Hop, j’inaugure encore une catégorie que je voulais créer depuis un bon bout de temps : la fiction en prises de vue réelles, incluant mais ne se limitant pas au cinéma (pas forcément asiatique, pas nécessairement occidental non plus) et aux séries dans une moindre mesure (là aussi, pas forcément américaines ni télévisuelles). C’est donc Terry Pratchett qui inaugure la section, avec une adaptation de ses Annales du Disque-Monde par la chaîne anglaise Sky One, et en particulier la mise en image de son vingtième roman des annales, Le Père Porcher (Hogfather en VO). Une satyre brinquebalante de nos fêtes de Noël, qui s’intéresse derrière son humour burlesque à l’identité réelle de notre gros bonhomme jouflu qui distribue moult cadeaux aux enfants gâtés que nous sommes, cette personnification malmenée mais tenace qui témoigne de cultes hivernaux millénaires, et nous rappelle que le retour cyclique du printemps n’a rien de gratuit.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - OH, OH, OH.

Et pendant ce temps, le Japon traverse l’une des plus graves crises de son Histoire, remercions-le pour les oeuvres et pensées que sa culture moderne et traditionnelle nous transmettent en faisant un petit don pour soutenir sa population, et en continuant à lui rendre hommage au travers de nos écrits et centres d’intérêt.

C’est la nouvelle récente d’une adaptation libre en série télé de Au Guet ! (en VO : Guard! Guards!), huitième volume des Annales du Disque-Monde (voyez ça comme une sorte de Les Experts : Ankh-Morpork, les épisodes de la série s’inspireront apparemment du roman pour proposer des intrigues originales autour d’enquêtes policières “thaumiques” dans la capitale du Disque-Monde, avec la participation pleine et entière de sir Terry Pratchett cette fois), qui m’a donné envie d’écrire un petit quelque chose sur les premières adaptations issues de cet univers luxuriant, et en particulier la tantôt adorée, tantôt lapidée Hogfather (titre traduit pour une inexplicable raison en français Les Contes du Disque-Monde, le fameux Hogfather étant le Père Porcher des romans en français, l’équivalent disquemondais de notre Père Noël). M6 a par ailleurs eu la bonne idée de diffuser l’adaptation de manière épisodique il y a quelques temps, bien que le mauvais goût de faire ça en période de Noël, alors que l’oeuvre propose justement une déconstruction du mythe de Noël derrière ses faux airs de conte bon-enfant. Mais passons.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - Dans un ensemble lointain de dimensions récupérées à la casse, dans un plan astral nullement conçu pour planer, les brumes stellaires frémissent et s’écartent…

Autant le dire tout de suite : ceux qui ne connaissent pas l’univers de Terry Pratchett s’y perdront quelque peu, partagés entre l’abondance de concepts abracadabrants (à commencer par le personnage de La Mort, QUI PARLE AVEC UNE PROFONDE VOIX CAVERNEUSE et est de sexe masculin, à l’étonnement général) et l’absence totale de présentation de l’univers et des personnages, qui peuvent laisser le spectateur néophyte face à une sorte d’overdose accentuée par les accents comiques de l’ensemble. Il faut apprendre à lire entre les lignes pour déceler les thèmes bien réels et on ne peut plus sérieux que l’auteur aborde au travers de ses romans, cette adaptation de grosso modo trois heures est leur digne héritière, bien que simplifiée pour le passage à la moulinette cinématographique (ce que j’admet très volontiers, un film ne peut pas avoir la précision d’un roman, et ne devrait même pas s’y essayer sous peine de méchamment s’y casser les dents). C’est pour tout ça que je conçois surtout ce Hogfather comme un complément visuel bienvenu à l’univers de l’auteur, plus que comme une manière de le découvrir (il y a aussi le fait que l’histoire des personnages dépasse largement le contexte du film, ce dernier ne les développant donc qu’en partie, je pense notamment à Suzanne).

