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Stand Alone Complex #1 : Morning Without Light

HR

Temps de lecture :

4096 mots - 20 minutes

Real Drive Scr 1

Real Drive épisode 12, ‘Morning Without Light’ (光のない朝) ;
Shirow Masamune ; Dirigé par Hiromitsu Hagiwara ; Script par Hiromitsu Hagiwara ;
Production I.G, 23 minutes, diffusé le 24 Juin 2008.

Lorsque je regarde une série, il arrive qu’un épisode me marque plus que les autres, un épisode qui sort du contexte de l’intrigue pour explorer le background d’un univers original avec des idées propres qui lui donnent une richesse et une sensibilité uniques. Dans ces moments, les auteurs sont libres d’exploiter leur univers comme bon leur semble, épargnés par les limitations scénaristiques que leur impose un fil rouge aux tenants et aboutissants soigneusement calculés. Je qualifie ces épisodes hors série qui sont bien plus que de simples fillers de “stand alone”, en référence à la première série Ghost in the Shell et son découpage épisodique partagé entre “stand alone” et “complex”, les premiers épisodes explorant librement l’univers de la saga tandis que les seconds s’intéressent davantage à un fil rouge précis (l’intrigue qui entoure la figure du Rieur dans GITS). Les épisodes indépendants étaient l’occasion de donner beaucoup de cohérence à ce monde futuriste imaginaire en mettant en avant des situations et protagonistes très variés, qui nous racontaient leurs histoires sans lien apparent et multipliaient les points de vue subjectifs vis à vis des événements majeurs du scénario, décuplant du même coup leur impact. Ce tiraillement constant entre développement du scénario et approfondissement de l’univers donne naissance à une sorte de complexe du stand alone, en jouant sur les mots, où la série se retrouve partagée entre nécessité d’aboutir à une conclusion, et volonté de s’étaler toujours davantage dans la mise en image d’un monde captivant.

Ces épisodes “stand alone” sont ceux que j’apprécie le plus, puisqu’en plus de permettre aux créateurs d’y déployer tout leur génie, ils nous offrent une intrigue secondaire plus courte et à même d’être appréciée pleinement hors du contexte de la série. C’est pourquoi je ne peux que vous encourager à vous pencher sur ces épisodes qui m’ont particulièrement marqué et que je tenais depuis un bon bout de temps à vous présenter d’une manière ou d’une autre même si vous ne connaissez rien de la série dont ils sont tirés, quitte à voir le reste après coup (ou à s’arrêter là et voir l’épisode comme un court métrage). A mes yeux, ils sont comparables à de véritables petits courts métrages d’animation qui ont autant d’intérêt que leurs pairs véritablement indépendants, tout en faisant office de présentation parfaite de la série dont ils sont tirés.

Pour ce premier billet, je voudrais me pencher de plus près sur l’un de mes épisodes favoris d’une série massivement boudée lors de sa diffusion : Real Drive, et en particulier son épisode 12, intitulé “Morning Without Light” qui résume à lui seul les intentions de la série tout en dressant un portrait impeccable de ses protagonistes.

Le contexte (setting) : anticipation optimiste

Le cadre de Real Drive est a première vue assez paradisiaque : l’histoire de déroule dans son intégralité sur une île perdue au milieu de l’océan, ce que Kazuhiro Furuhashi, réalisateur de la série, met en avant par le biais de couleurs très vives qui rappellent les côtes d’Haiti dans leur berceau d’azur et décorées de leur couronne de palmiers. Très clairement, le contexte est ici plus proche de l’idée d’utopie que d’un setting dystopique/cyberpunk qu’on a l’habitude de voir de manière de plus en plus récurrente lorsqu’on parle de productions SF proches de l’anticipation. La différence réside aussi dans le fait que la série ne se pose pas comme une critique des fondations de la société moderne, même si elle s’attarde largement sur les risques de certaines dérives d’un monde “connecté” comme la disparition de la sphère privée et la multiplication des guerres de droits d’auteur. Real Drive est d’abord une exploration des bouleversements sociaux engendrés par internet et, comme on le verra ici, elle s’attarde à l’occasion sur le développement de domaines spécifiques de la technologie de pointe comme les nanotechnologies et les prothèses cybernétiques. La série traite de sujets très variés au fil des épisodes, son propos se rapproche d’un docu-fiction et des technologies de l’immédiat, ce qui a probablement valu à la série son manque de popularité et une incompréhension globale du public, qui s’attendait à une œuvre complète dans la lignée de Ghost in the Shell. Seulement voilà, Real Drive est très expérimentale, et traite en elle-même de sujets qui le sont tout autant.

