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[N(y)oël 2013] Music no Chikara 2004-2014 : le pouvoir *sonore* d'une décennie d'animes - Partie 1/2

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Temps de lecture :

9626 mots - 48 minutes

Merry Christmas

Merry Christmas ! #blaguede2004 - via Pixiv

NAVIGATION RAPIDE : 2004 - 2005 - 2006 - 2007 - 2008

SANS INTEGRATION DE VIDEOS YOUTUBE : RIGHT HERE

Les feux de cheminée crépitent, les sapins s’élèvent et s’habillent de lumières, les journées sont courtes et la nuit du solstice traque les promeneurs solitaires pendant que les familles cherchent le réconfort près du feu : pas de doute, l’hiver est bien là, avec ses airs de petite fin du monde, et cette appréhension furtive de voir revenir les premiers bourgeons. Pendant qu’un gros barbu secoue l’espace-temps pour poser un cadeau au pied de chaque sapin, ou poser son gant chaud sur la joue de ceux qui n’ont même pas un sapin pour s’abriter, quelques dizaines de doigts s’agitent sur leurs claviers pour raviver en symphonie la flamme qui réchauffe nos cœurs. Le sujet cette année : la musique dans les animes, dans tout ce que ça englobe.

Etant donné que j’aurais du mal à parler de tout ce que ça englobe tout seul, cette année je vais en quelque sorte transformer mes bilans des curiosités - que j’alimente tant bien que mal - en bilan de mes surprises musicales de la dernière décennie, en choisissant mon lauréat pour chaque année. Sont inclus génériques, bandes originales, seiyuus et tout ce qu’il y a d’audible dans un anime. Récupération vous dites ? Je vous répondrai sens pratique. C’est pas la première fois que je suis invité à participer, mais n’étant pas très copain avec les délais (EDIT : LA PREUVE) j’avais préféré m’abstenir, c’est l’occasion ou jamais de renouer avec mes joyeux camarades aniblogueurs cette fois-ci. Et puis ça me permet de ne pas laisser le blog se fossiliser. Non pas que les idées et sujets manquent, mais force est de constater que je n’écris plus de billets interminables avec le même enthousiasme. Peut-être qu’il suffira d’un déclic pour que ça recommence, on verra ça. Peut-être même qu’il suffira d’un sujet qui me motive à écrire. Peut-être même que je couve ça en ce moment même. Bref.

Ah, et joyeux solstice d’hiver/Noël/Hanoucca/Samain/etc. Célébrons, sacrifions une biche, toussa.

Fil rouge des participants (à dérouler sans modération):

- Exelen : [Noël 2013] Le Anison Grand Prix
- FFenril : [Noël 2013] Anisons & Animes
- Amo : Top 9 des génériques d’anime de 2013
- Axel Terizaki : [Blogging de Noël 2013] Ces anisongs que des humains normalement constitués peuvent écouter
- Sheba : 5 compositeurs qu’un fan novice se doit de connaître
- [Réclamez votre mention oubliée !]

2004 : Yuki Kajiura - The year that started it all

Je l’ai réalisé en préparant ce billet, 2014 est une date un peu particulière pour l’amateur d’animation japonaise que je suis. Il y a environ dix ans, j’ai découvert le milieu du fansub et toutes ces séries qui arrivaient chez nous par des moyens plus que contestables. Je ne me suis jamais vraiment impliqué dans le milieu, mais je sais que je dois une grande partie de mes premières émotions au travail d’une poignée de gens qui s’acharnaient à produire un travail de qualité dans la masse de teams de fansub qui existaient à l’époque (le nom Nerae revenait souvent, ou Chikyuji-animes et une poignée d’autres dont le nom ne me revient pas). J’avais bien découvert les joies des dessins animés japonais par l’intermédiaire du Club Dorothée et de la Cinquième, comme tout le monde, avec des choses comme Dragon Ball, GTO, Nadia et Escalfowne, mais ce n’est qu’à ce moment là que c’est devenu un hobby à part entière, et surtout que j’ai eu envie d’en parler, de partager avec des gens qui appréciaient eux aussi ces oeuvres incomprises venues d’ailleurs et de tenter d’initier ceux qui y étaient étranger à leurs qualités.

Dix ans plus tard, et une pelletée de séries dévorées, au début sans se soucier de leurs auteurs, et puis de plus en plus par l’intermédiaire de DVD et de plateformes légales (en passant par une boude définitive du fansub français pour se tourner vers la production anglophone), c’est avec une certaine émotion que je jette un regard en arrière. Beaucoup de ressentis à même les oeuvres, mais aussi beaucoup de rencontres, d’alchimies éphémères, et d’erreurs, de choses que je ne ferai probablement plus de la même manière aujourd’hui. Au final, je n’ai pas grand chose à penser de l’amateur d’animes que je suis devenus, je n’ai pas l’impression que mes goûts aient évolué tant que ça depuis l’époque. J’aimais les montagnes russes émotionnelles, j’adorais être bouleversé par le vécu et les drames d’étrangers au travers de cette manière si franche et directe de raconter des histoires, j’y ai laissé quelques larmes. J’aime toujours ça aujourd’hui, et j’y vais encore occasionnellement de ma petite larme. Le temps m’aura simplement appris à apprécier la technique en plus de la sensibilité des productions.

Mon regard est plus dur aujourd’hui, maintenant que je sais ce qui se cache dans les coulisses des séries animées, que je connais le train de vie difficile que subissent ceux qui doivent livrer des dessins dans un temps record, ou que la société japonaise a perdu de son mystique. On est bien loin du rêve que nous décrivent les univers colorés des séries animées, mais à l’occasion, la magie opère encore. J’entends souvent des amateurs d’animation dire que les animes ne les intéressent plus, validant à l’occasion tout un tas d’idées reçues qui considèrent que les dessins animés nippons sont débiles et puérils. De mon côté, je n’arrive pas à m’en lasser. Même si je m’en éloigne quelques mois, il y a toujours un moment où la magie opère à nouveau. que ce soit par l’intermédiaire d’anciennes séries ou de diffusions en cours. En ce moment, c’est Kill la Kill, il y a eu beaucoup d’autres de ces moments avant, et il y en aura autant à venir. Ces pour ces moments là que même lorsque je ne blogue pas, je persiste et je signe : j’aime l’animation japonaise. J’ai aimé tout ce qu’elle m’a donné, et rien que pour ça je ne pourrai jamais arrêter de l’aimer. La vie fera son oeuvre comme elle l’a fait pendant ces dix dernières années, et ces moments de plaisir resteront toujours quelque part dans un coin de ma tête.

