : elle est infime, on la remarque à peine ou on ne la prend pas au sérieux au premier abord, mais elle est certaine.

Arakawa

Arakawa Under the Bridge © Square Enix, Starchild Records

3. Yojō-han Shinwa Taikei

Printemps 2010, 11 épisodes, Madhouse

Tatami

Curiosité parmi les curiosités, Yojō-han Shinwa Taikei est sans aucun doute la plus curieuse curiosité de la saison (vous me suivez ?), rien de bien étonnant quand on sait que c’est Masaaki Yuasa, créateur de Kaiba, qui est derrière le volant. Outre le style d’arrondis et de couleurs très particulier de Nobutaka Ito (ou plutôt, son style résolument old-school, son dessin renvoie au travail d’Osamu Tezuka et aux cartoons des années 50), c’est la construction de la série en elle-même qui se montre particulièrement marginale, un aspect des séries animées qui semble de plus en plus intéresser les auteurs aujourd’hui, où on voit nombre de séries se développer sous formes d’arcs, et autres spécificités de construction plus singulières.

La série raconte mon histoire. Ou plutôt, elle raconte l’histoire d’un “je” dont on ne connait pas le nom : je suis étudiant en fin d’université, et suis au cours d’une rencontre surprenante renvoyé dans le passé où je me débat en revivant encore et encore mes années de fac sans en avoir conscience, pour me sortir de méli-mélo de possibilités qui composent mon avenir. Vibrant appel à la vie, la fragilité de son cours, son caractère imprévisible, sa “forme” mouvante, ses coïncidences, la série égare au départ ses spectateurs dans un univers sans dessus dessous où se chevauchent les éléments de l’intrigue, comme si cette dernière avait été éparpillée aléatoirement tout au long de la série au lieu de suivre un cours bien précis au fil des épisodes. Au lieu de ça, ces derniers nous plongent dans un cycle incessant de répétitions, mais pas le genre de répétition d’un Eternal Eight, plutôt un cycle qui brasse et mélange à nouveau les cartes à chaque retour en arrière, comme un cadeau de dame Bernkastel créant une multitude d’embranchements qui partent d’un même point vers une infinité de probabilités différentes. Ou serait-ce l’inverse ?

Ce que j’en retiens : une intelligence de construction remarquable, c’est toujours un plaisir de voir des exercices de recherche de ce type dans une production animée, où le support qui véhicule l’image est lui-même pris à parti dans un jeu dont se démêlera petit à petit le spectateur, avant d’aboutir à une conclusion en tout point satisfaisante. La style graphique qui pousse l’expérience visuelle encore plus loin que Kaiba, en l’intégrant à l’intrigue elle-même dans une volonté d’en jouer régulièrement, c’est même la seule chose à laquelle on peut se raccrocher au départ, la construction de la série ayant ainsi le génie de “mettre en milieu” le spectateur dans son style anodin, son monde, sa galaxie, pour qu’il puisse saisir les pleins messages de l’intrigue sans s’en soucier. Des personnages emblématiques forts : Ozu, Akashi, protagonistes papillonnants indispensables qui son avant tout nourris par la finalité de servir l’intrigue. En bref, une véritable expérience visuelle, qui exploite pleinement le support animé, le genre d’oeuvre qui vous fait dire que le medium a définitivement quelque chose qu’il est le seul à pouvoir offrir, et que vous ne vous y vous intéressez pas pour rien.

Tatami

Yojō-han Shinwa Taikei © FUNimation Entertainment

2. Saraiya Goyō

Printemps 2010, 12 épisodes, Manglobe

Saraiya

弥一 (Yaichi) by kana via Pixiv

J’aime les séries à ambiance. Elles ont le don de vous faire plonger dans leur univers sans crier gare, avec des visuels qui ont une personnalité stupéfiante et un sens de la subjectivité qui vous ferait signer n’importe-quel contrat à petites closes, juste parce qu’il est joli. Saraiya Goyō, c’est comme une tasse de thé rare qui vous dévoile la richesse de ses saveurs au fil de la dégustation, surprenant pas l’éveil de son goût et captivant par la complexité savante de son parfum. L’analogie est tellement naturelle que je finissais systématiquement une tasse entre les mains à chaque visionnage, histoire de plonger encore plus en avant dans l’ambiance suave de la série, ça en devenait carrément jouissif lorsque les personnages eux-mêmes préparaient leur infusion, avec un sens du détail à tomber par terre dans le bruit de l’eau versée dans la théière et le fumet subtil qui s’envole des tasses, le tout sur fond de musique traditionnelle aux inspirations occidentales légères (la bande originale est sans aucun doute celle que je retiens cette année, avec un thème principal en tout point enivrant). Dire que j’ai aimé ne rendrait pas justice à toute la fascination idiote qu’elle m’a intimé, épisode après épisode.