La lecture de la saga du Disque-Monde est largement préférable dans ce cas-là, il n’y a encore que cette dernière qui puisse rendre justice à la profondeur de son univers. Dans le genre détail burlesque qui part de bases on ne peut plus sérieuses, on peut par exemple citer *inspire profondément* le monde en disque posé sur le dos de quatre éléphants juchés sur la carapace d’une tortue qui vogue dans un espace intersidéral décidément très animé *reprends son souffle*, une cosmologie singulière qui renvoie à la mythologie indienne, le disque lui-même étant une parfaite image de notre planète représentée sous la forme d’une planisphère en disque : Pôle Nord au centre (le milieu est donc couvert de glace), et points cardinaux associés : Nord en direction du centre (Moyeu), Sud en direction du bord (Bord), Ouest dans le sens des aiguilles d’une montre (Axe), Est dans le sens inverse (Contre-Axe). Voyez que ce qui pourrait s’apparenter à un monde halluciné né de vapeurs d’herbes sèches repose en réalité sur des bases on ne peut plus solides, de quoi appréhender d’un oeil bien plus attentif les incongruités qu’on rencontre au fil de nos péripéties sur le Disque-Monde.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - Voyez… La Grande A’Tuin apparaît, elle fend d’une brasse paresseuse l’abîme interstellaire…

Mais oublions un peu la Grande A’Tuin et ses compagnons à trompes faramineuses pour nous concentrer sur les enjeux du film, qui nous propose plus une digression dans la pensée de Pratchett qu’une énième histoire de monde en péril. En effet, ce n’est pas le Disque-Monde qui est menacé ici, la tortue céleste filant bon train vers son frai, mais plutôt le simple imaginaire des hommes. C’est la Veillée du Porcher (Hogswatch en VO) le principal continent du Disque-Monde ripaille et les enfants sont couchés dans l’attente fébrile des cadeaux que leur portera le Père Porcher durant la nuit. Mais quelque chose se trame dans les sombres ruelles d’Ankh-Morpork, ou plutôt derrière l’une des portes de ces couloirs atrabilaires : un visiteur tardif (et transparent) rend visite à la Guilde des Assassins. La prime est conséquente, la cible immanquable : cette nuit, le Père Porcher doit mourir. Comment tuer une représentation anthropomorphique supposément immortelle ? Le dernier assassin convoité de la Guilde, quoi que manquant sérieusement d’élégance dans ses forfaits, a bien une petite idée sur la question.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - Vous prendrez une tasse de thé ?

C’est ainsi que le cinglant Leureduthé (prononcer : Le-re-dou-té, Teatime en VO) se lance dans l’ambitieuse mission, incarné par un Marc Warren juste à en faire pâlir d’envie le personnage original (cette voix !). Pendant ce temps, une gouvernante finit de se débarrasser des croque-mitaines qui hantent caves et dessous de lit pour mettre deux bambins au lit, en leur jurant qu’ils n’auront pas de cadeaux s’ils ne croient pas au Père Porcher. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’un peu plus tard dans la nuit, ce n’est pas un cochon barbu qui descend de la cheminée, mais un crâne grisonnant à la voix remontant de mille tombeaux séculaires (doublée par un Ian Richardson plutôt persuasif en VO) vêtu d’un manteau rouge et d’une barbe - si ouvertement fausse que le spectacle en est pathétique -. Un visage squelettique on ne peut plus familier, puisque Suzanne (Michelle Dockery) est la petit-fille attitrée de la Mort, et semble avoir génétiquement hérité de certaines de ses facultés. Où est le Père Porcher ? Quelle folle entreprise Leureduthé met-il sur pieds ? Et que peut bien faire La Mort avec cet accoutrement  ridicule, à distribuer des millions de cadeaux par la fabuleuse et pratique courbure de l’espace-temps que lui offre la Veillée du Père Porcher ? Des questions auxquelles Suzanne se trouvera bien embarrassée de devoir trouver réponse.