Pour tous ces souvenirs qu’elle me rappelle, ces moments de chaleur et ces larmes versées, la première lauréate de cette liste est sans hésitations Yuki Kajiura, compositrice légendaire qui a travaillé sur de nombreuses bandes originales de séries animées, de Mai HiME à dot hack//SIGN, et a fait des merveilles sur Xenosaga II et III (miam !). Elle a depuis perdu de sa superbe, mais son travail sur Madoka m’a récemment rappelé son heure de gloire et replongé dans ses productions mythiques sur des séries et ses collaborations avec See-Saw et FictionJunction. Mai HiME et l’un des premières séries animées que j’ai suivi au fil de sa diffusion, et si les années de visionnages ont rendu l’expérience moins fabuleuse que ne le laissait l’entendre la première fois (Mai HiME est un sous Utena, point), le nom de la compositrice m’évoquera toujours cette fraîcheur de la découverte. Yuki Kajiura m’a ouvert les postes d’un univers si vaste que j’y voyage toujours aujourd’hui, au gré des curiosités et de mes humeurs. Et puis, avec un prénom comme la neige qui colle si bien à la saison et la thématique du projet, je ne pouvais pas trouver mieux. Merci Yuki !

2004, c’était aussi en vrac Kurau : Phantom Memory, avec son générique plein de chaleur et sa bande originale (les “Kurau !” de Christmas résonnent encore dans ma tête), Paranoia Agent, que j’ai finalement vu beaucoup plus tard, le poétique Hi no Tori, le difficile mais précieux Koi Kaze, la fresque shounen violente Tenjo Tenge (qui n’a toujours pas vendu ses motos), le surprenant et génial Midori no Hibi (oscar de l’idée de série la plus farfelue), les légendaires Monster et Samurai Champloo, l’ancêtre de Little Witch Academia Mahou Shoujo Tai Arusu, le violemment addictif Gantz et son Super Shooter, l’echo puissant de la voix d’Angela dans Fafner, les excès gores et romantiques d’Elfen Lied et son Lilium qui prend toujours aux tripes des années après, la tendre épopée sucrée-salée de Nanoha et son inoubliable générique signé Nana Mizuki, les folies déjantées de School Rumble. Dans le même esprit, c’était aussi pour moi les grosses tranches de rire de Jungle wa Itsumo Hare nochi Guu sorti plus tôt en 2001 (et qui mérite toujours sa suite !). En résumé, une année glorieuse pour s’initier à l’animation japonaise !

 

2005 - Savage Genius - Le mensonge du générique

Avouez, vous avez tous regardé Elemental Gerad pour son générique (des chercheurs tentent toujours de déterminer l’orthographe exacte du nom de la série). Il se produit obligatoirement quelque chose lorsqu’on cherche des séries à se mettre sou la dent. Au fil des recherches, on tombe sur des génériques qui nous plaisent, et ce sont eux qui motivent notre décision finale de voir ou laisser de côté une série qui nous est totalement inconnue. Ajoutez à ça une phase de découverte durant laquelle on se dit naïvement que toutes les productions du monde se valent et sont excellentes, on aboutit à un florilège de déceptions. Elemental Gerad est l’incarnation même de ce phénomène : j’adore l’opening de la série, il est irréprochable tant au niveau de la musique que de la réalisation, pourtant je n’ai pas du tout apprécié la série en elle-même, ce générique, c’est même tout ce que j’en retiens. La série a aussi le mérite de m’avoir fait découvrir Savage Genius, un groupe qui a composé plusieurs génériques de séries et reviendra probablement plus tard dans le billet. Archétype du générique parfait si parait que sa série n’arrive pas à délivrer derrière, l’opening d’Elemental Gerad est un modèle du genre, l’un de ces qui devraient figurer dans tous les tops de génériques of all time qui se prennent un temps soit peut au sérieux. Et curieusement, l’année 2005 fut riche en expériences de ce genre, ce qui témoigne de mes longues recherches et d’un ralentissement dans mes visionnages par rapport à une année 2004 abondante en diffusions et découvertes d’oeuvres plus anciennes.

Il y a un générique qui m’a particulièrement marqué en 2005 : l’opening Shuffle!, la série qui m’a en quelque sorte initié aux plaisirs corrosifs des yandere. Oh Kaede, ne me regarde pas avec ces yeux là, je me souviens bien de toi et de la fameuse scène du cutter accompagnée de ce petit morceau oppressant. Le fait d’expliquer le comportement de femme au foyer parfaite du personnage par l’intermédiaire de ce flashback cruel lui donnait une certaine profondeur. Depuis, je me méfie naturellement des femmes qui cuisinent bien, font bien le ménage et sont gentilles avec tout le monde. En particulier dans les séries animées. Une ambivalence humour/drame qu’on retrouvera à son apogée dans School Days pour le pire, et qui trahissait déjà le spectateur dans d’autres séries quelques années plus tôt avec Kimi ga Nozomu Eien. Définitivement, l’année 2005 a prouvé que les séries animées japonaises savaient être bien plus matures que leurs homologues occidentaux, et que je ne m’y intéressait pas en vain.

Plus discrètement, c’est aussi en 2005 qu’Emma s’est illustrée dans sa romance qui traverse les classes sociales avec une paire de génériques qui sont au moins aussi élégants que le personnage. Il aura fallu attendre quelques années pour que je tombe à mon tour sous son charme tout anglais. C’est aussi à cette année que je dois l’un de mes shounens préférés, et l’un des rares que j’ai dévorés jusqu’au bout : le trop méconnu Law of Ueki (mais ça, c’est sans doute parce que c’est un écolo), je garde un souvenir intact de ses combats et sa bande originale qui les illustrait au poil. Même que c’était beaucoup mieux que MÄR, qui peut retourner jouer à la MÄRelle. Lol.

Autre série marquante : Basilisk. La ton dramatique de la série sur fond de combat de clans de ninjas à l’ère d’Edo était un régal pour moi, le coup de coeur fut immédiat même si avec du recul la série ne fait pas le poids face à un Ninja Scroll. Les souvenirs des deux génériques étant très liés, je suppose que c’est aussi à cette époque que j’ai regardé Gokudo, série loufoque de 1999 dont le générique me hante encore aujourd’hui, et qui met en scène le plus génial anti-héros de tous les temps. Je suis passé à côté d’un bon nombre de séries cultes, ou n’ait pas spécialement adhéré à elles comme pour Shakugan no Shana diffusée à l’été 2005, dont j’ai tout de même gardé un excellent souvenir du premier opening (encore une preuve du pouvoir trompeur de ces séquences), mais la série m’aura au moins fait découvrir l’excellente Mami Kawada, ce qui est une bonne chose. Et prouve qu’en plus d’être une porte ouverte sur une série, son générique est aussi une fenêtre de choix pour les artistes et interprètes qui s’y exposent.