L’intrigue nous décrit un futur proche, à l’horizon 2061. L’humanité a développé une infrastructure globale reliant la population par le biais de la conscience, un système directement intégré au cerveau humain qui a engendré des mouvements sociaux et intellectuels fabuleux au fil des années mais mis en exergue des problèmes de sécurité des données personnelles et de fiabilité de l’information. Aucune conspiration globale qui dessine les contours d’une apocalypse ici pourtant, le ton est résolument optimiste. Science et technologie sont au service de l’humanité et de sa progression, c’est ainsi qu’en travaillant de concert l’espèce humaine progresse vers une utopie sincère et vivifiante : les paysages idylliques du bord de mer illustrent à la perfection cette vision idéaliste d’un futur progressiste humaniste au possible. Pour régler ces problèmes, une réseau plus sécurité et contrôlé voit le jour, le Meta-Real Network, ‘Metal’, qui traite les données personnelles par le biais de micro-serveur indépendants les uns des autres pour leur protection mais aboutit par conséquence à la multiplications de normes et de réglementations qui modifient considérablement la perception du monde réel et efface davantage les limites qu’il entretient avec le virtuel. Ponctuellement, des individus ont appris à dompter les limitations du Metal jusqu’à les transcender, au point où par le biais du cyber-implant qui leur sert de passerelle vers le réseau leur conscience se retrouve écrasée par une quantité anormale d’informations qui provoque une sorte de transe et, pour les manifestations les plus graves du phénomènes, risque d’entraîner une attaque cérébrale mortelle. La série emploie fréquemment l’imagerie de la plongée en apnée, l’océan illustrant la quantité d’informations qui composent le réseau. Les utilisateurs du réseau matérialisent ce dernier de manière inconsciente sous la forme d’un liquide qui les entoure et dans lequel il est facile de se perdre pour s’y noyer. Notons au passage que la métaphore d’internet est poussée encore plus loin avec un réseau dont le succès est en grande partie dû… au sexe, qui dépasse virtuellement tout ce qui est possible et imaginable irl…

Haru Masamishi est un des techniciens du Metal chargé d’intervenir dans ces eaux troubles pour réparer les dégâts causés par une noyade virtuelle. Il y a des années, lors de l’installation de cette mise à jour du réseau (qui est littéralement implanté sous l’océan, comme une sorte de carapace de métal qui entoure la terre), un accident le plongea dans le coma et le priva de l’usage de ses jambes. Lorsqu’Haru se réveille, c’est un vieillard paralytique cloué à son lit, contraint de dire adieux à une large partie de sa vie et à ses activités de plongée. Mais c’est en se connectant au Metal qu’il parvient à renouer avec celui qu’il était avant l’accident : une fois immergé dans les eaux virtuelles du réseau, Haru retrouve sa jeunesse et l’usage de ses jambes (tous les kudos du monde à l’un des rares héros de série animée qui est à la fois vieux et infirme). Il travaille aujourd’hui dans un institut de recherche qui tente d’expliquer les raisons de ces curieuses attaques cardiaques qui coïncident avec un bouleversement important de l’information dans le Metal. Le lieu est situé sur cette île artificielle qui fait office de cœur du système nerveux du Metal entier et cache de vastes constructions souterraines et sous-marines. Pour l’aider dans sa tâche, il est accompagné de l’androïde la plus classe du monde, Holon (et catcheuse occasionnelle - la série contient de façon totalement gratuite les meilleures séquences de combat à mains nues de tous les temps), et d’une jeune étudiante qui vient tout juste d’arriver à l’institut pour l’assister au quotidien, l’énergique et quelque peu potelée Minamo. Il se trouve qu’elle est aussi l’une des rares personnes à ne pas avoir un cerveau modifié pour être connecté, ce qui fait d’elle une incarnation vivante de valeurs humaines simples et désuètes (comme la nourriture, et dieu sait que la série a son lot de food porn). L’intrigue se développe doucement dans une structure qui privilégie les scénarios annexes, elle gagne une dimension New Age, donc largement philosophique, lorsqu’on découvre que le réseau entame sa métamorphose vers un monde naturel post-humain symbiotiquement lié au Metal.

