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Quelques minutes, le temps de se tailler un short...

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Temps de lecture :

1977 mots - 10 minutes

Mémo : Abattre à vue celui qui a proclamé que tous les billets d’un blog doivent avoir un titre.

Votre emploi du temps est surchargé, et vous n’avez plus le temps de vous adonner à votre passion préférée, le visionnage déraisonnable de séries animées bien trop longues ? N’hésitez plus, les courts-métrages d’animation sont fait pour vous… Et si ça ne vous prendra que quelques minutes par oeuvre, vous avez l’embarras du choix, et pourrez même finir par y passer des heures lorsque votre temps libre vous le permettra ! Le short, format idéal pour animer une idée sans la perdre de vue, et charmer le spectateur sans qu’il puisse avoir le temps de se lasser ? Après avoir fait un petit tour dans le grand monde des courts-métrages d’animation japonais (parmis beaucoup d’autres à venir sans aucun doute), notamment grâce à Helia et l’un des rares clubs véritablement utiles de MyAnimeList, The Shorts Club, jetons un oeil à ce qui m’a captivé, étonné, intrigué, amusé, et parfois davantage marqué qu’une  banale série animée :


Mizu no Kotoba / Studio Rikka (2002)

- Voir sur Crunchyroll

Ou la preuve en images qu’on peut caser beaucoup de choses en neuf petites minutes, c’est là qu’on constate une des caractéristique les plus importantes des shorts : chaque seconde est importante, pas de place pour le gâchis. Si la durée très courte est une véritable contrainte, on peut arriver à des résultats très étonnant lorsqu’on y prend ses aises. Mizu no Kotoba affiche un visuel bien à lui, des dialogues millimétrés pleins de punch, et se permet même de construire une vraie petite intrigue qui fait du pied à Isaac Asimov dans un labs de temps très court. L’idée de départ est toute simple : regrouper différents protagonistes dans un café, laisser la caméra sauter de discussion en discussion, et finir par faire converger tous ces points vers une même conclusion. Le résultat, très contemplatif, n’est pas dénué de charme, notamment grâce à la musique et aux couleurs très chaleureuses. Le short de Yasuhiro Yoshiura, sorti en 2002, peut être considéré comme l’ancêtre de la série d’OVA qu’il dirigera un peu plus tard et qui pousse le thème un peu plus loin : Eve no Jikan (l’ambiance et le visuel sont très similaires, tout comme les thèmes effleurés par Mizu no Kotoba). On retrouve la patte très particulière du studio dans le très contemplatif Pale Cocoon et un autre short un peu ovniesque, l’inquiétant Kikumana.

Tobira wo Akete / Studio 4°C (1995)

On respire un grand coup avec ce short très léger, plein de magie et d’innocence : Tobira wo Akete, qui nous raconte la nuit éprouvante d’une fillette très imaginative. Ah l’imagination, excuse idéale pour céder à des feux d’artifice de couleurs et de visuels déjantés, sans oublier d’en profiter pour étaler tout un bagage de performances techniques qui en mettent plein les mirettes. Le style des envolées de la fillette rappelle du Takashi Murakami, notamment dans Superflat Monogram, et l’utilisation répétée de pistes classiques rend un hommage triomphant à la force de l’imaginaire. Le design général de 4°C me rappelle aussi les fluximations qui illustraient l’album Exodus d’Utada Hikaru, avec cette même manie d’envoyer une quantité déraisonnable de visuels évocateurs sans l’ombre d’une interprétation à la clé, alors qu’à mon sens c’est toujours l’inconscient d’un individu qu’on y trouve, l’imagination véritable parle de quelque chose de bien précis à la base, elle ne sonne pas creux. J’aime assez l’idée du personnage qui se découpe dans les ombres des objets cela dit, c’est quelque chose qu’on a forcément connu lorsqu’on était enfant (sauf que je ne sais pas vous, mais moi je voyais plus des croque-mitaines que des gentils lutins dans mon placard, j’aurais limite préféré une fantasmagorie cauchemardesque style Yume Nikki à ce déluge visuel sans queue ni tête). D’ailleurs, en parlant de cauchemard…

Yoru no Hi / Saori Shiroki (2005)