L’été 2005 fut aussi illustré par Shaft! et son Pani Poni Dash! que je n’ai jamais vraiment compris, et une autre romance des plus banales, bien contemporaine cette fois : Suzuka. L’opening donne à la série l’air d’avoir 10 ans de retard sur la production de l’époque (20 ans aujourd’hui donc), mais c’est pour une raison que la raison ingore l’un des génériques de série animée qui m’a le plus marqué. Son air revient souvent dans un coin de ma tête sans crier gare, et me donne envie de chanter à tue tête : STARTO LAAAAAAAAAYN ! Je n’ai jamais été friand des séries centrées sur une romance, d’autant plus quand celle-ci est banale comme pas permis et coupée net (JE SAIS, ça continue dans la manga, mais la première impression est la même !), mais la simplicité de cette série m’avait beaucoup plu à l’époque. Et alors que Nanoha cassait la barraque avec A’s, en même temps que le nouveau générique de Nana Mizuki, une poignée d’autres bien belles séries ont ponctué la fin d’année : l’univers secret merveilleux de Mushishi, et sa bande originale tout aussi merveilleuse de simplicité et de justesse par Toshio Masuda (Excel Saga, Mahoromatic, Ghost Hunt), le ratage en beauté Mai Otome à l’univers néanmoins génial qui nous a offert un Crystal Energy sympa et une insert song très jolie (qui essaie très dur d’être comme l’irremplaçable It’s only the fairy tale de Mai HiME chanté par le personnage d’Alyssa Searrs, l’une de mes égéries animées secrètes).

2005, c’était aussi Rozen Maiden : Traümend, seconde saison de la seule série qui me fait écouter du Ali Project sans saigner des oreilles, Blood+ et son opening beaucoup plus cool que la série elle-même (c’est devenu une habitude depuis), le génialissime Noein dont le générique est pour une fois à la hauteur de la série, et l’excellent opening des OVA Murder Princess, tellement bon que les épisodes en eux-mêmes ne lui arrivent pas à la cheville. A ça s’ajoutent une poignée de génériques de fins qui m’ont agréablement marqués, comme celui de Solty Rei et le sublime morceau de Mayumi Gojo dans Xenosaga : The Animation : deux séries parfaitement dispensables (même si je persiste à dire que Solty Rei possède le meilleur épisode piscine de tous les temps). Encore une année très riche en découvertes donc, auxquelles viennent s’ajouter des curiosités des années 2001/2/3 que je serais incapable de replacer chronologiquement dans mes visionnages.

2006 - Hajime Mizoguchi - Atmosphères…

Je considère l’année 2006 comme l’une des plus riches que l’animation japonaise ne nous ait jamais offert, un grand cru pur et simple. Non seulement les production y étaient nombreuses et variées, mais des séries passionnantes se cachaient dans ses moindres recoins. Il devient si facile dans ces cas là de passer à côté de tant de choses, parce que qu’on ne peux humainement pas tout voir, et qu’il vaut mieux prendre le temps de consommer les oeuvres pour les appréhender à leur juste valeur. Cette année là, le succès écrasant de Suzumiya Haruhi était l’arbre qui cache la forêt, l’industrie avait atteint une apogée qu’elle entreprend encore de descendre à l’heure actuelle. Bon, j’exagère peut-être un poil, mais cette année là contient quelques-uns de mes meilleures expériences du medium, et surtout un bon lot de curiosités.

Pour ce round, l’élection était truquée puisque je me devais de citer le travail d’Hajime Mizoguchi sur Jyu Oh Sei, qui est à mes yeux l’une des meilleures bandes originales d’anime jamais réalisées (2006, année de tous les superlatifs), mais aussi très paradoxalement l’une des plus mal utilisées par la série en elle même. Pire, la bande originale CD ne contient même pas tous les morceaux du compositeur, de ce fait certains morceaux ne sont jamais sortis de leur utilisation dans la série, alors que tous, et je dis bien tous sans exception, brillent lorsqu’on les écoute en solo (White OUT, View Crystal, Love’s a Cradle, Maybe a Lion, Mother of Hug, merde quoi, des films de space op peuvent rêver d’avoir une BO pareille). Prenons un exemple concret : ce morceau, Floating Soul. Il est pour ainsi dire utilisé une seule fois dans la série, en arrière-plan à un volume très bas, pendant que les personnages discutent par dessus. Quel sort cruel, pour un morceau si chaleureux et reposant ! Je refuse de parler de talent gaché, puisque les morceaux sont superbes malgré tout, mais on tient là l’une des oeuvres les plus réussies de Mizoguchi, aux côtés des grands Jin Roh, Please Save my Earth et ses participations sur Escaflowne. Pourtant, sur une série si courte au potentiel certain mais au scénario expédié, tout le travail de Mizoguchi ne brille pas. Et ça, c’est absolument terrible pour un artiste. Tout ce qui fait le sel du compositeur est là : des airs de violoncelle à t’en déchirer les reins (Who Am I), des sonorités tribales en veux-tu en voilà qui renvoient à son tout premier album solo, Halfinch Dessert (Girafe and the Moon), le gars s’est donné à fond sur ce projet. LA perle méconnue de sa carrière, le compositeur a réalisé son rêve… à l’abri des regards. Bref, je ne hurlerai jamais assez fort mon amour pour Hajime Mizoguchi (voir son travail sous-estimé sur la BO d’Escalfowne).

Autre bande originale marquante de l’année 2006 : celle d’Higurashi no Naku koro Ni, par l’infameux (ça sonne vraiment terriblement mal en français) Kenji Kawai. Le monsieur offre à la série une atmosphère musicale lourde et très dense dans laquelle on se noie à loisir, en particulier dans la première série, où les questions s’entassent encore plus vite que les cadavres sans qu’aucune réponse semble vouloir nous éclairer. On accompagne doucement les personnages dans cette folie qui les conduit à commettre les pires atrocités dans ce huis clos sanglant où tout le monde est votre ennemi… en particulier vos meilleurs amis. La série ne pouvait pas rêver meilleur compositeur pour ombrager ses mystères, et ce qui a démarré comme une petite production sound novel amateur est vite devenu une série culte. A l’inverse de Jyu Oh Sei, voici l’exemple typique d’une BO simple parfaitement mise en lumière par une série : les pistes sont bien utilisées et mémorables, tout comme les dialogues et éclats vocaux inoubliables de certains personnages… au point que ça se transforme en véritable meme. C’est le travail des doubleurs qu’il faut saluer de ce côté là, toujours au point dès qu’il s’agit de prêter sa voix à un psychopathe. Je suis sûr que derrière les variations d’intonations délirantes se cachent un plaisir fou de jouer de sa voix, l’interprétation est décidément une forme d’art à part entière. L’année fut riche en terme de bande originales dignes d’intérêt et de performances d’interprétation mémorables, notamment du côté de Death Note avec la BO inoubliable d’Hideki Taniuchi et la performance… singulière de Mamoru Miyano.