Real Drive Scr 2

Le contexte (production) : l’ombre de GITS

Après Ghost in the Shell et Ghost Hound, cette série de Production I.G et Shirow Masamune est la troisième collaboration entre le studio d’animation et l’auteur, sur une idée originale de sa propre création, ce qui n’en fait donc pas une adaptation. Kazuhiro Furuhashi dirige la production de la série et Junichi Fujisaku reprend le flambeau après Ghost in the Shell en tant que screenwriter. Si la série a été vivement critiquée pour son rythme lent et ses nombreuses digressions, le travail de design qui a été effectué sur la série n’en reste pas moins d’excellente qualité avec une architecture et une mécanique élégante et propre signée Tooru Ookubo. Les courbes simples et l’abondance de détails pratiques donnent à la série une dimension réaliste importante, je vous invite à aller voir par ici quelques dessins de production qui témoignent du soin qui a été apporté en terme d’esthétique générale.

Dans une interview, Fujisaku affirme que l’univers de Real Drive était à la base conçu comme “post-GITS”, un monde qui aurait évolué au delà des problématiques de GITS et serait entré dans une nouvelle ère. Kazuhiro a cependant rejeté l’idée, préférant s’attarder sur le quotidien et la réalité des personnages de la série : si vous cherchiez quelqu’un à accuser de tous ce qui ne vous satisfait pas dans Real Drive, vous savez dorénavant à qui vous adresser. Il est aussi à l’origine de l’imagerie aquatique qui entoure la série, la “mer d’informations” mentionnée dans GITS achevant d’implanter l’idée. Je vous invite là aussi à lire l’interview en question pour ne pas paraphraser davantage, mais ça permet de comprendre où les têtes pensantes du projet ont voulu en venir exactement avec ce projet et certains choix drastiques largement contestés (on y apprend notamment que les formes voluptueuses de certains personnages reflètent le physique réel des femmes japonaises, ce qui me fait totalement penser à cette image). La qualité de l’animation est clairement un grand point fort de la série, c’est un vrai spectacle durant les affrontement qui impliquent Holon chorégraphiés à la perfection au travers de longs sakuga, ou encore lors des phases de plongée : le Metal est un océan virtuel enivrant qui abonde de couleurs. Les backgrounds bénéficient du même soin, accentués par des décors toujours très lumineux et verdoyants à contre-courant de ce qui se fait habituellement en terme de science fiction orientée cyberpunk/anticipation. Quelques exemples de décors sur cette page.

La musique qui illustre la série est un de ses aspects les plus intéressants. Yoshihisa Hirano et Hideki Taniuchi nous offrent une composition d’excellente qualité, qui alterne curieusement entre des pièces classiques de très haut niveau et des morceaux électroniques aux mélodies répétitives extrêmement entêtantes. Minamo a par exemple droit à de nombreuses variations de son thème clé, ce qui donne beaucoup d’identité et de punch à la musique qui l’accompagne, tandis qu’Hirano et ses thèmes grandioses donnent beaucoup de puissance aux scènes importantes liées à l’intrigue. La notion de dualité est plus que jamais présente dans la bande originale, et comme au travers de la série on se rend compte que les deux, souvent considérés comme des extrêmes, gagnent finalement davantage à évoluer en harmonie. Des thèmes comme ‘Dive’ et ‘Antique Gull’ entrent en contradiction avec deux approches radicalement différentes de la musique, et pourtant l’ensemble est on ne peut plus homogène et agréable à écouter, fort heureusement parce que les morceaux sont utilisés avec parcimonie dans les épisodes.