… Ce short pourrait être l’un de ceux qui hanteraient mes nuits (surtout que le coup du papillon obsessionnel, mon inconscient me l’a déjà fait). Si quelqu’un a des théories à présenter sur l’interprétation de ce court, je suis prêt à me lancer dans les plus vifs débats pour tenter de saisir la moëlle charnelle de la chose. Un vieil homme, un enfant, un papillon qui donne des yeux à un visage endormi, une allégorie de la jeunesse, de la mort ? Et ce feu d’artifice qui explose dans un ciel noir, avec ce décor comme taillé dans le charbon. Plus qu’un court métrage, c’est une véritable peinture torturée qui se déroule sous nos yeux, je trouve le résultat assez fascinant. J’embraye donc sur un autre embranchement de mon exploration des courts métrages d’animation : les idées les plus simples sont à la fois les plus prolifiques et les plus envoûtantes (voir par exemple On the Glistening Snowfield de Kohei Ashiya, une production à base d’estampes visuellement superbe mais au sens pour le moins… obscur). Yoru no Hi ne raconte pas grand chose, l’animation chargée de Saori Shiroki nous offre un rendu on ne peut plus sobre mais assez superbe après coup, et le résultat laisse pensif. C’est comme si la plus grande évidence sensible s’offrait à nous sans qu’on puisse comprendre ce qu’elle veut nous dire. Après le langage des mots, s’agit-il de comprendre le langage de l’image ?

Aru Nichiyōbi no Hirusagari / Kōdai Tanaka (2008)

Qu’est-ce qui provoque une émotion qui vous touche vraiment lors de vos visionnages ? La sincérité, l’évidence, la simplicité d’une sensation pourtant insaisissable, incompréhensible ? Plein de légèreté et de fraîcheur, ce petit short sans prétention et le genre de chose que j’adore déguster sans modération : c’est simple, futile, mais ça sonne très juste, c’est dans ce genre d’oeuvre que je trouve mon bonheur, un éveil sensible qu’on doit aussi en grande partie à la musique de Takashi Tsukahara qui joue allègrement sur les constrastes, à la fois douce et émaillée d’accents électro plus abrupts. Et puis cette marche d’une grande banalité dans la rue qui fait naître une véritable jungle, qui donne comme la sensation que quelque chose de puissant se produit sans qu’on s’en rende vraiment compte, dans notre dos. Doit-on encore y voir un appel à l’imagination, ou une simple performance visuelle sans véritable fondement ? Une chose est sûre : il y a quelque chose de superbe dans ce très court métrage, et ça se produit comme ça, spontanément, sans que quoi que ce soit vienne compléter l’animation. L’ensemble me fait assez inexplicablement penser aux compositions sensibles d’Hajime Mizoguchi, peut-être à cause de ces inspirations primitives en toile de fond d’une sensibilité moderne affirmée. L’animation est un medium passionnant en cette possibilité qu’elle nous offre de mettre en image nos rêves, notre inconscient confus, pour en faire une réalité et laisser aux autres le soin de déduire ce qui en ressort.

Jumping / Osamu Tezuka (1984)

Osamu Tezuka a réalisé plusieurs courts métrages caractérisés par une inventivité hors norme, de Push qui met en scène le dernier homme sur Terre dans un monde où tout lui est dû, à Onboro Film qui parodie les production animées américaines du début du siècle avec toute la technique qui va avec (saviez-vous que Tezuka travaillait même sur une adaptation animée de la Bible ?). Mon petit préféré reste cependant Jumping, qui présente une idée simpliste d’abord au service d’une performance technique (le jeu de perspective engendré par les sauts répétés et croissants d’un enfant) et ne manque pas de servir les idées de son créateur en présentant une sorte de cursus du progrès de l’humanité qui finit dans le seul endroit qu’elle est trop effrayée de visiter pour se rendre compte qu’elle s’y enfonce d’elle-même jusqu’au coup. Magistral, dans la forme comme dans le fond.