Cet été, la saison 2 de School Rumble continuait de me faire rire aux éclats, Ouran High School Host Club jonglait avec les clichés pour mon plus grand plaisir (KISS KISS) et Gintama posait les bases de son empire à grands renforts d’absurdités et de génériques qui dépotent. Magikano me faisait aussi bien rire, j’ai gardé un très bon souvenir de cette petite série qui ne manquait jamais une occasion de se moquer d’elle-même et de ses propres clichés. Kamisama Kazoku m’a aussi beaucoup amusé, et comme toutes les bonnes comédies, m’a offert quelques moments d’émotion bien sentis en fin de série. Côté génériques, 2006 était marquée par la touche faussement occidentale de Monoral sur l’opening fabuleux d’Ergo Proxy, Levy et la clique du Black Lagoon défouraillaient leurs premières cartouches à l’écran, FictionJunction YUUKA signalait sa présence au travers de l’excellent générique de la moins excellente dot hack/ROOTS, Olivia Lufkin nous délivrait une performance mémorable sur les insert song et génériques de l’épopée romantico-punk Nana. Le Hare Hare Yukai de la Mélancolie devenait plus fédérateur que la quenelle, et Miwako Okuda revenait d’entre les morts pour nous livrer l’opening du Chevalier d’Eon, alias Charles de Beaumont, légendaire françois réputé pour être si beau qu’il se confondoit à loisir dans la cour du roy avec les atours d’une courtisane. Cela fait depuis son superbe ending sur GTO et son poignant Shizuku que je n’avais pas entendue l’artiste sur une série, et ça faisait très plaisir de retrouver celle qui reste à ce jour l’une des artistes japonaises à la carrière la plus éphémère, mais aussi l’une de mes favorites. Mais où es-tu, Miwako ? Le générique de fin du Chevalier d’Eon, Overnight par AYA, est aussi l’un de mes grands préférés toutes années confondues, il rivalise sans problème avec le générique d’Ergo Proxy à mes yeux (en particulier dans sa version longue). I’m a sucker for rocker girls.

2006, c’est aussi le remake de Kanon par Kyoto Animation, qui est à peu près la seule production Key que je peux voir sans saigner des yeux à ce jour (pour être exact, sans avoir l’impression qu’on me tire les larmes de force pour me vendre une paire de DVDs). Plus discrètement, le Ghost Hunt de Fuyumi Ono - ne pas confondre avec Ghost Hound - s’y est aussi illustré (son générique donnerait de l’impact à n’importe-quelle soirée Halloween avec des déguisements en carton), Negima!? faisait des étincelles avec son opening et brillait beaucoup moins sur la série en elle-même, c’est assez choquant lorsqu’on a les manga pour comparer à côté, et NHK ni Youkoso nous offrait l’un des meilleurs génériques de tous les temps, purement et simplement (avec beaucoup de CONSPIRATIONS).

En fin d’année, une autre curiosité marquante a pointé le bout de son nez : Red Garden. Peu de personnes se souviennent probablement de cette série aux fortes inspirations shoujo à la direction artistique peu commune, loin d’être déplaisante à mon goût, une série assez unique en son genre. Si le style et les personnages étaient bien résolument shoujo, l’intrigue ne tournait en aucun cas autour des triangles amoureux et aventures romantiques de la belle panoplie de protagonistes féminins. L’histoire se déroule en Amérique, dans une école four filles renommée, alors que nos héroïnes se retrouvent plongée bien malgré elles dans une sombre conspiration et des batailles incessantes qui tiennent du pur shounen, voir du seinen. Sans spoiler bien loin dans l’intrigue de la série, on leur apprend qu’elles sont mortes, et ont seulement été ramenées à la vie pour accomplir les volontés troubles d’une organisation. Les voilà du jour au lendemain forcées de défaire leurs tors en combattant à main nues les bêtes féroces que sont devenus les hommes qui sont tombé sous les expérimentations de la société.

La série parle d’amitié, de vie scolaire, mais aussi et surtout de mort, d’identité, de jeunesse et de vie éternelle. Je me souviens qu’à l’époque, le premier épisode de la série avait fait parler de lui parce qu’une des héroïne, démolie par la disparition de son amie, noyait sa détresse en chantant son chagrin, à demi-voix. Beaucoup de remarques tournaient à l’époque autour de la technique maladroite et des fausses notes de la chanson, alors qu’au contraire cette scène m’avait justement particulièrement marqué pour sa simplicité, loin des insert-song parfaites qu’on trouve dans la plupart des séries. La voix brisée de Kate mettait parfaitement en exergue sa détresse, la justesse étant loin d’être le souci du personnage à ce moment là. Et ça aussi, ça fait partie des performances à saluer chez un seiyuu : la musique n’était pas là pour vendre des disques, mais pour illustrer le désespoir d’un personnage qui n’est pas un chanteur professionnel dans le contexte de l’intrigue. Le générique jazzy de la série, aussi sympathique en entraînant soit-il, rendait assez mal de l’esprit de la série en la faisant passer pour un Sex and the City animé, alors que sa bande originale très orchestrale et dramatique la rapproche plus d’une tragédie. Comme pour faire un pied de nez aux critiques, la piste tant décriée est sortie dans la BO en mieux chantée. Aurait-il fallut utiliser cette version dans la série pour autant ? Je ne pense pas.

Pour finir ce tour de l’année 2006 qui n’en finit plus, c’était aussi l’adaptation de xxxHolic qui n’a pas pris une ride, telle une Yuuko ensorceleuse, un Air Gear totalement oublié qui était quand même plutôt cool, et une poignée de séries qui m’ont offert des morceaux très secondaires dont je me souviens pourtant avec beaucoup de tendresse : Asatte no Houkou, dont j’avais déjà parlé ici (encore un générique à ajouter à mon grand top subjectif des génériques qui m’ont marqué à jamais), et pour finir avec des choses tellement adorables qu’on veut les ramener chez soi, le générique trooooop choupi #pleure #pleure #larmes #larmes de Shinigami no Ballad et Mamiko Noto sur l’ending envoûtant de la seconde saison de Jigoku Shoujo. On notera que je suis totalement passé à côté du phénomène Code Geass, c’est encore le cas aujourd’hui, et je n’ai pas l’impression d’avoir loupé grand chose.