Cette ambiance palpable, crémeuse, ne serait rien si elle ne mettait pas en valeur les protagonistes de l’histoire, dont le développement est traité avec une intelligence remarquable tout au long de la série. Si on connaît le stéréotype du samuraï aux cheveux blancs de l’ère Edo (merci Gintama), difficile de placer un quelconque cliché sur les différents protagonistes tant ils sont développés, et intéressants. Le personnage principal lui-même s’impose comme une figure pathétique, parfois drôle mais touchante, qui dans une ode à la dépression et la faiblesse surprend, joue avec dimensions. Un aspect du personnage qui me fait un peu penser, dans un tout autre contexte, à Ookiku Furikabutte et le personnage de Mihashi, avec cette manière similaire de présenter la faiblesse comme le potentiel d’une force d’esprit considérable. Si l’action de Saraiya Goyō se déroule à l’ère des samuraï, ne vous attendez pas à trouver une série d’action et autres combats de katanas, quand bien même le synopsis s’y prête à merveille : la série, au contraire d’Arakawa, gravite autour du développement des personnages, de leur passé, de leur rencontre, de la fascination qu’ils s’évoquent entre-eux, et celle qu’ils nous évoquent. Les scènes d’action sont rares, dérisoires, et n’apparaissent que pour les besoins de l’intrigue, laissant la série déambuler dans une longue et envoûtante description du quotidien de ces personnages pleins de désillusions, désabusés et fatigués. Le design est à l’image de cet état d’esprit, avec des traits longs et étroits, et des décors inondés d’une lumière dans laquelle les protagonistes se noient facilement, on peut facilement faire le rapprochement entre cet accablement ambiant et celui dont on souffre très souvent aujourd’hui, comme si la série n’était qu’une retranscription de notre vie moderne sclérosée à l’ère Tokugawa.

Ce que j’en retiens : avant tout, une ambiance savoureuse, une subjectivité omniprésente qui vous embarque dans son intimité et fascine, appuyée par une réalisation et une musique parfaitement maîtrisés, la bande originale est une véritable perle. Une description du quotidien de l’époque plus réaliste et terre à terre que la majorité des productions qui mettent davantage en exergue des combats de cape et d’épée, une sorte de tranche de vie edoiste dont les personnages évoluent continuellement, et parfois du tout au tout. Et la fascination, l’intérêt qui se dégage de ces derniers, qui est le fer de lance de leurs relations comme de celle que la série noue avec le spectateur. Saraiya Goyō semble ne souffrir d’aucun temps mort, la série infuse avec une aisance on ne peut plus naturelle dans l’esprit pour dévoiler petit à petit l’étendue de son panel d’arômes subtils et séduisants. Un thé vert du plus grand cru.

Saraiya

Saraiya Goyō © FUNimation Entertainment

1. Shiki

Été 2010, 22 épisodes, Daume

Shiki

Décidément, cette année était placée sous le signe de Noitamina du côté de mes visionnages, la place prépondérante que les séries de la case horaire occupent dans cette sélection n’est pourtant pas volontaire, avec une saison printanière plus riche en oeuvres mémorables, mais revenons à nos moutons. J’ai adoré Shiki. Au départ intrigué par son visuel inventif, sa mise en scène pleine de bonnes idées et son intrigue fidèle aux moeurs quelque peu déroutées du thriller horrifique, je me suis petit à petit laissé envoûter par le subtil drame fataliste qui se dessinait sous mes yeux, ce dernier allant même jusqu’à se détourner du genre premier de la série pour dévoiler une approche bien plus captivante et intelligente de son sujet (les derniers épisodes atteignent des sommets en la matière dans une violence éthique incroyable). Shiki n’est plus finalement une série qui a pour vocation de faire peur, c’est une série qui nous démontre toute la condition humaine pathétique sans faire de privilégiés ni juger le bon ou le mauvais. La chute lente, misérable et inéluctable d’êtres assaillis par leur humanité, étouffés par le conditionnement social du huis clos que forme le petit village de Sotoba, et l’ombre qui l’inonde : la mort, brutale, impartiale, omniprésente.