Yoshihisa Hirano - Dive

Hideki Taniuchi - Antique Gull

L’épisode : la fille qui voulait saisir l’horizon

Avec une majorité d’épisodes en mode “stand alone”, j’avais l’embarras du choix pour démarrer cette chronique. Mais je tenais à parler d’un épisode en particulier qui m’a beaucoup touché et fait réfléchir, l’épisode 12, ‘Morning Without Light’, dirigé et scénarisé par Hiromitsu Hagiwara, qui a débarqué exclusivement sur cet épisode pour les deux postes et a auparavant travaillé sur diverses séries en tant que key animator, avec quelques postes de directeur de l’animation sur des épisodes ponctuels dans des séries comme Tokyo Magnitude 8.0, Kimi ni Todoke ou Shikabane Hime. Sa seule expérience de directeur de l’animation sur une série complète concerne la saison 2 de Jigoku Shoujo ainsi que son générique, qui d’après mes maigres souvenirs avait fait un travail pas trop mal (historique complet des travaux ici ou ). Etant donné qu’il a travaillé seul sur la composition de l’épisode qui m’intéresse, on peut s’attendre à quelque chose d’un peu plus personnel de sa part, et vu l’intelligence de l’épisode en terme de script comme de visuels, je suis très curieux d’en apprendre plus sur les travaux du monsieur, ainsi que ses éventuels futurs projets.

Les événements de cet épisode ne sont pas bien compliqués, une histoire simple et spontanée qui soulage peut-être aussi après des épisodes beaucoup plus lourds. La fringante Minamo est en route pour l’institut pour commencer tranquillement sa journée, dans un train à grande vitesse. Il s’arrête au niveau d’une station qui se trouve en bord de mer, près d’une plage, et au moment où Minamo jette un œil aux écrans à l’intérieur du train qui donnent sur la plage, elle aperçoit une jeune fille qui semble s’apprêter à se donner aux vagues. La jeune femme, blonde aux yeux bleus et vêtue d’une robe blanche, dépose une canne au sol et tend la main vers la ligne d’horizon vers la mer en remuant les doigts. Elle fait un pas en avant. C’est alors que le cri de Minamo retentit. N’écoutant que sa philanthropie et ses bons sentiments débordants, elle n’hésite pas à se jeter sur le jeune fille pour l’empêcher de commettre l’irréparable (en nous offrant au passage un pantsu shot en slow mo d’un goût douteux). La caméra se jette en l’air en suivant un pendentif bleu tandis que les deux filles s’écrasent sur le sable. Une fois relevée et le titre de l’épisode passé, elle regarde Minamo comme une bête curieuse et se met à lui tripoter le visage. Pendant ce temps, Haru enquête sur la disparition d’Iris, une artiste très prolifique du Metal, qui n’a pas donné de nouvelles depuis quelques temps, motivé par les demandes d’un grand ponte qui souhaiterait sponsoriser son travail et donc savoir ce qu’elle est devenue. On comprend vite que la jeune fille de la plage, Eimi, et Iris sont une seule et même entité. D’un côté la personne, de l’autre l’artiste célèbre qui a accidentellement abandonné sa muse.