2007 - Kenji Kawai - L’épopée fantastique

Comme 2006, 2007 a vu naître quelques-uns de mes all time favourites. Relancée par une année 2006 dynamisante, l’industrie nous a offert de vraies petites perles dont on se souvient encore aujourd’hui, et qu’on revoit toujours avec autant de plaisir, des oeuvres singulières et intemporelles qui ne souffrent pas des affres du temps et inspirent. La première d’entre elles est Seirei no Moribito, adaptation imparfaite et incomplète (donnez-moi au moins Yami no Moribito !), mais une aventure magnifique que j’ai vécu une seconde fois tout récemment. Kenji Kawai remet le couvert sur la série et délaisse les atmosphères lourdes pour des morceaux épiques et imposants, à même d’illustrer les péripéties de Balsa et les divers protagonistes qui mènent leurs propres combats, et unissent petit à petit leurs forces dans dans la prise d’armes de Balsa, l’érudition millénaire de Torogai ou la méthodologie scientifique de Shuga. Le travail est digne d’un long métrage, un long métrange de 26 épisodes qui souffre certes d’un rythme irrégulier, mais ne manque pas de lignes de lectures et de messages. Je ne développerai pas davantage ici, c’est prévu pour un autre billet. Bientôt (*tousse*). L’opening faisait un peu tâche au milieu de ce monde médiéval au début, et puis finalement je le trouve inoubliable aujourd’hui. Je repartirais presque pour un troisième tour.

Il s’en est passé de belles choses en 2007. Gurren Lagann a enflammé les PASSIONs avec son animation déjantée, sa BO signée Taku Iwasaki avec ses fabuleux Pierce through the heaven! et Libera me from hell, son epicness en mode ascenseur et malgré ce qu’on aurait pu en attendre, la montagne russe émotionnelle que la série devenait parfois (coucou épisode 8, bisoux Nia), bref, on connaît tous le refrain par coeur, c’était grand. Et si vous n’avez pas encore tenté le coup, je vous conseille de mettre de côté vos idées reçues, d’oublier tout ce qu’on pu vous en dire, de vous lancer et d’apprécier le spectacle. Il y a quelque chose d’humain qu’aucune fanbase ne pourra jamais vous communiquer dans Gurren Lagann, une très belle aventure.

Le thème principal de Gakuen Utopia Manabi Straight! est un gros coup de coude dans les côtes de Retour vers le futur. Si ça ne suffit pas à vendre la série, rien ne pourra le faire. Et puis ce n’est pas totalement gratuit vu que la série se déroule dans un futur proche, et développe ses propres idées autour du futur pas très rose du système scolaire. J’étais parti pour un série à club de loli lambda, j’ai été accueilli par un orchestre, des fanfares, une série qui a une personnalité et une volonté qui tranche radicalement avec l’humour de la série (c’est important), je suis reparti avec plein de souvenirs, des larmes dans les yeux et quelques-uns de mes meilleurs moments de l’année. Qui plus est, les personnages sont très attachants, et leurs character songs sont un petit régal (Mei et Rule de MY Chisujo, Aya Hirano delivers). Manabi Straight! est une série empreinte de nostalgie, des années plus tard l’école en ruine est encore inondée par les souvenirs de ces moments que les personnages y ont vécu, de leur combat pour avoir le droit de croire en l’avenir. Même si celui-ci est plus sombre que ce qu’on veut à tout prix en espérer.

J’ai continué à rire en 2007, au travers de quelques séries au capital sympathie énorme comme Lovely Complex, pas le genre de série que j’aurais été tenté de regarder d’habitude, mais je me suis laissé charmer sans problème. Plus notablement, j’ai retenu Oh! Edo Rocket comme ma grande comédie de l’année, comédie intelligente bourrée de punch servie par une direction artistique du feu (d’artifice) de dieu. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un scénario intéressant qui se permet de prendre de l’ampleur au delà de tout ce que j’en attendais, et, comme toute les bonnes comédies encore une fois, d’avoir ses moments de sérieux qui ne prêtent plus trop à rigoler. Cette année là, Angela a remis le couvert depuis Fafner avec Heroic Age, un space “soap” qui n’aura pas marqué sont temps mais qui est l’un des rares survivants de son espèce à ne pas se focaliser sur des mechas et des beaux gosses, j’avais plutôt aimé la série, même si c’est une grosse planète jovienne de potentiel gâché (ça leur apprendra à enclencher la fusion de Jupiter). 2007, c’était aussi Darker Than Black, Claymore (Berserk au féminin ?), l’ovni Shigurui qu’il faudrait que j’ai le courage de continuer un jour, c’est un peu la série la plus austère de tous les temps mais ça ne manque pas d’intérêt (ce qui la rapproche d’Aoi Bungaku), et AH AH School AH AH Days AH AH AH.

Il y avait aussi la seconde saison indispensable d’Higurashi - et je ne dis pas ça à la légère, la première n’a aucun intérêt sans la seconde (ne commencez surtout pas par la seconde non plus, pauvre fous), en plus Naraku no Hana fait un second excellent générique après le premier plus stressant. Higurashi : WTF is happening ? Higurashi Kai : Now the game is on. Le génie de la série étant de te faire croire que le héros de la première saison est le héros de la série. Au jeu de l’intrigue coupée en morceau que je te laisse recoller à loisir, le grand gagnant reste Baccano!, qui arrive à ne pas être lourdingue lorsqu’il ne se passe rien de choquant à l’écran. Là aussi l’opening n’est pas du tout représentatif, mais Isaac et Miria sont des personnages tellement géniaux que je leur pardonne et que j’en redemande. Et puis c’est tellement jazzy, comment est-ce qu’une série pourrait être plus cool ? Note pour la suite : les trains, ça pue pour les personnages de séries animées, et de fiction en général - on en reparlera en 2008.

Parfois, je regarde le premier épisode d’une série et repart avec l’impression d’avoir vu tout ce qu’elle a a offrir, aussi bon soit-il. Ce n’est pas vraiment le cas de Tokyo Majin puisque j’ai vu toute la première saison, mais la série en elle-même ne m’a pas marqué plus que ça. Ce dont je me souviens comme si c’était hier en revanche, c’est du premier épisode qui est une vraie petit merveille - une chasse aux monstres sur fond d’Hiver de Vivaldi, avec une mise en scène impeccable et une présentation silencieuse des personnages et de l’univers de la série. Ça donnait envie d’en voir plus, mais maintenant que j’en ai vu plus j’ai uniquement gardé en tête ce moment où j’avais envie d’en voir plus. Peut-être que la série mériterait une seconde chance à l’occasion.