Ce que m’a toujours captivé dans l’oeuvre de Terry Pratchett, c’est cette faculté qu’ont ses histoires à s’articuler autour de l’humour pour finalement toucher un point sensible chez le lecteur, ce qui tend à engendrer à la fois surprise et émotion. J’ai par exemple en tête les péripéties de Rincevent et de Deuxfleurs dans le temple tout en huit du sombre et tentaculeux Bel-Shammaroth (Lovecraft, est-tu là ?), ou la quête initiatique d’Eskarina et sa matrone, Mémé Ciredutemps (ça ne s’invente pas), où on se prend à sourire de leur caractère conflictuel jusqu’au moment où l’étincelle d’émotion éclate, soulignée par des questionnements on ne peut plus fondés. On y parle entre autres de dualité entre connaissances scientifiques et savoir empirique de tradition, de féminisme et de mathématiques, je me demande d’ailleurs si il ne faut pas voir dans le titre du roman un pied de nez au roman Le Septième Fils des Chroniques d’Alvin le Faiseur, d’Orson Scott Card (qui a aussi écrit le génial Cycle d’Ender), mais c’est une autre histoire. L’adaptation du Père Porcher respecte scrupuleusement les thèmes du roman original en parlant quand à elle de Noël et des personnages clés de l’enfance, des peurs primales de l’enfance distillées notamment dans les contes et de la faculté qu’ont les hommes à croire et imaginer, le Père Porcher étant la clé de voûte de ces différents thèmes.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - Suzanne en compagnie des plus hauts gradés de l’Université de l’Invisible, en plein brainstorming : comment désaouler l’Oh Bon Dieu des Gueules de Bois ?

Sous son air bon-enfant et grognon, le personnage nous est présenté comme la figure tragique par excellence, bafoué par l’avancée des âges au gré de l’abandon des traditions et prisonnier d’un combat désespéré pour exister sur le Disque-Monde (notez tout de même qu’il vit dans un Château d’Ossements, c’est assez significatif). Autant dire que la gentillette histoire de Noël prend parfois des airs de drame lourd de sens, certaines phrases très justes de Pratchett tombant comme une guillotine pour constater l’étendue des dégâts en pointant du doigt le spectateur (les répliques de La Mort font partie des plus cultes), même la musique très soignée de David A. Hughes, très proche des compositions de Danny Elfman pour Tim Burton, souligne par moments cette toile de fond condamnatoire : l’Homme ne croit pas pour supporter son existence difficile, il croit parce que c’est ce fait même qui fait de lui un homme, pour paraphraser La Mort.

De manière générale, le film est doté d’arguments excellents pour un téléfilm, l’univers du Disque-Monde étant plutôt bien retranscrit pour ce qu’on peut en voir (on pourra toujours débattre du setting médiéval ou victorien et du physique des personnages, mais lorsque chacun se fait une image bien précise d’un univers dans sa tête, il est forcément impossible de contenter tout le monde et il faut à un moment donné finir par faire un choix), le point noir étant un rythme assez peu entraînant en première partie (sans doute parce que le film est d’abord un amalgame de scénettes en tous genres). Heureusement, les choses s’arrangent pas la suite, notamment grâce aux mages truculents de l’Université de l’Invisible (quelques-uns des hommes les plus intelligentes du monde il paraît, accompagnés d’une intelligence artificielle mécanique, on est bien lotis) et des personnages secondaires comme l’Oh Bon Dieu des Gueules de Bois, malencontreusement créé durant les évènements et incarné par un Rhodri Meilir tellement crédible dans son rôle que le personnage fait immédiatement mouche. Faut dire qu’il a la tête de l’emploi, comme un de ces joyeux lurons anglais qui aurait fait le tour des pubs de Londres en reniflant au passage des poudres pas forcément catholiques, sauf que le pauvre est condamné à vivre pour l’éternité dans l’état latent d’après-fête qui suit (la fête en elle-même étant réservée à son pendant, le Dieu du Vin du Disque-Monde). Étonnamment, le personnage de moins présent de l’oeuvre, roman et films inclus, est le Père Porcher, qu’on cherche et convoite si longtemps que la quête tourne à l’effort vain.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - Le Père Porcher renoue avec ses racines solaires…