Au delà de la mort qui se répand comme une épidémie et finit par consumer le village, ce sont surtout tous les habitants de ce patelin reclus à la Shirakawa-go (sans le patrimoine mondial de l’humanité qui va avec) qui forment la mosaïque de protagonistes de l’histoire, et dont on suit l’évolution tout au long de la série, sautant d’un point de vue vers un autre, s’autorisant accessoirement divers retours en arrière dans la narration. Un développement des personnages morcelé, “en vitrail”, qui permet d’établir de nombreux liens entre les habitants de Sotoba et leurs nouveaux venus servis par un charadesign instantanément identifiable, tous sans exception simples pions sur l’échiquier impitoyable de la survie. La survie, un des thèmes majeurs de la seconde partie de la série qui nous laisse le libre choix de savoir de quel côté nous allons de nous ranger, justifiant les actes des deux côtés par des arguments fiables, déterminants, justes qui s’affrontent dans un combat sans issue (on embraye sur le concept de sélection naturelle). Petite digression, j’ai d’ailleurs été pas mal surpris par le chauvinisme massif des critiques et commentaires au fil de la série, encensant la plupart du temps les actes insoutenables de nos pairs alors que la série ne cesse de nous répéter et de nous montrer que les monstres sont à la fois partout et nulle-part, la série se posant comme une réflexion sur les limites floues de ce qui fait d’un être humain un être sensible. La promesse de la vie éternelle dans l’enclos isolé d’un havre de paix, ça ne vous rappelle rien ?

L’un des passages qui m’a le plus marqué est cette scène légère d’une violence considérable où un groupe de femmes du village discute paisiblement, riant de la pluie et du beau temps… en empilant les dizaines de cadavres empalés de leurs voisins, le corps nonchalamment couvert de sang (je crois que “dérive” est le mot le plus approprié pour décrire la scène), il y a de quoi alimenter de nombreux débats quand à savoir le message critique qu’on nous transmet. Rarement un visuel seul m’aura paru être aussi patent, quand bien même il est servi par un design a priori on ne peut plus stylisé, ou peut-être bien pour ça (on s’attend forcément à trouver des scènes dures dans une série au design réaliste, ici ce dernier met l’accent sur les éléments les plus éloquents), l’intrigue prend une tournure surprenante dans des twists calculés. Le duo de personnages qui trône sur mon petit podium étant bien évidemment le couple passionnant que forment le prêtre Seishin et Sunako, unis dans leurs inspirations et leur mélancolie au delà de l’âge et des conflits. Leur histoire à la fois puissante et dérisoire distille petit à petit les tenants et aboutissants très justes de la série dans une nouvelle aux accents mystiques inspirée du destin funeste de Sotoba. Sunako est elle-même magistrale et touchante, les derniers épisodes m’ont là aussi convaincu de l’intelligence du développement des personnages et de l’excellente facture du travail de doublage, adapté à chaque personnage, et chaque drame implicite (la bande originale est elle aussi particulièrement bien implémentée dans la série, soulignant chaque passage important avec des thèmes mémorables). Je reprocherais simplement à la série un rythme parfois trop raide, et quelques points d’ombre dans ses derniers épisodes, un défaut que les deux épisodes bonus prévus pour la sortie des DVD viendront sans doute relativiser avec quelques précisions supplémentaires. Les paroles finales de Toshio concluent la série à merveille et sont à l’image de son déroulement tout entier (et ce sourire !).

Ce que j’en retiens : une autre série à ambiance qui a chamboulé mes émotions et a priori d’une main de maître, entre la parodie horrifique futée de premiers épisodes et les thèmes extrêmement violents de la seconde partie de la série, savamment orchestrée. Des personnages mémorables grâce à un design aux petits oignons, et une mise en scène pleine d’idées et d’inventivité qui souligne sans encombre les scènes les plus importantes d’une histoire fondamentalement défaitiste. Si je ne devais retenir qu’une série de mes visionnages de l’année 2010, ce serait sans aucun doute cette dernière, une oeuvre extrêmement forte, et dans un même temps on ne peut plus placide dans son déroulement. Mentions spéciale à la volonté de traiter du mythe du vampire sans jamais citer le terme tel quel, la série à l’élégance de ne pas céder aux clichés modernes du genre (si romance il y a, on est loin de la fascination déconsidérée qui l’entoure).