Le générique de Bokurano m’a aussi beaucoup plus marqué que la série elle-même. Avec du recul, je préfère de très loin le manga à son adaptation, mais le générique de Chiaki Ishikawa, qui sait y faire dans ce domaine, colle parfaitement à l’esprit de l’oeuvre originale. J’ai du coup plus envie de le voir comme un générique à lancer dès qu’on ouvre un volume du manga qu’une simple extension de l’adaptation beaucoup trop courte, donc nécessairement limitée. Ce UNINSTALL, UNINSTALL~ m’évoque plein de choses et me hantera pendant longtemps. Lorsqu’on est à bout, lorsqu’on ne supporte plus les fardeaux que nous imposent l’existence, qu’on est inondé par l’émotion et qu’on ressent le besoin compulsif de se libérer de tout, comme si l’univers se repliait sur lui-même et se concentrait sur notre caprice, il n’en résulte qu’une chose : la destruction implacable de tout ce qui nous entoure. Pourquoi sauver un monde si terriblement injuste, pourquoi considérer qu’il vaut mieux que l’autre monde que ces enfants condamnent implicitement ? Si on donnait à chaque homme les moyens d’écraser la planète entre ses doigts, le monde connaîtrait 7 milliard de fins similaires. Comme l’écrivait Yuki Kajiura dans Key of the Twilight : les augures de la destruction sont une berceuse pour la renaissance. La renaissance d’un monde meilleur, cette notion de “meilleur” étant le problème majeur des bienfaiteurs et héros. Le héros qui cherche à sauver le monde est celui qui détient le pouvoir de le détruire pour en faire un endroit où il n’y a plus rien à sauver, plus rien à sacrifier, plus aucune raison de souffrir. Et tout le paradoxe est là, puisque vivre c’est souffrir. Merci Joseph Campbell.

En vrac, 2007 c’était aussi Afro Samurai, Deltora’s Quest (un générique classique que j’apprécie particulièrement et une petite série sympathique), le très serious business Moonlight Mile, le musical Nodame Cantabile (je voudrais bien en dire du bien, mais j’ai jamais pris le temps de voir la série en entier, résolution de 2014 ?), le génial retour de Savage Genius en collaboration avec Yuki Kajiura sur le générique du bien pourrave El Cazador de la Bruja, cas flagrant de générique menteur, l’apparition d’un Hitoshi Sakimoto sauvage sur la BO de Romeo x Juliet, j’en ai parlé y’a pas longtemps, Idolmaster Xenoglossia dont j’apprécie vraiment beaucoup l’ending (les génériques qui commencent avant la fin de l’épisode, c’est la classe ultime), la seconde saison aussi enthousiasmante que la première d’Emma et son générique revu à la sauce celtique, Dennou Coil que je n’ai plus la place de mentionner mais dont j’avais vanté les mérites ici, Potemayo qui était vraiment trop adorable et a fait naître des lois contre les dessins animés trop adorables dans le monde entier (ce qui explique nos dessins animés à la con), Minami-ke dont il n’existe qu’une saison, Sayonara Zetsubou Sensei ou Shaft! qui fait un truc bien, et ef : a tale of memories ou Shaft! qui fait un truc merveilleux. Quand même, ce générique est une petite merveille, un court métrage à part entière. Ah zut, faut que je vous mette aussi un extrait pour illustrer ça du coup. Pourquoi pas la meilleur scène de tous les temps ?

Cette scène, c’est un de mes plus grands moments devant un anime. Pas de mouvement, du texte. Le son fait tout le boulot, avec le jeu de voix magistral d’Hiroko Taguchi. Sa version d’Euphoric Field est aussi ma préférée, elle tourne souvent dans un coin de ma tête. Les gens joyeux me rendent triste, leur joie est un masque posé sur leur détresse. J’ai vu ça en vrai trop de fois, je n’arrive pas à oublier. Remballe ton drama, Clannad ! Ah tiens, j’avais oublié Clannad.

2008 - Natsumi Kiyoura - Quand on parle du loup…

Si je devais garder une série en 2008 et effacer toutes les autres de l’espace-temps, ce serait Spice & Wolf. Les mauvaises langues diront que c’est déjà ce qui s’est produit, le temps fait son oeuvre. Bon, disons que je garderais la moitié de Space & Wolf, et la moitié de Kaiba. Bon, un tiers de Space & Wolf, un tiers de Kaiba et un tiers de Nijuu Mensou no Musume (ce qui suffit amplement). Et un tiers de Casshern Sins aussi. Laissez tomber, je suis incapable de me résoudre à un choix. C’est comme quand je fais des tops, si c’est pas au moins un top 50, je suis perdu. Imaginez ce qu’il se produit lorsqu’on me pose des question restrictives comme “C’est quoi ton film préféré ?”, “Quel genre de musique t’aimes ?”. Dans le second cas, mon interlocuteur est fossilisé avant d’avoir entendu la fin de ma réponse “Oh, l’Histoire de la musique remonte à plusieurs millénaires sais-tu, les racines de la musique classique remontent aux chants grégoriens…” “Ta gueule”. De quoi on parlait déjà ? Ah oui, Spice & Wolf, j’aime beaucoup. Ça parle d’une époque que les moins de 200 ans ne peuvent pas connaître. Et apparemment il y avait des déesses louves au caractère bien trempé. Et je n’ai pas grand chose à ajouter, j’avais dis deux mots sur la série et sa saison 2 ici.

Ce qui faut à tout prix comprendre avec l’animation japonaise (et l’animation en général, d’ailleurs), c’est que l’habit de fait pas le moine. On ne peut pas juger une oeuvre uniquement sur sa direction artistique, ou plutôt si, on peut vu que quoi qu’elle dise, elle jongle avec les images, mais il ne faut pas le faire trop vite en le rapprochant de ce qu’on connaît. Je n’ai jamais eu l’occasion d’écrire un mot à propos de Kaiba, et c’est pourtant pas l’envie qui m’en manque. Mais c’est une opération très délicate, et en écrivant simplement ce que je ressentais en ayant vu la série à l’époque, je n’en aurais jamais assez dit. Graphiquement déjà, la série en impose. C’est un style qui nous vient droit des premier pas de l’animation au pays du soleil levant, un style qui rappelle celui d’Osamu Tezuka (j’avais évoqué les courts métrages du monsieur il y a quelques temps), et pas extension les premiers pas de l’animation américaine. Kaiba est une série qui nous vient tout droit d’un autre temps, c’est le cas de le dire.