En effet, Eimi est une jeune fille un peu particulière. Camarade de Minamo absente depuis le début de l’année à cause de problèmes de santé, elle est non-voyante de naissance et n’a jamais expérimenté le monde autrement qu’au travers de l’ouïe, de l’odorat et du toucher. Lorsqu’il y a quelques mois elle s’est fait implanter des yeux prosthétiques, elle a mis les pieds dans un monde totalement différent de celui qu’elle avait connu jusqu’alors. Les couleurs n’avaient pas d’odeur, la distance n’était plus déterminée seulement par son ouïe, et, le plus curieux d’entre tous ces effets secondaires, toutes les formes pourtant bien visibles n’étaient pas palpables. Alors qu’Eimi avait grandi et développé ses sens sans ses yeux, l’apparition d’un nouveau sens a brusquement bouleversé sa perception du monde. Un aveugle de naissance ne vit pas dans le noir, vu qu’il n’a jamais connu autre chose que le noir et n’a donc pas de point de comparaison : il perçoit simplement le monde autrement. Eimi confie elle-même qu’il lui était bien plus facile de marcher lorsqu’elle n’avait pas retrouvé la vue (expression à la con d’ailleurs, vu qu’on ne l’a jamais perdue dans ce cas là et qu’on ne perçoit pas de manque), que depuis que toutes ces données contradictoires viennent perturber ses autres sens, la ligne d’horizon qui sépare la mer du ciel incarnant le paradoxe absolu de ce vertige. On peut concevoir que si le corps se base sur des signaux définis pour établir son sens de l’équilibre, il se retrouve totalement perdu lorsqu’une tripotée de nouveaux signaux inconnus viennent lui compliquer la tâche. Pourquoi ne pourrait-elle pas “sentir” cette frontière pourtant si évidente entre ciel et terre, alors que jusqu’à maintenant elle percevait le monde entier de façon frontale ?

Real Drive Scr 3

Le fond : cognito ergo sum

Le personnage évoque juste une thématique passionnante et parfaitement d’actualité à une époque où les progrès de la science permettront bientôt de surpasser la nature : les sciences cognitives, la psychologie de la perception et son développement de l’enfance à l’âge adulte. Etant donné que le cerveau se développe sensiblement différemment lorsqu’on base sa conception du monde sur les sensations qui sont à notre portée, une guérison subite peut se transformer en catastrophe et engendrer plus de problèmes qu’elle n’en résout. C’est exactement de ce sujet que traite l’intrigue de cet épisode. Le succès de l’artiste du Metal Iris repose dans le fait qu’elle présente le monde au travers de sa propre sensualité, procurant à l’individu moyen une excitation furtive de ces sens qu’ils n’ont pas autant développé et qui sont transcendés par le concert de perceptions que sont les œuvres d’Iris, dont le nom est d’ailleurs très paradoxal puisque la vue est le seul seul sens qu’elle ne titille pas. Mais le nom Iris renvoie bel et bien au fait de voir, il s’agit simplement de “voir” autrement. Voir le monde par le toucher, par l’odorat, l’ouïe, plutôt que par le regard. La vue abandonne au profit du monde l’imagination d’un monde.

Quoi que nos amis daltoniens se feront un plaisir de rappeler que voir, c’est toujours l’illusion d’un certain visage du monde qui n’a finalement aucune forme totalement objective possible, mais là on rentre dans le domaine de la philosophie et on peut vite perdre pied en explorant la question jusqu’à tomber dans le solipsisme absolu. La réalité avérée qui veut que la lumière ne soit qu’une petite partie des ondes magnétiques réelles (infrarouges, ultraviolets, ondes radio…) nous pousse à penser le monde autrement : si on percevait tout ce qu’il est possible de percevoir, non seulement on ressemblerait à des monstres lovecraftiens abrutis par l’afflux d’informations colossal et perpétuel, mais on vivrait en plus dans une bouillie d’ondes, d’impacts et de vibrations qui tentent de se faire passer pour un semblant de système cohérent. Difficile pour notre esprit d’imaginer des sens inexistants ou des couleurs jamais vues, pas parce qu’il ne les a pas sous les yeux mais parce qu’il n’a pas les moyens de les concevoir, un peu comme pour l’idée de néant et d’infini. Une personne qui aurait vécu à l’abri de la couleur rouge a toujours le matériel, même négligé, qui permet de traiter la lumière rouge, a contrario sa rétine ne sera jamais capable de percevoir l’octarine. Comment verrait-on le monde si la réalité augmentée ou des implants oculaires nous permettaient de voir au delà du rouge et du violet ? Peut-être verrait-on la vie en rose pour de bon, ou plutôt en minus green ?

Mais je m’égare. La seule chose qui nous empêche de nous noyer dans le mensonge de nos sens, c’est encore le regard de l’autre.