Man and Whale / Koji Yamamura (2007)

Le grand monde des courts métrages abonde d’étrangetés (Koji Yamamura s’y connait d’ailleurs en la matière avec des choses un peu louches comme Atama Yama), mais il a aussi son lot de belles histoires. Man and Whale nous plonge dans une relation entre homme et baleine à la Moby Dick, et nous raconte comment un vieil homme nourri par la mer règle ses comptes avec son passé. L’histoire est très simple, le short… court, mais la musique et les visuels crayonnés soignés ne manquent pas de nous plonger dans le récit. Le short a été utilisé par Greenpeace pour faire valoir la défense des baleines après des japonais, alors que le métrage offre un message en demi-teinte : il incite au respect d’un sacrifice nécessaire plus qu’à son abolition totale. La patte de Koji Yamamura est évidente, même si on lui doit quelques productions plus inspirées, l’histoire du Vieil Homme et de la Mer ayant déjà fait ses preuves à de multiples reprises (je cherchais une occasion de placer l’oeuvre d’Hemingway pour citer l’adaptation d’une vingtaine de minutes The Old Man and the Sea issue d’une collaboration Russe, Canadienne et Japonaise et réalisé entièrement à base de peinture à l’huile sur verre par Alexander Petrov, le résultat est vraiment superbe, d’autant plus que l’oeuvre est ponctuée de visuels euphoriques et de compositions inspirées - encore un DVD de premier choix à acquérir -).

C’est tout pour cette première session d’exploration du court métrage japonais, d’autres viendront sans aucun doute compléter l’expérience (je suis déjà tombé sur de sacrés perles d’étrangeté, on se rend vite compte que le milieu est très expérimental), en attendant vous pouvez toujours laisser aller votre curiosité au gré de la longue liste de shorts qui sont à votre disposition, et constater encore et toujours à quel point les oeuvres que vous croiserez sont variées et originales. Un petit dernier pour la route, et pour repartir sur quelque chose de plus léger :

Out of Sight, une production de trois étudiants de la Taiwan National University of Arts qui mise encore une fois sur le pouvoir de l’imagination, mais cette fois avec un petit détail capital qui donne tout son charme et son sens à l’oeuvre. A bientôt pour de nouvelles aventures au delà du réel !


Je me sens obligé d’éditer le billet pour vous diriger avec courtoisie vers un autre billet qui aborde le sujet en creusant plus profondément dans le domaine du court métrage indépendant au Japon, de quoi se mettre d’autres petites merveilles méconnues sous la dent. C’est ici que ça se passe.


Gen'

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Lu-sama Lu-sama ·  19 janvier 2011, 16:11

Merci de m’avoir fait (re)découvrir l’existence de ces petits bijoux d’animation trop bien cachés. Je ne saurais dire lequel m’a le plus touchée, mais celui qui m’aura le plus impressionnée est sans aucun doute Jumping, absolument fantastique du début jusqu’à la fin.

Petit bémol pour ce qui est de Tobira wo Akete, peut-être un peu trop classique, mais néanmoins très agréable à regarder.

Par contre Yoru no Hi… Je n’ai pas la moindre idée de ce que peut être l’idée en question. Peut-être la curiosité de contempler le monde avec les mêmes “yeux” que l’enfant… Ce court-métrage est obscur, dans tous les sens du terme. ::wtf:

Gen' Gen' ·  19 janvier 2011, 17:29

Je te rejoins pour Tobira wo Akete, j’aime surtout l’idée de départ et l’utilisation de la musique classique, mais le court n’en fait pas grand chose, on se contente de visuels un peu randoms et de couleurs criardes, l’imagination a bon dos. C’est ce côté un peu vain que je voulais souligner en parlant de la différence entre imagination sensible et grand n’importe-quoi insensé. C’est d’autant plus dommage que ça pourrait donner quelque chose de très bon si on ajoutait un fond plus consistant à l’idée de base.

Yoru no Hi (夜の灯, “Une lumière dans la Nuit” ?) m’évoque une sorte de tableau de Munch animé en fait : c’est torturé, sombre, le visuel souffre, ça a un côté malsain et on ne sait pas trop pourquoi, peut-être parce qu’on est face à des symboles qu’on est incapables d’interpréter. Le papillon est sans doute un symbole de la jeunesse oui, mais il reste quelque chose de très pesant et obscur sur l’oeuvre…

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