Mais le parti pris de la série n’est pas tellement de jouer aux vieux cons et d’envoyer balader le tsunami naissant du moe, le but est plutôt de souligner le fossé qu’il peut y avoir entre une direction artistique légère et un sujet très lourd et mature. La série aborde différentes thématiques, notamment au travers d’une série d’épisodes indépendants dans un road movie spatial dans un futur tellement lointain qu’il a tout d’irréel. Les corps physiques n’ont plus aucun sens, plus aucune limite, tout ce qui compte, c’est la mémoire. L’individu est réduit à une capsule enfoncée dans un pantin, et il est malléable à loisir, car das les frontières des âges la science a aboli les siennes : les sentiments se vendent, les corps se remplacent, se trafiquent et les esprits demeurent. Sous ses airs de joyeux dessin animé pour enfants, Kaiba évolue dans un monde dystopique où mort, honnêteté et libre arbitre sont un mythe d’un autre temps. Kaiba est entièrement et unilatéralement crapsaccharine. Si Seirei no Moribito était un long métrage en 26 épisodes, Kaiba est un court métrage en 11 épisodes. Avec des musiques inoubliables, et les génériques célestes de Seira Kagami. Mais passons au dernier tiers…

Nijuu Mensou no Musume est vraiment une série qui m’a pris par surprise, la curiosité absolue que je n’ai pas vue venir, que j’ai commencé sans y croire, et à laquelle je suis resté scotché jusqu’au bout (et j’en voudrais bien plus encore !). D’ailleurs je me rends compte aujourd’hui que la série est très appréciée, elle mérite vraiment sa toute petite fanbase. Lupin des temps modernes, Vingt Visages (le Nijuu Mensou du titre) est un bandit de grand chemin et de grandes valeurs qui monte les coups les plus étincelant au vu et su de tous, véritable David Copperfield de la Cambriole, accompagné d’une joyeuse troupe de bandits aux grands coeurs. Chiko (la Musume du titre, interprêtée par nulle autre qu’Aya Hirano) se retrouve un jour embarquée en leur compagnie alors que sa belle famille tente de s’en débarrasser de façon pas propre du tout pour une crasse histoire d’héritage. Abandonnée sans famille ni endroit où vivre, elle rejoint la troupe des voleurs et devient vite l’apprentie de Ving Visages et vivra moultes péripéties en leur compagnie… Mais la série délaisse très vite le format des épisodes stand alone pour devenir une série à scénario divisée en arcs qui en font voir à notre pauvre Chiko des vertes et des pas mûres. Ce morceau. CE FUCKING MORCEAU. 5 ans plus tard c’est toujours aussi frais, je ne m’en suis pas remis.

Après Baccano!, la malédiction des trains frappe encore. Ne montez jamais dans un train si vous êtes un personnage de fiction, depuis le crime de l’Orient Express c’est signer votre arrêt de mort. La série gagne accessoirement mon award du franponais 2004-2008 avec son interprétation de C’est la douce loi des hommes de Paul Eluard. Chiko s’en sort quand même nettement mieux que Vingt Visages. La version OST est même absolument parfaite.

2008, c’était aussi la quête d’identité post-apocalyptique de Casshern, beau gosse androïde tourmenté qui erre dans un monde peuplé de robots qui a survécu aux hommes. Accusé par la terre entière d’être coupable de la ruine inéducable du monde, il erre dans les paysages désertiques pour trouver des réponses, comprendre les tenants et aboutissants d’un crime qu’il n’a pas le souvenir d’avoir commis. Une série qui a elle aussi l’air de débarquer d’une autre époque, avec sa réalisation datée mais bourrée d’idées qui donne vie à l’univers mourrant de Casshern Sins, une patte très reconnaissable qu’on doit à Shigeyasu Yamauchi. J’ai appris à l’apprécier et c’était toujours de grands moments quand je l’ai retrouvée dans les années qui ont suivi, dans des séries très diverses comme Yumekui Merry et Shinsekai Yori. J’aime sentir la patte d’un réalisateur sur une production, parce que j’y retrouve aussi ses idées de mise en scène, sa sensibilité, de la même manière qu’un compositeur distille ses inspirations sur toute ses musiques.

Aimer un artiste, c’est savoir retrouver ses traces sur sur ses productions les plus humbles, savoir apprécier ses oeuvres les moins connues au delà des magnus opum qui lui ont donné sa renommée, parce que les génies n’existent pas et le talent est un mythe. Qu’on travaille sur des images ou des portées, c’est la même chose, on donne beaucoup de soi dans ce qu’on produit, et on apprend sans cesse. La série m’a offert ma plus belle scène de 2008, un moment qui repose sur un équilibre parfait entre narration, mise en scène et musique tout en renvoyant à une série comme Macross avec son utilisation littérale de l’interprêtation musicale pour soutenir la mise en scène : toute la puissance de Casshern Sins est résumée dans ce passage, le paradoxe brutal de son univers, la volonté des personnages, leurs forces, leur faiblesse. Et là encore, les années passent, mais l’émotion est toujours là, intacte, comme au premier jour. Comme la photographie a le pouvoir de figer un instant, la musique permettrait-elle d’enfermer une émotion sous une cloche, pour la soulever des années plus tard et frissonner à nouveau ? Ce genre de scène me réduit toujours à une phrase : “Voilà, c’est pour ça que je regarde des animes”.

2008, c’était aussi Soul Eater (césar de l’op le plus badass), un autre de mes grands shounens favoris, qui bénéficie d’ailleurs d’une excellente BO (Lady of Gorgon, Salve Maria) et d’une réalisation impeccable, Macross Frontier et ses égéries qui nous ont sans surprise offert quelques-uns des meilleurs morceaux de l’année, Allison to Lillia, série massivement boudée qui a pourtant un capital sympathie important, ode un peu naïve mais pas si manichéenne que ça au pacifisme, et un opening superbe qui n’a rien à envier aux génériques des séries Aria, Real Drive que j’avais évoquée ici, le retour d’Hitoshi Sakimoto sur une série animée avec Tower of Druaga (c’est tout ce que je retiendrai de la série), Mahou Tsukai ni Taisetsu na Koto : Natsu no Sora *reprend son souffle*, qui en plus d’avoir un opening sympa comme tout distille son charme au travers d’une BO aux accents celtiques des plus savoureuses et des chansons enivrantes, World Destruction et son opening sympa - rien d’autre à en tirer, Kannagi et son opening à en faire danser des nymphes, son générique m’a vraiment marqué, comme le caractère bien trempé de ses déesses et du casting en général (IT’S A SONY).