Real Drive Scr 4

Potpourri Desu~!

Cet épisode secondaire qui traite superficiellement d’un thème précis et passionnant est à l’image de la série entière. Chaque épisode peut être décortiqué pour en extraire une thématique de fond au delà des grandes joues de Minamo et d’une intrigue qui veut parler de tellement de choses qu’elle se permet de faire du sur place. Au détour du génie passager d’un épisode, on perçoit le potentiel réel de la série, qu’elle ne prend jamais réellement le temps d’exploiter puisque les sujets abordés se suivent et se ressemblent sans se compléter. Produite comme une série d’OVA sans aucune intrigue pour relier tout ça, je pense que la série aurait été parfaite, comme une adaptation en série animée des disciplines scientifiques en vogue pour parler de leurs enjeux et de leur potentiel pour écrire l’avenir. Ce qu’il manque à Real Drive, c’est au final… une vraie ligne de conduite, a real drive ? *badum-tsh* Le résultat, c’est qu’au delà de l’intrigue très secondaire qui ne décolle qu’en fin de série, Real Drive est un vrai pot pourri de sujets pointus en tous genre, qu’on n’appréciera réellement que si on prend le temps d’analyser les épisodes et de s’intéresser à leur propos, simple mais important pour l’avenir de notre petit monde. Aimez la (les) science(s), la science nous le rendra. Un jour.

Un jour pas si lointain que ça.

Demain.

Prochainement : Stand Alone Complex #2 : War of the Beards

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Viran Viran ·  30 juillet 2013, 20:45

Dat article.
Vraiment, quelle bonne lecture! Déjà, tu m'as totalement survendu l'anime (et l'épisode) : Le setting et les thèmes ont l'air très intéressants, L'OST, si elle est du même niveau que les deux pistes, semble fort prometteuse (Antique Gull tourne déjà en boucle chez moi), et pis de toute façon la séquence de combat est suffisamment vendeuse en elle même. Mais surtout, la deuxième partie sur le standalone et la notion de vision et de perception est un régal, merci pour tous ces beaux liens passionnants (Oatmeal au milieu \o/) et ces quelques pistes de réflexion! Les sciences sont décidément un merveilleux terrain d'exploration et d'expérimentation <3

Gen' Gen' ·  30 juillet 2013, 21:24

J'ai probablement trop bien vendu la série, les thèmes sont variés et intéressant mais tout ce qu'on nous donne ici ce sont des pistes de réflexion peu approfondies. L'épisode survole aussi les problèmes de l'anonymat avec les deux identités Eimi/Iris, mais c'est tellement anecdotique que je ne l'ai pas mentionné. Après cette séquence de combat n'est pas la meilleure, mais c'est tout ce que j'ai trouvé pour illustrer ce à quoi je faisais référence :p

La BO est très bonne et largement du même niveau que ces deux pistes, le second CD est bourré de petites pistes rythmées comme Antique Gull qui sont super agréables à écouter. Le premier a aussi quelques perles avec ses inspirations classiques (en particulier sur Con Fuoco et le duo de Paganini).

J'aurais pu linker Saya no Uta sur "monstres lovecraftiens" tiens, ça colle parfaitement à la thématique de la psychologie cognitive. Mais c'est sans doute pas assez safe for work.

Kapalsky Kapalsky ·  02 décembre 2013, 18:38

Excellent article, sur un des animés les plus injustement inconnus du monde :)
Une série ou chaque épisode ressemble à un OAV peut en effet se permettre le luxe d'aborder plusieurs thématiques. Points bonus si les épisodes sont agencées selon les besoins du développement du scénario ou des personnages. Perso, je pense que même si le fond y perd parfois, la ligne directrice prenant du temps à prendre forme, cela permet au public de se familiariser davantage avec le background SF très détaillé qu'on nous sert. On peut essayer de faire des comparaisons avec GITS à ce niveau, sauf que la série avait déjà deux films pour étendre son univers cyberpunk avant que la série déboule. Et puis pour une fois qu'on a de l'anticipaion optimiste, ca fait pas de mal! :D

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