Dès lors le Père Porcher, démiurge hivernal en perdition, renoue avec ses racines dans la peau d’un sanglier sauvage chassé par les loups cartésiens, sa mort à l’essoufflement conduisant au retour du Soleil comme un sacrifice au solstice d’hiver réanime la marche des saisons. Cette tradition, liée notamment à la fête des morts d’automne et l’arrivée de l’hiver, engendrera les fêtes qu’on connaîtra dans l’Antiquité Romaine sous le nom de saturnales, posant le Père Noël comme une véritable divinité liée à la renaissance du Soleil, Saturne - ou Cronos en Grèce -, roi des Titans et père des dieux qui reste en sommeil durant le reste de l’année. Cette image atypique de notre Père Noël hurlant sa frustration au levant lui donne une dimension très touchante, et quand on sait qu’il a réellement été condamné par l’Eglise et brûlé sur le parvis de la cathédrale de Dijon en 1951 pour son influence païenne croissante, on se dit que Terry Pratchett n’est pas si loin de la vérité. Sous bien des aspects donc, l’auteur lui rend justice, et ma foi, ça nous change, c’est pas Coca Cola qui a amélioré son image par le passé (il l’a popularisée, au mieux), ni tous les films moralistes qu’on se tape en fin d’année. Pourtant, même La Mort semble ne pas échapper au raz de marée de bons sentiments qui frappe les fêtes de Noël, dévoilant une facette plus intrigante du personnage qu’on découvre davantage au fil des romans. Peut-être parce que c’est à ce moment là que les petits mensonges prennent le pas sur les gros ?

La Mort, qui tient d’ailleurs un rôle non négligeable dans cette histoire, et son implication va au delà du recyclage simple de divinités : elle fait partie intégrante du processus de renaissance, elle incarne toute la puissance anéantissante de l’hiver et donc le besoin de retrouver la verdure printanière (même à une échelle strictement technique, la vie se construit nécessairement autour de la mort d’autres êtres vivants, voyez la terre même, l’humus). Le personnage étant l’un des éléments le plus important de ce cycle, c’est donc tout naturellement qu’il se retrouve opposé au machinisme brutal de ceux qui veulent se débarrasser du Père Porcher, et en vient à prendre sa place pour le sauvegarder. La Mort, après tout, n’est qu’une représentation comme une autre, un autre mythe qui obsède les pensées humaines, la silhouette placide, à la fois menaçante et rassurante, qui vous tend une main frêle de psychopompe. Qu’arriverait-il si La Mort elle-même venait à mourir, quelle forme de désir resterait-il aux hommes sans la peur qu’elle leur induit ?

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - La Mort, personnification anthropomorphique par excellence, et parmis les plus grandes obsessions de l’humanité.

Cette peur qui gouverne nos vies et nous guide dans tous les choix qui la composent, Terry Pratchett la met en scène sous la forme des croque-mitaines, créatures qui alimentent les cauchemars des enfants (l’image de l’armoire au visage murmurant est assez évocatrice dans Hogfather, je suis certain qu’on a tous plus ou moins tremblé et donnant vie à un objet on ne peut plus inanimé). Ces monstres qui se cachaient sous votre lit et vous obligeaient dans un élan désespéré à y sauter pour vous coucher, de peur que quelque chose se mette à agripper vos pieds, ce placard entre-ouvert qui semblait abriter un quelque chose qui vous observait d’un oeil noir, ces silhouettes qui dansent dans le noir et dessinent d’étranges formes sur les murs et plafond, au fond, qui sont-ils, si ce n’est des créatures imaginaires qui nous protégeaient des réalités froides de l’âge adulte ? La peur est l’un des ingrédients les plus importants du sentiment de croire, qu’on croie en une quelconque entité supérieure en vadrouille dans le cosmos ou en des valeurs universelles qui sont, au final, tout aussi illusoires. Le Père Noël lui-même trouve dans ses origines l’image du croque-mitaine puisque selon les traditions antiques, Saturne/Cronos a dévoré plusieurs de ses enfants pour contrer une prophétie qui contait sa chute face à l’un d’eux. Présage qui se réalisa forcément lorsque Zeus/Jupiter survécut grâce à un subterfuge de sa mère, il obligea ainsi son père à recracher toute sa progéniture cannibalisée. Charmant. Au Moyen-Âge, les croque-mitaines se faufilaient même par les cheminées, perçues comme des véritables portes d’entrées pour diverses forces maléfiques, pour offrir des cadeaux aux enfants ou les punir, le syllogisme avec le Père Noël et le Père Fouettard n’est certainement pas un hasard, l’image rassurante ayant peu a peu pris le pas sur le monstre (même le Père Fouettard a disparu aujourd’hui). Puis le christianisme transforme l’entité en saint par le biais de plusieurs personnages célèbres canonisés dont Nicolas de Myre, alias Saint Nicolas, une image toute religieuse qui ne s’est jamais réellement imposée dans les foyers, d’où les méthodes relativement extrêmes que l’Eglise a employé plus tard, toujours sans succès, faisant du Père Noël la figure païenne la plus persistante de notre époque.