Cette année là, il y avait le retour de Savage Genius sur l’opening que j’aime beaucoup de la première adaptation ratée de Yozakura Quartet que j’aime beaucoup moins, l’excellentissime opening de Ga-Rei Zero, série qui ne souffre pas du syndrome du générique menteur, mais assez génialement du premier épisode menteur et traumatisant (je reste convaincu que - heavy spoilers - la chute de Yomi DEVAIT être volontaire, et pas le résultat d’une manipulation facile de son esprit - end of spoilers -), Macademi Wasshoi dont tout le monde se fout mais qui m’a bien fait rire, c’était un peu mon Potemayo 2008, la suite d’ef avec un générique toujours très classe (et de l’allemand dedans), Tytania qui m’a valu d’écrire mon billet le plus stupide de tous les temps, mais à qui je donnerai une chance un de ces jours parce que les musiques dépotent (peut-être après avoir vu Legend of the Galactic Heroes - tiens, en voilà une bonne résolution pour 2014 !), et puis aussi Michiko to Hatchin, série d’action aventure bien sympa de Sayo Yamamoto qui mériterait plus d’exposition avec son héroïne amatrice de gloss et caractérielle mais pas idiote, un changement par rapport aux clichés du genre qui fait bien plaisir, et puis une autre Shafterie bourrée de punch que j’ai bien aimée, Maria Holic (série qui m’a convaincu que Shaft! est bien meilleur pour les comédies qui ont un punch de folie, voir Arakawa Under the Bridge en 2010).

Mention spéciale à Bounen no Xam’d, dont le générique a longuement tourné dans mes oreilles cette année là, que je vois toujours comme un étrange croisement entre Nausicaa, Tetsuwan Birdy Decode (sorti cette année là aussi, j’appréciais pas mal le générique, l’univers et la réalisation de certains épisodes) et Cencoroll dont je vous ai parlé ici même il y a 5 ans déjà (!). J’allais en oublier une dernière que je voulais mentioner, Shigofumi, petite série vraiment très sympathique qui n’a pas réussi à me vendre son opening d’Ali Project aussi bien qu’un Rozen Maiden (et que quelques autres exceptions notables), mais exploite à merveille le rapport qu’il y a entre mise en scène et musique (cette ambiance, ces lumières, cette BO !) dans ses petites histoires qui m’ont tiré les larmes plus efficacement qu’un Letter Bee, Shikabane Hime mérite aussi sans doute une mention pour son générique d’Angela, ce qui la change du space opera. On arrive à la fin de la première partie de cette rétrospective de mes 4 premières années d’amateur d’animation japonaise, j’ai probablement oublié de mentionner quelques séries que j’avais appréciées dans le lot (en particulier du côté des séries plus vieilles que j’ai vu, je serais bien incapable de les replacer chronologiquement hormis les plus marquantes, et c’était pas vraiment le but de ce billet), mais l’essentiel est là. Il est aussi fort probable que je sois passé à côté de séries intéressantes, mais après tout elle n’ont pas disparu, il est toujours temps de voir et revoir ce qui a été diffusé il y a quelques années. Lorsqu’on a le sentiment d’avoir fait le tour, que l’industrie actuelle s’essoufflent, c’est le moment ou jamais de faire un tour en arrière pour redécouvrir de vieilles séries comme les merveilles oubliées d’un grenier, et de croire à nouveau que l’animation est un support qui vaut le coup qu’on s’y investisse.

 

C’est tout pour cette fois donc, la partie 2 concernera les années 2009 à 2013, toujours avec une tripotée de vidéos pour se souvenir de tout ça en musique (si vos navigateurs tiennent le coup), parce que mine de rien j’ai aussi plein de choses à en dire. Toi qui est resté avec moi jusqu’au bout, même en lisant tout ce charabia en plusieurs fois, je te suis éternellement reconnaissant de l’intérêt que tu portes à mes mots, n’hésite surtout pas à partager tes ressentis sur ces années de japanim riches en expériences diverses et variées. Si diverses que j’admet sans problème en avoir une expérience limitée, et subjective : n’hésite pas à partager avec moi la façon dont tu as vécu ces années là de ton côté, ce que tu en as retenu, ce qui t’a marqué, et aussi les choses qu’on a en commun. Et surtout, parce que c’est important de se souvenir de tout ce qui forge nos ressentis, n’oublie pas de te tourner vers les chemins les moins parcourus de ta mémoire, souviens-toi de ces petites expériences secondaires qui enrobent les paradigmes de ton expérience du support. Mieux encore : écris tous ces souvenirs noir sur blanc et rédige à ton tour l’histoire de tes premières années d’animation japonaise (mais peut-être pas jusqu’à aujourd’hui si t’as commencé y’a 30 ans !). Vieux con ou novice, peu importe, racontons la genèse de nos passions pour inspirer des passions futures et entretenir la notre. *violons*

Continued


Gen'

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inico inico ·  05 janvier 2014, 15:55

Ça faisait longtemps que je n'avais pas senti autant d'amour pour l'animation transpirer d'un billet. Ciel que ça fait plaisir. Mettre tout de côté, retrouver la candeur et se frotter à nouveau avec le plaisir, même illusoire ou trop passager, que peuvent provoquer quelques images... accompagnées de musique.
Quelle merveilleuse idée cette rétrospective en mélodie, ce voyage plein d'images et de sons. Merci pour ces quelques moments de souvenirs merveilleux, mais aussi pour ces quelques curiosités que tu as crées.
C'est aussi fantastique de réaliser à quel point on peut parfois dissocier la musique d'un film ou d'un épisode. Autant pour certaines séries, la musique reviendra imméditament (oui oui Bokurano, oui Cashern Sins, bien qu'au contraire de toi c'est à peu près la seule chose qui m'ait plus - peut-être devrais-je lui redonner sa chance), alors que pour d'autres, j'ai beau me creuser la tête...
Alors attention, à l'année qui va débuter ton prochain billet. Si tu passes outre Tokyo Magnitude 8.0 (dont il existe au moins une jolie cover piano de M/elody qui traîne : http://www.youtube.com/watch?v=M_6v...) ou encore Shin Mazinger Shougeki! Z Hen (Mazinnnnn Gooooo !), je vais me fâcher ^_^

Gen' Gen' ·  05 janvier 2014, 19:56

Je suis pour une défanatisation du milieu, j'aime trouver des plaisirs simples dans la quantité de productions imparfaites qui sortent par brouettes et ne pas considérer que les grands chefs d'oeuvre sont les seules choses valables à se mettre sous la dent. Le billet m'a donné envie de me relancer dans le visionnage du Chevalier d'Eon, et ça me fait penser à une chose toute bête : l'Histoire est composée d'une série de grands événements, mais elle est avant tout écrite par le commun des mortels avant toute instrumentalisation de leurs actes, le vécu surpasse le survécu. Pour l'animation, c'est pareil : les tentatives de bien faire valent autant que les succès qui impactent le futur de l'industrie, c'est ce qui motive ma curiosité.

Je ne peux rien garantir pour la suite, mais si mes souvenirs ne renvoient pas aux mêmes images et mélodies que les tiens, invite-nous plutôt à les découvrir au travers de tes propres chroniques. Mon vécu et mes expériences ne valent pas mieux que ceux de n'importe-qui d'autre. Merci pour ce message ;)

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