Shiki

Shiki © Aniplex, FUNimation Entertainment

L’ Outsider :

Hen Zemi

Été 2010, 1 OAD, Xebec

Hen Zemi

Hen Zemi © Starchild Records

Parce qu’on ne sait pas trop ce que fait Hen Zemi. On tape dans l’ecchi bien gras qui fait vendre, ou s’en moque-t-on ? Est-ce qu’il faut y voir une exploration consciente et sans tabou de la perversité, ou une énième histoire tirée par les cheveux n’ayant que pour finalité cette dernière ? Qu’est-ce qu’on veut nous dire, comment doit-on y réagir ? Kana Hanazawa et Ishida Akira se sont-ils égarés dans les couloirs de leur studio de doublage ? Les personnages sont-ils saints d’esprit, qui a volé leurs nez ? Une pléthore de questions qui trouveront une réponse une fois la série prévue au programme lancée, mais pour l’instant cet unique OAD est une vraie curiosité. Une curiosité étrange, dérangeante, déviante, qui fait invariablement froncer les sourcils et amène naturellement à l’emploi du WTF. Une curiosité à la fois fascinante et repoussante, mais une sacrée curiosité quand même. Âmes sensibles, s’abstenir.

Trophée du Grand Oublié :

Saikyō Bushō-den Sangoku Engi

Printemps 2010, 52 épisodes, Beijing Glorious Animation Co.

Three Kingdoms

Three Kingdoms © Top-Insight International Co., Ltd

Parce que manifestement tout le monde se fout d’une chronique historique produite en collaboration sino-japonaise, quand bien même Romance of the Three Kingdoms est une oeuvre universellement connue et reconnue (quitte à être massacrée de nombreuses fois par le support, Ikkitousen bruhuhum, Koihime Musō kof kof). Une nouvelle série qui rejoint les rangs des oubliés, avec notamment Porphy no Nagai Tabi et son adaptation passée quasiment inaperçue des Orphelins de Simitra en 2008, par Nippon Animation. L’oubli venant sans doute ici d’une adaptation fidèle au point d’en être pompeuse et d’une animation rigide au possible, on s’étonne à peine que les auteurs ajoutent une grosse dose d’ecchi pour vendre l’ensemble au public nippon.


Gen'

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mackie mackie ·  10 janvier 2011, 17:34

“Notez aussi que le classement n’a rien à voir avec la “qualité” des découvertes (j’irai me laver la bouche à l’eau de javel après avoir osé prononcé un tel mot), “
C’est bien ! ma propagande commence à rentrer ! :cool:

sinon, enfin un top (moi qui déteste ça) qui me donne envie de regarder des trucs. j’en connais pas un seul de nom. je retiens Yojō-han Shinwa Taikei et Rainbow, à mettre sur ma liste.

Vanadis Vanadis ·  10 janvier 2011, 18:05

Autant Ikkitousen c’est de la grosse chiasse pour otaques dégénérés, autant Koihime Musou reprend pas mal d’éléments des trois royaumes, et de nombreux clins d’oeil. Après c’est du genderswap et l’intérêt réside surtout dans l’adaptation des personnages avec l’histoire. Ça ne casse pas trois pattes à un canard mais je ne parlerai pas de massacre comme l’autre étron cité plus haut (il y a surtout une forte irrégularité entre les épisodes et les saisons).

Je déplore toujours autant l’absence de sub (sauf Commie qui a fait un épisode) pour Sangoku Engi, mais bon le public qui boude les adaptations plutôt fidèles des Trois Royaumes, c’est pas nouveau, Souten Kouro dans son genre n’était pas mal (pour une fois que Cao Cao n’était pas montré sous le trait de Luo Guanzhong et son “roman, merde quoi), une sorte d’ode à la virilité sous les traits du plus grand seigneur chinois.

Pizza Pizza ·  10 janvier 2011, 18:33

Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu as pu dire sur Shiki. C’est l’oeuvre la plus intelligente que j’ai pu voir sur les vampires en tout cas.

“La promesse de la vie éternelle dans l’enclos isolé d’un havre de paix, ça ne vous rappelle rien ?”
Tu parles du jardin d’Eden là, ou je suis totalement à côté de la plaque?

Amo Amo ·  10 janvier 2011, 23:09

Yeah je suis pas fou, B Gata H Kei est bien une oeuvre qui tire plus haut que je le pensais, j’inventais pas ça dans ma tête !

Super article, et je lance dès maintenant le chopage de Tatami Galaxy PARCEQUEFAUTPASDECONNERPLUSLONGTEMPS.