Terry Pratchett nous invite donc aussi à accepter cette terreur panique qui fait partie de nous et marque notre enfance au fer rouge, à accepter d’être effrayé sans rejeter les figures qui éveillent en nous ces émotions (la dernière scène du film, avec des enfants qui s’amusent d’une Mort qui mange tranquillement quelques biscuits, est à l’image de cette idée), pour tout simplement croire, et être humains. Puisque comme La Mort le dit si bien, et je cite : “YOU NEED TO BELIEVE IN THINGS THAT ARE’NT TRUE. HOW ELSE CAN THEY BECOME?”, avec toujours la même voix à faire claquer les couvercles de tombeaux ancestraux (le rythme de la phrase est assez fabuleux à entendre, et percutant). Ce que l’auteur critique vivement au travers de cette histoire à dormir debout, c’est donc avant tout la victoire de la logique sur l’émotion et les représentations du monde moderne, ce machinisme à l’excès qui conduit l’homme à sa perte, à fuir son humanité plus qu’il ne l’aide à trouver des réponses à son propos. On aura beau expliquer que les lois de la gravité et de l’atome régissent l’univers, décrire la réaction chimique la plus infime à l’échelle de Planck au cataclysme galactique le plus gargantuesque dans la toile cosmique, jamais on ne pourra dire pourquoi de telles règles existent de manière indiscutable. Je serais d’avis de dire, parce que que là n’est tout simplement pas notre place, quand bien même c’est dans notre nature de nous demander incessamment “pourquoi ?”. Parce qu’au final, la réalité n’est que ce que l’on veut bien qu’elle soit.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Sky One - Fatal Error. Please reinstall Universe.

Le jour où l’Homme saura tout, s’il est possible que ce jour vienne, est à mon avis le plus triste que l’humain aura connu et marquera sa fin, puisque dès lors l’humanité n’aura plus rien à apprendre, et se confrontera à un insondable néant dans lequel elle ne pourra que sombrer, chaque avancée de la science nous rapprochant de ce destin funeste et nous apportant davantage de monotonie. Encore une idée que Pratchett met fort bien en avant avec ses dimensions des Basses Fosses emplies d’engeances chiroptères toutes lovecraftiennes qui s’attellent à envahir la réalité lorsqu’on frôle d’un peu trop près ses fondements. Que vous approuviez ou ayez envie d’alimenter le débat, vous constaterez qu’on peut aboutir à un questionnement on ne peut plus important en prenant pour base… le Père Noël, c’est un peu l’exercice auquel Terry Pratchett se prêt à chaque nouveau roman en jonglant avec les figures humoristiques, autant de satyres et de pastiches symboles d’arguments bien réels. Lorsque vous verrez ce gros monsieur souriant sur une affiche ou dans une vitrine, pensez à la longue agonie de cette entité millénaire, au sanglier dévoré par les loups, avant de vous demander ce qui pourrait bien vous attendre sous votre sapin, elle vous en remerciera profondément. Grâce à ça, vous assisterez au spectacle du lever du Soleil chaque matin, et y verrez plus qu’une boule de gaz en fusion qui arrose quotidiennement le monde de ses photons. Elle est là, la vraie magie.

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Terry Pratchett’s Hogfather © Stephen Player - Concept Arts pour le film : Le Père Porcher, la salle du trône du Château des Ossements, et la Grande A’Tuin.