Gen' Gen' ·  11 janvier 2011, 12:27

Vanadis > J’avais pas mal aimé la première saison de Koihime Musou en dépit de ses tendances moe affirmées (Sei o/), mais on est encore loin de la grande épopée d’origine. Je suis passé à côté de Souten Kouro par contre, faudra que je corrige ça.

Pizza > Attention aux stalkers trop curieux, ça va spoiler grave. C’est sans doute de la bonne grosse surinterprétation, mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle au niveau du choix auquel sont confrontés les villageois : est-ce que finir en Shiki est si détestable que ça, si ça permet de vivre pour toujours en paix dans la petite autarcie qui se construit ? D’un certain point de vue, c’est un cadeau que Sunako offre au village, au delà d’une condamnation à mort, et on voit bien comment les villageois y ont répondu. D’un côté on essaie de ne pas faire de vagues, de l’autre c’est le carnage rituel en pleine rue, on est en droit de se poser des questions niveau légitimité. De ce fait, j’adhère aux choix de Seishin de bout en bout.

Amo > Ravi de voir que je ne suis pas le seul à voir plus qu’une simple comédie dans B Gata H Kei, que ce soit conscient ou pas elle a vraiment quelque chose qui la différencie d’une production lambda. Manque plus qu’une seconde saison, quoi :’)

Jevanni Jevanni ·  11 janvier 2011, 14:07

Vu ton top 5, je vais me matter shiki vu que je n’ai pas encore osé. Yojō-han Shinwa Taikei, on pourrait en parler des lignes et des lignes tout de même, surtout avec les deniers épisodes. :-)

Lu-sama Lu-sama ·  11 janvier 2011, 14:49

Je pense que tu m’as convaincue de reprendre Shiki. A la base j’avais vraiment trop de mal avec le chara-design, mais vu l’avis écrasant de la majorité je vais essayer de passer outre. :)

Contente de voir B Gata H Kei dans le top. ^^ J’en ai marre de ces comédies (ecchi) qui se contentent de tourner autour du pot sans jamais le lécher, là au moins c’était clair dès le départ, l’héroïne savait ce qu’elle voulait. Les situations dans lesquelles elle se retrouvait étaient cocasses mais franches, l’anime a bien tiré son épingle du jeu en se servant de cet aspect à la fois sérieux (le sujet c’est le cul chez une fille qui n’y connait rien quand même) et léger. L’une des meilleures comédies de cette année pour moi. :cool:

Gen' Gen' ·  12 janvier 2011, 11:49

Mais oui, n’hésitez plus, regardez Shiki ! *propagande*

mackie > J’avais oublié de te citer, je pense que Saraiya Goyou est aussi le genre de chose qui te plaira, ça se dévore à rythme régulier sans monopoliser l’emploi du temps, et l’intrigue posée est typiquement… adulte, j’ai envie de dire, un vrai petit bain de culture.

Bahatingle Bahatingle ·  12 janvier 2011, 14:55

J’avais matté Shiki mais c’était pas trop ça :p

Je réessayerai à l’occasion ;)

Pizza Pizza ·  15 janvier 2011, 16:03

Effectivement, j’avais penser la même chose sans pour autant faire le parallèle. Cela est peut être bien conscient de la part de l’auteure, j’imagine après tout qu’en bonne romancière elle s’est documentée sur son sujet et sur la culture chrétienne en général par extension, si elle ne s’y connaissais pas déjà. Et puis cette histoire de fratricide n’est pas là non plus par hasard.

Gen' Gen' ·  15 janvier 2011, 18:40

Fuyumi Ono a sans aucun doute fait des recherches sur le sujet (même pour Les Douze Royaumes, c’était assez évident au niveau de la culture chinoise). Je n’ai pas (encore ?) lu les novels, mais dans le manga le dessinateur expliquait en gros qu’il avait fait le tour du Japon pour prendre des clichés et arriver à ce rendu des décors photoréaliste, on peut attendre le même soin du détail de la part d’Ono, d’autant plus qu’elle adapte elle-même l’intrigue de ses novels, il y a fort à parier qu’elle sait ce qu’elle fait.

Le château occidental, le fait qu’ils parlent d’eux comme des démons avant de parler de vampires, et même qu’ils enterrent les morts à l’occidentale, c’est autant de perches tendues vers cette voie, le fantôme du Christianisme plane un peu sur l’ensemble de l’oeuvre :)

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